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Sortir du cadre: demain, le photojournalisme

Publié le 01 août 2010 par Thedudelebovski

Sortir du cadre, demain, le photojournalisme

Parmi les blogs que je visite régulièrement, celui de Gerald Holubowicz est un de mes favoris. Ce photographe français basé à NY qui est passé par de nombreuses agences, a publié récemment un e-book (disponible évidemment en PDF) sur l’avenir du photojournalisme : Sortir du cadre. Il y fait un état des lieux du photojournalisme actuel, de ses impairs, de ses mythes, de ses outils et distribue bons points et mauvais points sur les modèles actuels.  Attention, ce petit pavé de 50 pages n’est pas celui d’un donneur de leçons mais plutôt les réflexions d’un photographe qui passe en revue les chemins que peut prendre le photojournalisme pour ne pas se perdre.

Les années 80 c’est (enfin) fini

Ce qui est intéressant dans cette analyse est que pour une fois sur le sujet, l’auteur connaît son sujet. Passé par Abaca, Gamma et autres, Gerald Holubowicz, ne fait pas partie de ses photographes qui parlent des années 80 comme du paradis perdu autour d’un verre de mauvais whisky, usé par les échecs et les coups tordus de patrons d’agences ou de journaux. Les années 80 sont derrière nous (niveau musique c’est parfois tant mieux !), Gamma ne sera plus jamais Gamma, la voix de Göksin Sipahioglu ne résonnera plus et on ne prendra plus de billet d’avions pour l’autre bout du monde comme on achète un paquet de fraises tagada.

Je ne partage pas toutes les idées de Sortir du Cadre – loin de là, notamment sur la prédominance annoncée de Getty, sur des agences de notations des agences photographiques, … – mais ce document – comme tout ce qui vient de NY – respire d’une énergie positive que je n’avais pas ressenti depuis longtemps dans le domaine. « Bougez-vous » voilà le moto de Gerald Holubowicz, qui considère à juste titre, que les photographes appréhendent leur marché avec les yeux et les méthodes du passé, qu’ils n’utilisent pas les outils mis à leur disposition, qu’ils devraient se lancer dans la capture du son pour enrichir leus sreportages etc, etc. D’accord, tout à fait d’accord. Et de citer les tentatives de VII ou de Vu avec leur magazine…

 Là où le papier pêche est sans doute – de mon expérience – sur une soi-disant solidarité / énergie fantasmée par  Gerald Holubowicz pour faire face au morose marasme actuel. Je ne veux pas généraliser mais à force de travailler avec eux, j’ai pu remarquer que la solidarité est une notion théorique, presque intellectuelle, qui n’avait que rarement d’application dans la vie réelle. J’en ai eu une confirmation récemment d’une amie travaillant dans une agence / collectif dans laquelle les photographes ne cessent de se plaindre de la direction, réclamant à corps et à cris de prendre part à des projets (sic), mais quand la direction leur propose de créer de nouveaux modes de diffusion et de création, un silence pesant règne.

J’ai moi-même vécu cela en créant il y a quelques années une agence de reportages industriels dont la production s’adressait à des départements de communication. Au bout de deux ans, j’ai lâché l’affaire car – au delà des difficultés financières  – je me sentais largement esseulé proposant de nouvelles choses que les photographes approuvaient certes mais auxquelles ils ne consacraient pas le temps nécessaires pour qu’elles soient mises en application.

Si aujourd’hui un photographe ne sait pas gérer ses IPTC, légender ses images pour respecter les 5W, faire un blog de galeries, il part déjà avec une longueur de retard qu’il – comme dans un marathon -  ne rattrapera jamais. Aujourd’hui un bon photojournaliste se doit d’être un bon photographe, un bon journaliste, un bon blogueur, un bon technicien, un bon archiviste. Savoir appuyer sur le bouton au bon moment n’est plus suffisant, désolé. C’est comme çà. Le temps où on lançait ses bobines au chef labo tandis que le vendeur attendait les duplis pour faire la tournée des journaux est terminé. Fini, mort, nada, zip !

‘Va falloir s’y mettre maintenant !

Sortir du cadre m’a redonné l’envie de reprendre l’aventure et de chercher avec des photographes de nouveaux moyens de diffuser leur travaux et de gagner de quoi vivre . Mais cette fois, je ferais plus attention et ne lancerais pas une agence de babysitting photographique. Collectif ou non, là n’est pas la question. Aujourd’hui Fedephoto propose la production de plus de 80 photographes. Chaque photographe ayant la totale liberté de mettre ses photos en ligne sur le site de Fedephoto, on entre alors dans un supermarché où la qualité est très très inégale, sans parler de l’éditing quelques fois inexistant… Le collectif est sans doute comme le communisme, la plus belle idée théorique du monde.  Mais dans son fonctionnement, cela ressemble plus à un portail de photographes où le collectif n’a de collectif que le nom.

Alors quelle est la solution aujourd’hui ? Gerald Holubowicz ne la connaît pas,  moi non plus. Comme lui, je sais seulement que les initiatives dans le domaine naissent majoritairement outre Atlantique où les nouveaux modèles économiques pullulent.  Certes les mentalités sont différentes, les process également mais on se doit de reconnaître que  les Etats-Unis sont un labo du photojournalisme que la France n’est plus. depuis longtemps. (les  web documentaires font exception). Les outils ne manquent pas, les bons photographes non plus et quand on a 5 000 euros pour s’acheter un 5D Mark II plus deux objectifs, on a sans doute une centaine d’euros pour faire son blog ou mettre sa galerie sous Photoshelter.

Justement Gerald Holubowicz s’étonne dans Sortir du cadre du faible nombre de photographes français qui ont un blog, mentionnant les offres disponibles dans ce domaine, ZenPhoto, Photoshelter et d’autres. Il y a aujourd’hui 75 photographes français sur Photoshelter. C’est peu. Comment expliquer ce faible nombre. Photoshelter n’est pas traduit en français et demande de mettre un peu les mains dans le cambouis du code si l’on veut un peu personnaliser son interface. Ces raisons sont-elles suffisantes pour expliquer cette faible représentation française ?  Sans doute. Le prix également peut être une élément bloquant. Mais pourquoi plusieurs photographes ne mettent-ils pas quelques euros en commun pour montrer leurs photos dans une sorte de collectif web improvisé ? Je me le demande. Et si l’union faisait la force, en photojournalisme aussi ?


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