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Adrian Sherwood

Publié le 26 novembre 2007 par Smaël Bouaici

Grand gourou du dub anglais, Adrian Sherwood est un personnage atypique dans le petit monde du reggae. Il est blanc, et n’a jamais voulu se laisser enfermer dans un style dont le paradoxe est d’être à la fois ultra codifié et ultra exporté. Des techniques inventées par King Tubby, Errol Thompson ou Lee Perry, Sherwood n’a pris que le meilleur, et l’a appliqué à toutes ses productions.

Né en 1958 dans la banlieue de Londres, Adrian Sherwood découvre le reggae et les Caraïbes grâce à un de ses amis originaire des West Indies. Trop dégoûté de la cuisine anglaise, Adrian va s’empiffrer de riz, de poisson et de reggae chez son pote. “Dans cette maison, il y avait de la bonne musique, de la pure bouffe. On allait dans des soirées où tout le monde dansait et rigolait, il y avait des filles qui venaient se coller à toi. Voilà le lien : Musique, bouffe et football !

“On me dit que Prince Far-I veut me tuer”

Après ses premiers singles de U-Roy, Prince Buster ou Joe Gibbs qu’il joue dans les fêtes de l’école, Sherwood se met à distribuer la bonne parole jamaîcaine. Plusieurs labels se succèdent, de Jamaica Distribution à Hit Run en passant par Carrib Gems, qui lui permet de rencontrer son mentor prince Far I. Une rencontre qui débutait assez mal : “J’étais à Buckingham pour vendre des disques. Dans le premier magasin , on me dit que Prince Far I est là. Dans le deuxième, on me dit qu‘il veut me voir. Dans le troisième, on me dit qu’il veut me tuer, parce qu’il est en colère. Finalement quand on s’est rencontré ca s’est très bien passé, et nous sommes rentrés à Londres ensemble pour enregistrer Message of the King“. Le Jamaïcain lui donne la crédibilité, difficile à obtenir “surtout pour un blanc“, et lui permet de monter en 1979 le plus stable de ses labels, On U Sound.

Dans la foulée, il rencontre Tommy Boy qui l’emmène à New York et lui présente Keith Le Blanc, Doug Wimbish et Skip Mc Donald, tout juste sortis de Sugarhill Gang. La sauce prend aussitôt, et les trois musiciens viennent former le house band de On U Sound. Sherwood voit son talent reconnu et on lui confie les productions de Depeche Mode, Simply Red ou Cabaret Voltaire. Sous les pseudos de Fats Comets ou Bocca Juniors, les membres de Tackhead apparaissent vite comme des précurseurs. D’ailleurs, Sherwood anticipait déjà et datait de 1991 des albums sortis en 81. “Aujourd’hui, ca me revient dans la tête. En 1981 c’était juste une blague. C’était un gros Fuck Off aux autres. Les disques étaient un peu bizarres pour le marché du reggae. Alors je les ai sortis pour rigoler. Mais aujourd’hui beaucoup de gens pensent qu’ils sont vraiment sortis en 91“.

Mais toutes les bonnes choses ont une fin et Tackhead baisse le pied à l’aube des 90’s: “Après Tackhead, j’étais très déprimé. J’ai enchainé sur African Headcharge et Miracle de Bim Sherman. A cette période, j’avais des problèmes personnels, et On U sound avait des dettes. Il fallait que je bosse pour rembourser.” Débute alors une période dans laquelle le côté financier prend le pas sur l’artistique. Il met le label entre parenthèses mais s’affaire à son amour de toujours, le reggae -roots, pour lequel il crée le label Pressure Sounds, aujourd’hui indépendant et géré par son ami Peter Holdsworth.

C’est une des raisons pour laquelle il a mis autant de temps à sortir son premier album, Never Trust a Hippie. “Quand on m’a proposé des remixes, j’ai accepté mais je ne pouvais pas utiliser tous les samples que je voulais. Alors j’ai dit : laissez moi faire un disque sous mon propre nom !“ Adrian appelle alors ses amis producteurs. Sly Dunbar, Lenky Marsden, auteur du redoutable riddim Diwali, et Frenchy, ex-producteur de Raggasonic et accessoirement fils de Claude Allègre. Sherwood enchaîne avec un deuxième opus, Becoming A Cliché l’année dernière, et compose la première bande-son de film reggae, pour Johnny Was de Mark Hammond.

Quand on lui parle de la qualité sonore de ses productions et de ses techniques de mixage, Sherwood a une idée assez précise : “Je dirais que j’ai absorbé beaucoup d’influences. J’ai rencontré les bonnes personnes comme Mark Stewart, qui m’a montré l’influence des bruits, les intros coupées. J’ai incorporé toutes ces idées dans le dub, dans la musique jamaïcaine, qui est très épicée au niveau sonore. Si vous comparez un reggae et de la funk de 1971, le disque jamaïcain a un son de basse incroyable. Et aujourd’hui, tous les disques sont influencés par ce son. J’ai appliqué ces notions jamaïcaines d’espace, de chaleur et de son à toutes mes productions. Je suis probablement tombé au on endroit au bon moment.


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