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Max | Ce mec-là

Publié le 22 juillet 2010 par Aragon

cassady.jpgCe mec-là il y a quarante-cinq ans que je l'aime.  Profondément. Ce mec-là c'est un frangin, il m'a tout donné de ce que l'on doit savoir, des choses qu'un père, bien évidemment ne donnera jamais.  Il m'a tout donné de ce que l'on doit avoir qui se résume à une seule et unique chose : La Liberté. La notion de liberté. Sa vraie définition qui est : "Fais." Qui est aussi : "Deviens ce que tu es."

Ce mec-là, il est unique au monde, bon, dans mon monde à moi, pas dans celui de Wall street, pas dans celui de Citizen Kane, pas dans celui de Sarko ou d'Obama. Dans le monde de pas mal de mecs quand même. D'êtres humains je veux dire sans sexisme aucun. Car "il est" des filles et des garçons.  Je veux dire que son image ne s'attache pas au sens strict du "mec". Le mec pour moi, c'est la "bête humaine". Qu'elle soit mâle ou femelle. Faut simplement qu'elle soit normalement constituée, c'est à dire qu'elle ait, bien beaux, bien superposés,  radieux, même si d'appartentes infirmités viennent pourrir une vie, il faut donc qu'il y ait  un corps, un coeur, une âme,  un esprit. Quand c'est complet ça fonctionne, ça doit fonctionner.

Donc, ce mec, là, quand il te regardait, il voyait tout, les plumes, les ailes, les godasses de plomb, il voyait tout ce que tu avais sur le râble, qui te revêtait, toute ta potentialité, ta beauté.

Il disait que chaque être humain est foutrement beau mais foutrement con aussi. Il est beau de son potentiel, il est con de garder à ses pieds ses godasses de plomb congénitales dont il ne veut souvent pas se séparer. Il parlait de ce peuple d'esclave qui veut rester esclave. Il se marrait en voyant parfois les scaphandriers sur les docks de Frisco, il disait, au moins sous l'eau ils font chier personne avec leurs godasses de plomb.

Ce mec, là, quand il te regardait intensément, toutes les forces du monde passaient en toi. Ses yeux clairs connaissaient tous les alphabets libres du monde, toutes les langues de la terre, celles du ciel il s'en foutait. De toute façon les oiseaux lui mangeaient dans les mains, à Central Park et sur les haltes autoroutières paumées du Nouveau-Mexique et de l'Arizona. Les anges du ciel dormaient même dans son pieu. Ils se disputaient tous comme des chiffonniers pour pioncer sur son grabat.

Ce mec, quand il te regardait, il savait tout en un instant et quand tu te décidais à le regarder à ton tour, quand tu avais compris qu'il te regardait et qu'il fallait "équilibrer" ton regard dans le sien, c'était trop tard, son regard était déjà loin, si loin. Ce mec-là, de son vivant était le roi du monde, oui les amis, the king of the world et il s'en tapait comme d'une guigne, il s'en branlait totalement, il se grattait le dos avec son sceptre car c'est vérité, des puces, des poux, des insectes suceurs de sang, il en a ramassé à la pelle.

Ce mec-là m'a tout donné, à Jack et à moi, à pas mal d'autres aussi, tous fêlés, tous tarés, tous "siphonés", tous extraordinairement intelligents, de la belle intelligence, celle de la connaissance du monde mélangée à celle du coeur : La meilleure.

Il les a tous fait téter à son sein bordel. Ils ont tous tété comme des marmots : Gingsberg, Ken Kesey qui écrira "Vol au-dessus d'un nid de coucou" en s'inspirant de lui, Burroughs, Gregory Corso, Ferlinghetti, Welch et les autres traînes-savates de la Beat.

Ce mec-là c'était un colosse qui courait plus vite qu'un éclair, aurait fait un sacré running back s'il avait voulu et fort avec ça, plus fort à lui tout seul qu'une armée de janissaires. Ce mec-là est pourtant mort de froid  le 3 février 1968 dans un bled paumé du Mexique, San Miguel de Allende. Il marchait le long d'une voie ferrée pour rejoindre la prochaine ville.  Sauter dans un wagon à bestiaux. Le train, Mexico city et New York. Il marchait, je viens d'écrire "il marchait" c'est un pléonasme pour ce mec-là. Il avancait en marchant serait plus juste à écrire. Tellement de gens, de mecs qui font du sur-place en croyant marcher. Pire, qui font de la marche arrière en croyant de leur toute arrogante-puissance-certitude, marcher en avant.

Il aurait pu chanter la chanson de Marvin que voilà en cadeau, cette merveilleuse "Kermesse de l'Ouest", film mythique sorti pendant la fameuse année érotique que vous connaissez tous.

Car ce mec-là, Neal, c'est sûr et certain, il était né sur une étoile filante. Vrai. Pas de doute là-dessus.


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