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Le sarkozysme s'embourbe

Publié le 16 novembre 2007 par Omelette Seizeoeufs

L'autre jour, avant le début de la grève, je disais :

Finalement, arriver aux mêmes "réformes" sans une "putain grosse grève", comme dirait CSP, ça ne les [Sarkozy et la droite] intéresse pas. Car il faut, à cette droite, pour des raisons obscures mais liées à des traumatismes dans la petite enfance, écraser son adversaire.

Il fallait, à Sarkozy, à Fillon, à Xavier B., réussier à mater une grève pour effacer la honte de 1995, celle du CPE, et toutes les autres. Tout était dans le symbolisme. Une grève brisée aurait permis de signifier le triomphe du sarkozysme. Cette victoire hautement symbolique aurait eu pour effet de rendre inéluctables toutes les réformes suivantes, comme le dit Annick Coupé chez Politis:

Si la remise en cause de ces régimes se fait au pas de charge, ce n’est pas pour garantir l’équilibre financier du système de retraite, c’est, avant tout, pour préparer la suite. Aller vite pour casser les régimes spéciaux, démobiliser les salariés de ces secteurs qui ont encore des capacités importantes de mobilisation, c’est préparer le rendez-vous de 2008 : allonger à nouveau la durée de cotisations de tous les salariés (privé et public) à 41 ou 42 annuités, voire plus. Il s’agit bien de travailler plus (le nombre d’annuités) pour gagner moins (baisse du niveau des pensions).

Une grève brisée dans l'opinion, c'était le démarrage du rouleau compresseur "réformiste".

La stratégie consistait à jouer sur la confusion entre un plan symbolique et un plan très pratique. Côté symbolique, les syndicats des cheminots ont un rôle très particulier en France, où le taux de syndicalisme est assez bas, mais où le pouvoir politique des syndicats est très élévé. D'une certaine façon, et tout le monde le sait, quand ces catégories de fonctionnaires font la grève, ils le font un peu pour tout le monde, même pour ces pauvres usagers qui servent de chair à reportage. (Il y en a quand même marre d'entendre toujours pareil, mais combien de fois : "eh, moi, j'sais pas, s'il fait beau je vais marcher jusqu'au boulot, ça fait 4 km...") Côté pratique, il y a les emmerdements très réels provoqués par les grèves, et il y a toute la complexité des retraites, que la plupart des gens ne comprennent pas ou peu. Le rôle symbolique de la grève des cheminots ne peut pas être dit (ça ne doit pas être politique), et pourtant il est d'une très grande importance pour toutes les parties concernées (je ne parle pas du PS, là, évidemment). Le seul débat possible est celui qui concerne les détails : "décote" contre "je vais me lever à 3 heures du mat pour aller au boulot". Pas facile, dans ces conditions, de dire que les cheminots défendaient les intérêts de tous, alors qu'il est si facile de répliquer qu'ils ne défendent que leurs 37 annuités. Qu'en somme, c'est des feignants. Dommage qu'on ne peut pas leur appliquer des tests ADN quelconques, juste pour leur montrer.

Qu'est-ce qui s'est passé, alors? J'ai l'impression qu'aujourd'hui, cette grève ne pourra plus être brisée, au sens où l'espéraient les sarkozystes et les autres frustrés de la droite. Juan disait, après l'annonce que Sarkozy acceptait des négociations tripartes avec la CGT :

Sarkozy s'impatiente. La grève, sans être populaire, n'est pas franchement impopulaire non plus

Même si elle s'arrête demain, tout est chiraquisé, tout est redevenu compliqué. Il n'y aura pas de victoire franche capable de symboliser la défaite définitive du syndicalisme français. Quelle que soit l'issue réelle de ce conflit, et même si Sarkozy finit par être victorieux d'une certaine façon (ce qui n'est plus évident), ce sera une victoire embourbée qui ouvrira la porte à d'autres embourbements.

Alors, quoi : je souhaiterais l'embourbement de la "réforme" simplement pour nuire au pouvoir politique du président? En un mot, oui. Car même si je pense, mais en réalité c'est un autre sujet, qu'il y a des modifications à faire dans le modèle social français, je ne veux pas que ce soit Sarkozy, Fillon et Xavier B. qui les fassent.

(Update: je donne à ce billet mon premier flag "ducon"!)


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