Magazine Beaux Arts

H3, photographe surréaliste et ses compositions de nus féminins (2)

Publié le 03 janvier 2008 par Marc Lenot

Un bon nombre des photos de Heinz Hajek-Halke (jusqu’au 2 Mars au Kulturforum à Berlin) sont des compositions complexes de corps féminins nus. Entre 1930 et 1936, il réalise une série de duos blancs et noirs, dont celui-ci acquis par le Centre Pompidou. C’est le même modèle qu’il dédouble, poussant le blanc jusqu’au diaphane, à l’évanescent, ou chargeant le noir jusqu’à l’obscurité. Les deux images inversées parfois se recouvrent, l’espace en réserve entre elles dessine un coeur, des seins, toutes formes fantastiques. Parfois les deux formes de la femme double ne font que s’effleurer, seules les pointes de leurs seins se touchent. Il réalise un grand nombre d’études, d’expérimentations. Sur celle-ci, regardez bien, la femme en noir se dédouble légèrement : il y a une ligne quelques millimètres à sa gauche, une autre silhouette, à peine perceptible, comme un fantôme (étude de la série des Nus noirs et blancs, 1930-36).

Il aime les dédoublements, les échos entre les corps, cette recherche formelle pour atteindre une beauté troublante. Cette femme-ci (Sans titre, 1930) tient une posture acrobatique, la tête renversée, la bouche entrouverte; on devine un collier à son cou. Elle est triple ici, les deux premières toutes proches, se recouvrant, presque indistinctes; la troisième, plus individualisée, plus sombre. Hajek-Halke aime ces jeux de teinte, il noircit les peaux, dont les détails deviennent presque invisibles, ou a contraire les blanchit exagérément, les faisant disparaître dans la lumière.

Jouant de la solarisation, il sculpte les corps comme des statues antiques; de celle-ci (Sans titre, 1931), bras et jambes disparaissent, mais les ombres irréelles soulignent les seins et la cambrure. Plus de tête : la plupart de ses nus sont acéphales, et beaucoup de ses portraits ne sont que des visages.

Mais il n’est pas qu’un photographe de nus, comme mes choix orientés pourraient le faire croire. Je vous montrais là des volutes de fumée, voici, parmi ses travaux formels touchant à l’abstraction, une vue d’immeuble, d’échafaudage datant des années 50 (Quartier de la Hanse, à Berlin) : si le travail de composition est tout aussi complexe, on n’y ressent pas la même passion, le même souffle, me semble-t-il.

Photos provenant du catalogue.

PS : certes, l’appeler H3 est un peu désinvolte. Je me souviens d’un de mes camarades de pensionnat, hobereau breton nommé, de mémoire, quelque chose comme Kerautem de Kermerchou : K2, évidemment.


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