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Jacques et le Sida

Publié le 01 décembre 2010 par Ruminances

sidaction2006.jpgIl se trouve que le 1°décembre est la ‘journée nationale VIH/Sida’.

Il y a foultitude de journées nationales de ‘ceci cela’, toutes respectables, toutes dignes donc, d’être étendues à 365 jours de respect par an… et il y en a bien plus que 365 ‘causes’ !

L’objet de ce billet est bien lié plus à la mémoire de mon ami Jacques, associée à la lutte contre le fléau du VIH/Sida, bien sûr.

Jacques me fut un grand ami, il y a 50 ans, au service militaire en Allemagne. Nous nous sommes connus fin 1960 ‘dans la chambrée’ comme amateurs de poésie, bientôt comme poètes, et avons eu des différents (gravisismes, un court temps !) car il aimait Mallarmé et moi Michaux… ! Ouf, on se réconcilia via Apollinaire. Et surtout on ‘draguait’ ensemble (et en uniforme !) dans des bistrots d’Heidelberg (entre autres). C’est ainsi qu’il s’est fiancé avec une belle allemande et, peu rancunier (ni elle, que j’avais tant désiré…) je fus invité à leurs noces en 1963 à Hambourg… où je fis connaissance très intime de la sœur de la mariée : ce bonheur imprévu me permit de me lancer dans un premier reportage photographique sur Hambourg (le petit dossier que j’en garde aujourd’hui me semble toujours très bon !). Merci Jacques…

Vers 1965, Jacques vint me rendre visite à Paris, je l’hébergeais même – faute de mieux et en toute fraternité – dans mon lit, avec moi, sous le toit de ma mansarde. Mais, plus grave que nos divergences poétiques d’hier, nous avions des divergences politiques : j’avais, beaucoup plus que lui, vécu douloureusement la Guerre d’Algérie et, de fil en aiguille, m’engageais – via le soutien à la lutte si héroïque du peuple vietnamien contre l’impérialisme américain – à devenir ‘communiste’, sans encore trop savoir choisir entre Castro, Trotsky, Mao (ce fut Mao…).

Près de trente ans plus tard, un coup de téléphone de Jacques ! (nous nous étions depuis longtemps perdus de vue mais il a retrouvé mes coordonnées). Il me demande tout simplement de le recevoir peu après. ‘D’accord !’

Le soir convenu, je l’attends, face à un ‘plat d’ami’ (c’est rare que j’en fasse) jusqu’à ‘point d’heure’… et ce n’est que le lendemain midi il arrive enfin :

‘Hier soir je me suis arrêté dans une boite de nuit en sortant de la gare, me suis saoulé et j’ai payé une nuit d’hôtel à une entraîneuse que j’ai saoulé. J’avais peur de te revoir, je suis con. Et je suis fauché, maintenant !’… Bon, Jacques, on va aller se promener, marcher, marcher, parler, rencontrer des amis !…Ok !

Le surlendemain, on trouve la solution : avec ma vieille guimbarde je le ramène chez lui à Dieppe, il me rembourse les avances et m’offre une superbe aquarelle (que j’ai toujours en place d’honneur) puisqu’il est devenu peintre après avoir abandonné la poésie… Mais j’ai bien constaté, surtout, qu’il est très malade…

Un an plus tard, une de ses amies de Dieppe m’apprend que Jacques s’est suicidé, à cause de son sida secret. Le choc. L’idée m’en était venue, mais il l’avait niée… Et je reste encore stupéfait, indigné, qu’il ait osé coucher avec une fille, bourrée comme lui, en arrivant à Saint-Nazaire… Son amie de Dieppe m’informera que ce ne fut pas du tout une exception, et toujours sans capote !

La honte ! Le crime !

Voila une raison intime – il y a d’autres raisons plus générales – de participer à la campagne de Sidaction… D’autant plus que l’on s’habitue bien trop à cette plaie !


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