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Amélie Nothomb, dix-neuvième rentrée

Par Pmalgachie @pmalgachie
Amélie Nothomb, dix-neuvième rentréeMais qu'est-ce qu'on lui trouve, à Amélie Nothomb?
Cette question, il y a dix-huit ans que je me la pose, depuis son spectaculaire débarquement dans le monde étroit du best-seller en 1992, quand était sorti Hygiène de l'assassin. J'avais alors été un des rares (pas le seul, mais presque) à mettre en évidence les défauts plutôt que les qualités du livre. Je retrouve, sur Internet, un extrait de mon article qui, si je me souviens bien, était assez bref: «Les premiers romans se suivent et ne se res­semblent pas. Celui d'Amélie Nothomb, pour être ambitieux à plusieurs titres, ne parvient malheureusement à aucun de ses buts (...) Pour tout dire, on ne se prête pas à ce jeu psy­chologique dont l'intérêt littéraire n'apparaît pas vraiment.»
Très honnêtement, les arguments que j'aurais pu avancer alors pour justifier cette note négative me sont aujourd'hui un peu sortis de l'esprit. Mais ils étaient, me semble-t-il, solides, et il faudrait que je relise un jour le roman pour savoir si je les retrouve - ou si, ben oui, cela arrive, je m'étais énervé pour pas grand-chose.
Toujours est-il que, depuis, j'ai lu presque à chaque rentrée l'Amélie Nothomb nouveau qui tombe avec avec autant de régularité que le Beaujolais nouveau, bien que plus tôt dans l'année. Ceux que je manque, je les retrouve au moment de leur parution en poche et, à une ou deux exceptions près, je les ai ainsi tous lus. Avec, chaque fois, beaucoup d'espoir. Car enfin, une romancière qui occupe une telle place dans le cœur de ses lecteurs doit avoir quelque chose pour elle, non? Je n'affirmerai pas le contraire. Mais, le plus souvent, je suis déçu.
Et, malgré le chœur de louanges que je vois s'élever dans la presse à propos d'Une forme de vie, je suis bien incapable de m'y joindre.
Comme d'habitude, le livre repose sur une idée simple, étirée sur 180 (petites) pages et évacuée dans une pirouette finale. Les romans d'Amélie Nothomb doivent être, il faudrait en faire un jour l'expérience, aisément résumés sur Twitter - soit en 140 signes maximum, pour ceux qui ne pratiquent pas. Ici, cela donnerait quelque chose comme:
Amélie Nothomb et l'obésité d'un GI en Irak. Son engraissement est un sabotage (amoureux?). Stupeur de l'écrivaine, tremblement des chairs.
(139 signes.) Une bonne partie du livre est constituée par les lettres de ce militaire, Melvin Mapple. Il dit à Amélie Nothomb son malheur et son bonheur d'avoir pris cent kilos depuis qu'il est en Irak, parle poétiquement (?) de sa graisse. L'écrivaine lui répond, entre fascination et réticence. Lui propose d'envisager les transformations de son corps comme une œuvre d'art. Elle se répand en considérations sur l'obésité, l'anorexie et ses rapports avec ses lecteurs.
Certains de ceux-ci trouveront magnifique la manière dont elle formule ses réflexions. Je n'en suis pas. Elles me semblent aussi vaines que superficielles. Jugez vous-mêmes (et vous n'êtes pas tenus de penser comme moi):
Je vais écrire une chose grave et vraie: je suis cet être poreux à qui les gens font jouer un rôle écrasant dans leur vie. Nous avons tous une dimension narcissique et il serait plaisant de m’expliquer ces phénomènes récurrents par ce qu’il y a en moi d’extraordinaire, mais rien en moi n’est plus extraordinaire que cette malheureuse porosité dont je soupçonne les ravages. Les gens sentent que je suis le terreau idéal pour leurs plantations secrètes.
Une forme de vie est, à mes yeux de lecteur déçu, un roman pesant et qui, paradoxalement (en raison de son sujet) manque de poids.

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