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Ombre sur la face transparente

Publié le 24 juillet 2008 par Menear
Deux courts extrait du court Super 8 d'Alexandra Baudelot sur Publie.net. Le descriptif m'avait tapé dans l'oeil dès sa mise en ligne et puis comme d'habitude six mois plus tard voilà quoi. L'histoire d'un regard sur un regard, celui d'un sociologue, et les dizaines d'heures de famille en vacances capturées sur sa caméra super 8 (d'où le titre). Alors bien sûr la question de l'image, mais moi c'est cette imbrication de regards qui m'intéresse, d'autant plus lorsque l'ombre du cameraman déteint sur le sable.
Un bateau s’effondre dans les vagues. Jacques filme. Contre l’accumulation des dos bronzés observant le naufrage, serrés en masse face à la mer, il filme un nouveau genre – l’horreur minuscule du désœuvrement des corps en vacances, pétrifiés dans un vague sourire aux lèvres. C’est par les seins nus des femmes volés à la foule, entre l’échancrure d’un coude et la courbe d’un ventre, que la conscience de Jacques apparaît à nouveau. Ainsi le regard de Jacques et les seins nus des femmes sauvent le monde. La mise à nu le rend presque fou, une folie hilare qui le fait passer de la coque du bateau éventrée aux seins nus des femmes. Le naufrage du bateau aurait dû jeter une ombre sur la face transparente des corps des vacanciers échoués à heure fixe sur la plage. Le naufrage du bateau aurait dû soulever les légendes où demeure la mémoire des vies fantomatiques, des survivants, des victimes et des coupables de tous les autres naufrages. Au contraire, le corps du vacancier assigne son oisiveté au naufrage du bateau et fait de cet événement une histoire à jamais résolue. Plus tard, le corps du vacancier s’intéressera à d’autres naufrages, ceux où il n’était pas, ceux qu’il verra à la télévision : 13 mars 1971 naufrage du France dans le lac d’Annecy, 28 août 1971 naufrage du Héléann dans l’Adriatique, 26 octobre 1971 naufrage du Vechtborg dans la baie de Watum. Et aussi, tous les bateaux pneumatiques échoués sur le cabanon du Club 55 à Saint-Tropez.
Alexandra Baudelot, Super 8, Publie.net, P.38-39.
Claire est dans l’appartement. Elle se demande si Jacques parviendra à soumettre leurs deux enfants, et surtout si elles ne saliront pas leur robe. Les deux sœurs n’ont pas l’habitude des mises ne scène. L’image, c’est le désir du père pour ses enfants. Pour la mère, c’est la continuité d’elle-même, de toute l’énergie qu’elle a toujours déployée pour être le centre du désir de Jacques. Leur robe bleue ne cesse de surgir éclatante. Le père suspend l’enfance. La mère la déguise.
Ibid., P.88.

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