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Description #1 ~ Mouches

Publié le 13 septembre 2007 par Menear
Un peu comme pour les récits anonymes en leur temps, voici es descriptions. Ces petits textes que, j'espère, je pourrai écrire plus ou moins régulièrement, sont en fait des exercices qui ont pour but de me perfectionner dans la description en général : le plus souvent, ils s'agira de lieux. Ces textes n'ont peut-être pas beaucoup d'intérêt en eux-même, une description me paraissant intéressante surtout lorsqu'elle est comprise dans un mouvement plus général (un roman par exemple) mais j'ai tout de même décidé de les mettre en ligne, pas tellement pour le plaisir qu'on les lise que pour me forcer à poursuivre l'exercice... Que dire de plus, sinon laisser la place à la première description...

Les bourdonnements sont rares, le débarras est sombre, les volets sont à demi fermés : un couloir artificiel se dégage d'entre les meubles et autres objets ici entreposés. Le bout du couloir conduit à une fenêtre haute aux huisseries bouffées. Le carrelage y est poussiéreux, les plaintes sont dégueulasses, les cadavres recouvrent tout. Il y en a sur le sol, les pattes retournées, encore à demi conscients, ça vrombit nerveusement mais c'est trop amorphe pour pouvoir se retourner, faire quelques pas, voleter, tomber, mourir, essayer à nouveau, échouer. Mouches à demi éteintes contre les plaintes, sur la surface du sèche-linge, contre les vitres. De rares survivantes errent parmi les mortes avant de les rejoindre, bientôt, d'ici ce soir, peut-être, demain matin, grand maximum. En arrière plan, les couleurs vives d'arbres voisins, aux feuilles mauves à demi dévorées, aux squelettes apparaissants ; combien de feuilles tombées sur le sol ? Les insectes s'enfoncent, une couverture de points noirs fixe cette agonie banale. Ça craque sous le pied quand on s'en approche ? Derrière le sèche-linge, également, un cimetière à ciel ouvert : leurs corps sont renversés, immobiles, sur le carrelage, ça ne respire pas, ça n'existe plus, ça s'est fondu dans le décor. Les ailes devenues inutiles garantissent l'équilibre inversé de leurs corps. Les pattes parfois remuent encore ou bien alors, comme celle-ci, sur la droite, sous l'effet probable d'une quelconque loi nerveuse inconnue, se crispent, se rejoignent, s'entrecroisent, s'unissent, se taisent. Ça vient peut-être de derrière le radiateur, ou dans le radiateur : voilà, d'autres cadavres accrochés dans les soubresauts métalliques du mécanisme. Entre les toiles d'araignées discrètes, hors des pièges, s'échelonnent les yeux enflés, les abdomens purulents : ils pointent vers le plafond et sans mouvement ils s'écrasent, seconde après seconde. Les cadavres sont nombreux, leur présence est discrète, ce n'est déjà plus qu'une image, des détails, quelques tâches ici et là ébauchées. Demain déjà ça n'existera plus, on les avalera bien avant. Les bourdonnements sont rares, les vols croisés aussi. Quelques cadavres en devenir traversent encore la pièce sans même essayer de la quitter. La fuite n'est pas permise à ce qui déjà, commence à cesser de vivre. Sur le sol et contre les murs, assez de coprophages calcinés pour que Belzébuth puisse s'en faire un tapis. Ça ne craque peut-être pas sous le pied quand on le traverse, ça se contente de crever.


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