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Acouphènes, une prise en charge enfin efficace

Publié le 08 décembre 2010 par Frédéric Duval-Levesque

La prise en charge des acouphènes, nécessairement multidisciplinaire, est couronnée de succès dans 60 à 70 % des cas, si le patient adhère à la stratégie thérapeutique conseillée. L’habituation aux symptômes est le but principal de la prise en charge.

UNE SENSATION AUDITIVE SUBJECTIVE

L’acouphène est une perception aberrante de l’oreille en l’absence de toute source sonore dans l’environnement. C’est un bruit fantôme perçu de façon uni ou bilatérale, mais qui peut aussi être perçu comme provenant de l’intérieur du crâne. Il s’agit d’un symptôme et non d’une maladie. Mais comme pour la douleur, l’acouphène symptôme peut devenir un acouphène maladie.

L’acouphène est décrit comme un sifflement (40 %), une stridence, un tintement, un bourdonnement, un chuintement de cocotte minute, un bruit de cigale, de vague, de vent… Il ne s’agit pas d’une hallucination auditive : l’acouphène n’a aucun sens et le patient est conscient que l’acouphène provient de son propre organisme.

Précision : en français acouphène provient du grec acou = entendre et phène = paraître. Pour les anglais et la majorité des autres pays sauf l’Italie les acouphènes prennent le nom de tinnitus (tintement).

DEUX TYPES D’ACOUPHÈNES

On distingue deux types acouphènes

- les acouphènes subjectifs (95 % des cas) ne sont entendus que par la personne qui s’en plaint. Leur origine, dans la grande majorité des cas, peut se situer à n’importe quel niveau des voies auditives, depuis le conduit de l’oreille externe jusqu’au cerveau, l’origine la plus fréquente étant la cochlée. Mais il ne faut pas méconnaître les origines de l’appareil manducateur et celles en provenance du rachis cervical haut. Leur prise en charge est multidisciplinaire ; l’information, l’explication, l’empathie et l’écoute, le soutien psychologique avec un psypraticien sont primordiales pour leur prise en charge.

- les acouphènes objectifs qui sont audibles par une tierce personne (5 % des cas) et enregistrables. Ils connaissent de nombreuses étiologies nécessitant des examens ultra spécialisés : béance de la trompe d’Eustache, contractions anormales de muscles de la sphère ORL, défauts structuraux de l’oreille interne et lorsqu’ils sont pulsatiles, l’étiologie est la plupart du temps vasculaire. Leur traitement est étiologique.

Acouphènes, une prise en charge enfin efficace
UNE PERTE AUDITIVE PRÉSENTE 9 FOIS SUR 10

Dans 90 % des cas, les acouphènes surviennent sur une oreille présentant une perte auditive. Ils peuvent être précédés et accompagnés d’une hyperacousie. La survenue peut être brutale ou progressive.

Dans la majorité des cas (91 %), l’intensité subjective de l’acouphène est faible inférieure à 4 Db HL et dans 4 % des cas de l’ordre de 10 à 12 Db HL. Mais il n’existe pas de corrélation entre l’intensité subjective mesurée de l’acouphène et son ressenti. De faibles intensités acouphéniques peuvent être mal vécues alors que des intensités importantes peuvent en revanche être bien tolérées. Les sons perçus sont le plus souvent aigus, 7 fois sur 10 la fréquence est supérieure à 3000 Hz.

UN RETENTISSEMENT PSYCHOLOGIQUE IMPORTANT

La prévalence des acouphènes est peu documentée du fait de l’absence d’étude épidémiologique. On estime que 15 % de la population expérimente durant sa vie un acouphène. L’acouphène est un symptôme fréquent, en France 300 000 personnes seraient handicapées par la présence d’un acouphène et 170 000 cas nouveaux surviendraient chaque année.

Rare chez les sujets jeunes, mais en constante progression ; la prévalence augmente avec l’âge surtout après 50 ans, âge auquel la presbyacousie apparaît. La perte auditive est liée à l’âge et à l’exposition au bruit d’origine professionnelle ou durant les loisirs qui altèrent plus rapidement l’audition. Dans près de 90 % des cas, l’acouphène est transitoire et n’entraîne pas de consultation. Il peut être très bref (< 5 min) ou durer plusieurs heures, mais il cesse spontanément, cependant attention ce sont des signaux d’alerte qui témoignent d’un début d’altération des structures auditives. Chez 4 % des sujets l’acouphène est un phénomène chronique déclenchant la consultation : le bruit anormal est perçu en permanence. Une fois sur deux, l’acouphène chronique est intrusif. Il envahit la vie quotidienne des patients, avec un retentissement personnel important (anxiété, insomnie, dépression voire suicide…) familial (séparation) et professionnel (absentéisme, invalidité,…). L’acouphène perturbe l’endormissement (30 % des consultants), la lecture et toute activité demandant une concentration importante. Dans un questionnaire adressé aux adhérents de l’association France acouphènes, 50 % des répondants déclarent que les acouphènes les ont « rendus plus dépressifs », 55 % plus irritables et 50 % déclarent qu’ils ont perturbé leur vie familiale, professionnelle ou sociale.

Ce questionnaire montre également qu’après l’âge de 70 ans les acouphènes sont 7 fois sur 10 plutôt bien supportés, tandis qu’ils sont mal supportés avant 40 ans, 8 fois sur 10 et que plus l’acouphène est récent plus il est mal supporté. Il est à noter que les adolescents à la structure psychologique encore fragile paient le plus lourd tribut aux désordres collatéraux des acouphènes.

