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Le livre du mois : 60 voitures des années 60, par Jidéhem

Publié le 14 octobre 2010 par Hongkongfoufou

Par Hong Kong Fou-Fou

starter

C'est la rentrée littéraire, tout le monde n'a que les mots Goncourt ou Renaudot à la bouche. Sauf à Fury Magazine. Je ne rédige pas mes articles installé au Café de Flore, moi. Plutôt au bar/PMU "Chez Marcel". Donc, au lieu d'écrire une critique du dernier Houellebecq, je vais vous parler d'un bouquin qui marie mécanique et BD. Si ça ce n'est pas du contre-pied, de la contre-culture ! En plus, le contre est bon.

Ce livre, dont la splendide couverture verte s'accorde parfaitement avec le fond orange de Fury Magazine, nous ramène au temps béni des années 60. A cette époque, on trouvait dans le Journal de Spirou des tas de séries comme Benoît Brisefer, Buck Danny,  Marc Dacier ou Les plus belles histoires de l'Oncle Paul, mais aussi des reportages : "7 jours de la vie du monde", "Questionnez... Le fureteur vous répondra", "Si elle est dedans c'est pareil" (ah non, ça c'est chez nous. Dupuis ne pouvait pas monopoliser tous les talents). Et puis aussi l'essai d'une voiture par un sympathique personnage baptisé Starter (pour les plus jeunes, le starter est un ingénieux dispositif permettant de faciliter le démarrage à froid d'une voiture en augmentant la richesse en carburant. Sur les voitures modernes, ça n'existe plus. Si vous êtes sages, je vous expliquerai un jour qu'est-ce qu'un 45t et un slip kangourou).

Le texte de cette rubrique automobile était l'oeuvre de Jacques Wauters et les illustrations de Jidéhem. Marrant comme à une certaine époque les auteurs prenaient un pseudo basé sur leurs initiales. Hergé, Jijé, Jidéhem donc. Il faudrait remettre cette charmante habitude au goût du jour. Si un jour vous voyez une BD signée Achkaèfeffe, vous pourrez l'acheter les yeux fermés, j'en serai l'auteur (je vous conseille également de la lire les yeux fermés : je ne sais pas vraiment dessiner).

Ce livre regroupe 60 des critiques de Starter. 60 voitures datant d'une époque où, pour aller en vacances dans l'Aveyron, on prenait des nationales bordées de platanes parfaitement alignés (ce qui permettait aux enfants d'illustrer ce que racontait leur prof de maths, à savoir que deux droites parallèles se coupent à l'infini. Ben oui, on s'occupait comme on pouvait pendant les longs trajets, il n'y avait pas d'écran LCD dans les appuie-tête). Quand midi approchait, on s'arrêtait dans un routier à la sortie d'un village, déguster sur une nappe en toile cirée une bonne tête de veau  ravigote. On faisait le plein d'essence dans des stations-service où un pompiste nous demandait "Super ou ordinaire ?" avant de faire le plein. A la caisse, on nous donnait une figurine des Schtroumpfs ou de Lucky Luke.  Aujourd'hui quand on part en vacances, on suit des autoroutes monotones, on s'arrête sur des aires sans âme pour manger sur le pouce une entrecôte en carton et des frites en polystyrène. Quand le réservoir est vide, on glisse dans la fente d'un automate notre carte bleue. Une voix de synthèse suave mais ferme (il y a du monde qui attend, derrière) nous invite alors à aller nous servir en Sans Plomb 98.  Avant, les voitures avaient des couleurs vives, des chromes partout, des formes diverses et variées, des lignes audacieuses imaginées par un ingénieur sur sa planche à dessin. Aujourd'hui elles sont noires ou grises, elles se ressemblent toutes, puisque elles sont le résultat de savants calculs de performance, consommation, prix de revient par un cerveau électronique qui  en profite pour les farcir de composants tout aussi électroniques. Avant, pour améliorer la puissance de son véhicule, il fallait aller voir un mécano aux ongles noirs qui vous tripotait le carbu (toujours pour les plus jeunes : ce n'est pas une obscénité). Aujourd'hui, il faut télécharger un logiciel sur Internet. Avant, les moteurs ronronnaient, rugissaient, il n'y avait pas de direction assistée, pas d'ABS, pas de radar de recul. Aujourd'hui, on peut conduire sa voiture en faisant des mots croisés. En fait, l'automobile est une belle allégorie de notre époque, fade et aseptisée.

Alors ce livre est comme une bouffée d'air pur (un peu chargé en monoxyde de carbone, en fait). Elles sont toutes là, de la modeste Fiat 850 à la monstrueuse Ford GT-J, en passant par la Mini Cooper, la MG B ou la R8 Gordini, sans oublier quelques bizarreries comme la Chrysler Turbine ou la Williams Vapeur qui, comme son nom l'indique, fonctionnait à la... vapeur (c'est Denis Papin qui a dû être content).

Comme on disait du temps de Starter, voilà un livre vraiment épatant ! Vous pouvez quand même acheter "La carte et le territoire". Un peu plus austère, mais bien aussi.

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