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Le spectre de la répétition

Publié le 21 septembre 2007 par Menear
Le spectre de la répétitionÇa, c'est un truc qui vient directement de mes années de collège/lycée (surtout collège), je vous le dis de suite. Ça, c'est un truc tout con, mais qui a pourtant tendance à me pourrir la vie quand il s'agit pour moi de relire et de corriger mes textes (nouvelles, romans, autres) en cours. Ça m'arrive en ce moment même, alors que j'apporte les dernières (ultimes) corrections pour « Cette vie ». Ça m'arrive un peu trop souvent à mon goût. Ça : la haine de la répétition. Non, pas exactement ça. L'incapacité mentale de pouvoir admettre une répétition. Voilà, c'est déjà mieux, c'est déjà plus proche de la réalité. Je m'explique.
Au collège, au lycée (mais surtout au collège, merci les Champs), on nous faisait faire des rédactions et quand on nous faisait faire des rédactions (d'invention ou autre), on nous expliquait qu'il ne fallait pas, surtout pas, en aucun cas, jamais, surtout jamais, ne jamais jamais faire de répétitions. Pourquoi ? Parce que les répétitions, c'est mal. Voilà, c'est tout, c'est comme ça. Et sans doute que c'est vrai, c'est mal, c'est pas bien, c'est diablement moche, les répétitions, dans une rédaction de cinquième ou de quatrième. C'est pourquoi, quand on écrit un dialogue (« un dialogue doit se présenter au discours direct et être accompagné de guillemets et de tirets obligatoirement » : absurde, il ne doit rien, rien n'est obligatoire et pire : ce genre de lois ne vaut que pour la littérature française (et encore, pas toujours) et ne se retrouve souvent pas dans la littérature étrangère que l'on fait pourtant étudier aux élèves de collège), on doit varier les verbes qui les accompagnent et non répéter « dire » à tout bout de champ : s'exclamer, déclarer, s'offusquer, etc. Et que c'est lourd. Et pendant ce temps : aucun scrupule à faire étudier de la littérature anglo-américaine ou l'utilisation du « he said » pullule et surtout, surtout, sans l'expliquer. Incohérent.
Je ne suis pas bête ou borné pour autant : je me rends bien compte que le bannissement des répétitions a d'abord pour but de forcer l'élève à enrichir son vocabulaire. En l'occurrence, je tiens surtout à rendre compte de mon agacement de ces derniers jours vis à vis de ce blocage qui me handicape au plus au point. Tenez, par exemple, prenons « Cette vie », puisque c'est ce que je corrige ces jours-ci. Quinze occurrences du mot « voisin » débusquées grâce aux (à cause des) fonctionnalités de recherche que permettent les traitements de texte. Quinze fois le même mot en cent cinq pages, ce n'est pas énorme, c'est tolérable. Et bien non, horreur, damnation, blocage, appelons ça comme on veut : pas question de laisser ces quinze mots, on réduit de moitié. Maintenant, il n'en reste plus que sept. Ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres.
Autre souvenir de collège (ô période adorée de mon enfance/adolescence) : je suis en troisième, cours de français. Pour situer un peu les choses : c'est en troisième que je commence à écrire mon premier vrai « truc » qui ressemble vaguement à quelque chose. Pour ceux qui s'en souviennent (s'il y en a !), c'était un début de roman pseudo héroic-fantasy, très tolkienisant, dont les six premiers chapitres (le reste a disparu des suites de formatages successifs) restent perpétuellement en ligne, quelque part, sur internet (!). Bref. En troisième donc. La prof (qui nous avait fait étudier Récit d'un jeune médecin, donc qui n'était pas du tout incompétente ni pénible) nous prépare un thème de rédaction (me rappelle plus du thème en question mais me souviens d'avoir réussi à caser un bout de réplique piqué à un épisode de Friends !). On forme des groupes et on s'échange nos rédactions pour de l'auto-correction. La prof fixe un barème, à nous de nous corriger les uns les autres. Je fais le boulot, je corrige comme il se doit la copie qu'on m'a confié puis je vais récupérer la mienne. Une note à la con. Pas mauvaise mais pas terrible non plus. Je parcours vaguement le truc et demande à ma charmante camarade (qui par ailleurs était loin d'être nulle et que, soit dit en passant, s'il s'agissait bien d'elle et non d'une autre, j'ai eu par la suite le loisir de croiser plusieurs fois à la fac : elle faisait à l'époque une licence d'allemand !) les raisons d'une telle contre performance.
- Je t'ai enlevé beaucoup de points parce qu'il y avait beaucoup de répétitions dans ce passage.
- Bah oui mais c'était voulu en fait.
- Ah...
Cette année scolaire de mes quatorze/quinze ans marque en effet mes premières pseudos recherches de style pour accentuer les récits que je produisais à l'époque. Maintenant que j'y réfléchis, il me semble que le texte de cette rédaction mettait en scène un personnage sujet à un quotidien répétitif et ennuyeux. D'où l'utilisation de répétitions dans le texte. Qu'importe. A la suite de notre brève entrevue, ma charmante camarade a revu ma note à la hausse (qui ne devait probablement même pas compter dans la moyenne générale, par ailleurs).
Enfin, tout ça pour ça. Depuis, les choses ont bien changé, et je n'hésite pas quand il le faut à utiliser la répétition dans mes textes successifs (une nouvelle comme Décompte est carrément bâtie sur ce procédé), mais pour le reste, quand il s'agit de corriger un texte lambda (« Cette vie » par exemple), je demeure incapable d'accepter la moindre répétition, quand bien même je reste conscient de l'absurdité de la chose. Je reste formaté, bien des années plus tard. A moi, maintenant, de m'en défaire, comme je peux.
Ça, j'espère que je vais pouvoir le contrôler, ce truc, ce spectre de la répétition, surtout pour « Coup de tête », que je dois bientôt reprendre et qui n'aurait absolument aucun sens s'il était épuré de toute répétition... Alors à l'avenir : oublier un peu le spectre et se calmer avec les gros « R. » écrit nerveusement dans la marge, au crayon à papier, avec mots en question entourés sans même avoir la patience de tracer un cercle complet ou à peu près rond. A éradiquer. Vraiment.
Le spectre de la répétition

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