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RILKE .ma passion depuis mes 20ans…

Publié le 28 août 2005 par Stephannathalie1969

Rilke écrivait à un jeune poète pour lui conseiller d’être grand, et le consoler d’être seul. Parmi les compagnons prêts à peupler nos solitudes, il énumérait Dieu, et le printemps, et l’enfance, et le vent surtout, "qui a passé par-dessus les arbres de beaucoup de pays". Le souvenir de Rilke est maintenant devenu pareil à cette brise, qui rouvre comme une rose de Jericho le coeur desséché des solitaires. Parce qu’il fut triste, notre amertume est moins grande; nous sommes moins inquiets, parce qu’il vécut sans securité; nous sommes moins abandonnés, parce qu’il fut seul.

   " Marguerite Yourcenar


Rainer-Maria Rilke (1875-1926): sans doute le poète allemand le plus important de la première moitié du XXème siècle. Son oeuvre, introvertie, est une longue méditation sur les événement essentiels de l’existence humaine, et en particulier, la mort, qui lui semblait le point culminant auquel toute vie doit préparer. "Donne à chacun sa propre mort/La mort née de sa propre vie, où il connut l’amour et la misère"… " car nous ne sommes que l’écorce, que la feuille, le fruit qui est au centre de tout, c’est la grande mort, que chacun porte en soi" écrit-il dans "Le Livre de la Pauvreté et La mort". Assez tôt considéré comme un maître par les autres poètes, il n’en demeura pas moins pendant très longtemps peu lu, et doit, en particulier en France, sa notoriété à un recueil de lettres "Les lettres à un jeune poète" publié après sa mort par Franz Xaver Kappus, avec qui il avait correspondu. Rilke y ouvre son coeur à quelqu’un qu’il ne connaissait pratiquement pas, avec une confiance et une justesse de ton, qui ne peuvent pas laisser indifférent. Il y parle encore de la mort, mais aussi de l’amour, de la solitude, et de la création, avec une profondeur qui fait encore de cet ouvrage, publié chez de nombreux éditeurs (Les Belles Lettres, Grasset, Le Seuil, Gallimard) une source où toute une jeunesse en quête d’une spiritualité sans dogme vient s’abreuver. Parmi les traducteurs les plus délicats de son oeuvre, citons Maurice Betz, qui fut son ami, et Adamov qui traduisit "Le Livre de la Pauvreté et de la Mort" à une époque (1939) où, le monde sombrant dans le chaos, cette tâche prenait à ses yeux une dimension vitale. (Actes Sud). Il nourrit des amitiés vivantes avec quelques-uns des créateurs les plus novateurs de son époque, en particulier, Auguste Rodin, dont il fut le secrétaire, et dont il admirait la force de travail et la volonté, et Marina Tsvetaeva, dont il décela le génie avant tout le monde et avec qui il entretint quelques mois une correspondance d’une altitude et d’une liberté à la mesure de ces deux grands esprits contemporains.. Afin de parachever sa biographie de poète et de lui assurer une traversée des siècles sans encombre, il mourut (lui qui avait écrit un recueil en Français sur les jardins, Verger) du fait des suites d’une mauvaise piqûre de rose qui dégénéra en leucémie, et au seuil de la mort, refusa les soins thérapeutiques qui auraient pu lui éviter la souffrance, de peur de voir lui échapper "sa propre mort". Piers Tenniel


Une seule chose est nécessaire: la solitude. La grande solitude intérieure. Aller en soi-même, et ne rencontrer, des heures durant, personne – c’est à cela qu’il faut parvenir. Etre seul comme l’enfant est seul quand les grandes personnes vont et viennent, mêlées à des choses qui semblent grandes à l’enfant et importantes du seul fait que les grandes personnes s’en affairent et que l’enfant ne comprend rien à ce qu’elle font. S’il n’est pas de communion entre les hommes et vous, essayez d’être prêt des choses: elles ne vous abandonneront pas. Il y a encore des nuits, il y a encore des vents qui agitent les arbres et courent sur les pays. Dans le monde des choses et celui des bêtes, tout est plein d’évènements auxquels vous pouvez prendre part. Les enfants sont toujours comme l’enfant que vous fûtes: tristes et heureux; et si vous pensez à votre enfance, vous revivez parmi eux, parmi les enfants secrets. Les grandes personnes ne sont rien, leur dignité ne répond à rien.    

Marina Tsvetaeva Rainer-Maria Rilke qui avait su discerner dans ce poète isolé et mal connu l’une des toutes premieres voix de notre époque, lui écrivit "nous nous touchons comment? par des coups d’aile" à l’occasion d’une courte et magnifique correspondance qui précéda de peu la mort du plus grand poète germanophone du XXème siècle ("Rilke-Pasternak-Tsvetaeva, correspondance à trois", édition Gallimard). Elle fut l’amie de Boris Pasternak (l’auteur du très connu "Docteur Jivago" et du recueil de poèmes "Ma soeur la Vie"), d’Alexandre Blok, mais son températement indépendant, tumultueux et absolutiste ne la prédisposait ni à s’associer à l’aventure du Communisme en URSS, ni à rejoindre clairement ses opposants et elle fut cruellement mise à l’écart de tous les milieux littéraires de l’époque. Elle qui écrivait "Ecoutez-moi ! il faut m’aimer encore, du fait que je mourrai", elle "si vivante et véritable", connut au début de la seconde guerre mondiale les pires difficultés morales et matérielles et finit par se donner la mort en 1941. Bien que Tsvetaeva, qui habita la France pendant une période, ait (comme c’est d’ailleurs le cas de Rilke) pratiqué la langue française, Eve Malleret a été l’une des premières à donner des traductions de cette voix, pour le moins originale, que nous transmet le rythme syncopé de son écriture, et qui fait d’elle l’un des plus grand poète du XXème siècle. Nous devons les traductions "ci-jointes" à Maryse Dennes, poète et russophone avertie, membre du Club des Poètes. Piers Tenniel (Lire en particulier les différents textes traduits pour les éditions "Cleménce Hiver", et surtout "Tentative de Jalousie", choix de poèmes traduits par Eve Malleret, pour les éditions "La découverte")


   Marina Tsvetaeva "

 Tentative de Jalousie", très belle traduction d’Eve Malleret, La Découverte (hélas, épuisé) "Le poème de la montagne", Age d’homme "Des Poètes", édition des Femmes "Le gars", édition des Femmes Voir aussi le très beau travail d’édition de Clémence Hiver


Marina Tsvetaeva Tel est fait de pierre, tel est fait d’argile, Mais moi, je m’argente et scintille Je m’occupe de trahir, je m’appelle Marine, Je suis la fragile écume marine Tel est fait de pierre, tel est fait de chair. Pour eux cercueils et pierres tumulaires; Dans les fonds marins baptisée Je suis, dans mon envol, constamment brisée! Au travers des coeurs, au travers des rêts, Mon bon plaisir perce son chemin Moi – Vois-tu ces boucles déchaînées? Je ne suis point faite de dépôts salins, Me brisant sur vos genoux de granit, A chaque vague je ressuscite. Que vive l’écume, joyeuse écume, La haute écume marine




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