Détail important, l’acouphène a une composante culturelle : en occident il est désagréable alors qu’en Inde il signifie que les dieux vous parlent et il n’est donc pas gênant. Cette précision permet de comprendre que l’habituation à l’acouphène est possible, qu’on peut ne pas l’entendre ou y devenir indifférent ; et d’insister sur l’importance de l’information et des explications aux patients dans la prise en charge.

UNE PHYSIOPATHOLOGIE COMPLEXE

L’acouphène résulte de la production d’un signal nerveux anormal à un quelconque niveau des voies auditives qui, après traitement par ces dernières, est interprété comme un bruit lorsqu’il atteint le cortex auditif. Le signal peut être d’origine périphérique ou centrale. Aujourd’hui, la théorie qui prévaut est une origine mixte. Une hypothèse propose que l’acouphène soit l’équivalent auditif des douleurs du membre fantôme. En effet, l’acouphène correspond très exactement à la perte auditive. Lorsque la perte auditive se situe dans les aigus l’acouphène s’y situe également. L’acouphène serait alors la conséquence de remaniements centraux induits par la perte auditive qui atteint 90 % des acouphéniques. Ce remaniement se manifesterait par une sur-représentation des neurones impliqués dans la reconnaissance d’une gamme de fréquences particulières. Une réorganisation cérébrale similaire a été observée dans les douleurs fantômes des membres. Plus simplement dit, l’acouphène correspondrait à ce que l’on entend plus ou à ce que l’on entend moins bien.

De son côté, l’hypothèse d’une anomalie centrale repose sur le fait que la section du nerf auditif ne supprime pas l’acouphène.

Chez les jeunes surtout, les acouphènes apparaissent souvent à la suite d’un traumatisme sonore (discothèque, concert, baladeurs, MP3, explosion,…). Pour cette étiologie, les recherches s’orientent vers le glutamate et ses récepteurs. On observe en effet dans ces situations une libération excessive de glutamate à partir des cellules sensorielles auditives au contact du nerf auditif. Des molécules bloquant les récepteurs au glutamate sont actuellement à l’étude.

Il faut par ailleurs préciser que l’acouphène pour être entendu par le patient doit atteindre la conscience et que cela est grandement facilité que sous certaines conditions, stress, choc affectif, fatigue, maladie à l’origine d’un déséquilibre du système nerveux végétatif.

LA CONSULTATION EN PRATIQUE

Un acouphène d’apparition récente (datant de moins de 10 jours) est une urgence. Le patient doit être adressé à un ORL spécialisé dans les acouphènes afin d’éviter le passage à la chronicité.

90 % des patients ont des symptômes depuis plus d’un mois. 50 % considèrent ce bruit de sérieux à insupportable. L’acouphène demeure un symptôme subjectif : il n’existe aucune méthode qui permette de l’objectiver.

Le généraliste doit croire le patient et l’écouter. Le nomadisme médical est important car les médecins connaissent mal l’acouphène et les malades ont l’impression, souvent justifiée, de ne pas être crus et d’être incompris. Il ne faut pas affirmer que l’acouphène est une fatalité contre laquelle on ne peut rien, cette phrase défaitiste est inexacte, démobilisatrice et destructrice sur le plan psychologique.

Il faut adresser le patient à une équipe spécialisée pluridisciplinaire dont la liste est fournie par l’Association France acouphènes, en expliquant que cette prise en charge spécialisée est efficace. Aucun examen complémentaire n’est nécessaire avant cette prise en charge.

Le bilan spécialisé est souvent peu contributif. La prise en charge n’est pas simple car l’étiologie ou les étiologies sont quelques fois difficiles à établir, alors l’amélioration de la tolérance de l’acouphène ne peut commencer que par une explication claire et loyale du phénomène.

La présence d’une perte auditive doit être traitée, car elle concentre l’attention du patient qui tend l’oreille sur l’acouphène et qui croit qu’il entend mal à cause de l’acouphène alors que celui-ci accompagne la surdité.

Une hyperacousie associée est fréquente (20 à 45 % des cas), sa prise en charge est indispensable. Elle est fréquemment attribuée à l’acouphène, alors qu’elle l’accompagne.

UN DIAGNOSTIC SPÉCIALISÉ

Le diagnostic comporte deux étapes la première est étiologique, elle demeure souvent difficile malgré les nombreux examens pratiqués. La seconde apprécie le retentissement de l’acouphène dans la vie du patient.

L’enquête étiologique comprend notamment :

L’examen du conduit auditif externe pour visualiser l’aspect du tympan et vérifier la vacuité du conduit. La perte auditive peut être repérée par le généraliste à l’aide de tests cliniques simples et classiques.

La mise en évidence d’un souffle carotidien peut orienter vers une origine athéromateuse qui conduit à une échographie doppler.

Les autres examens sont du domaine de l’équipe spécialisée. L’audiométrie tonale et vocale mesure l’importance de la surdité (présente dans 90 % des cas).

L’impédancemétrie tympanique évalue le fonctionnement de l’oreille moyenne, de la trompe d’Eustache et le réflexe stapédien celui de la capacité de l’oreille à se protéger des bruits trop intenses (traumatisants)

Les potentiels évoqués auditifs explorent la conduction nerveuse depuis l’oreille interne jusqu’aux projections cérébrales.

L’examen vestibulaire renseigne sur le fonctionnement de la partie postérieure de l’oreille interne.

La décision d’explorer l’acouphène par IRM ou scanner est aussi une décision de spécialiste. Elle est notamment fonction du type de surdité (transmission ou perception) et surtout de l’asymétrie entre les deux oreilles. Le scanner est l’examen de choix en cas d’atteinte osseuse ou de lésion l’oreille moyenne. L’IRM explore les tissus mous.

L’examen recherche également une anomalie de l’articulé dentaire et de l’articulation temporo-mandibulaire et une anomalie de mobilité du rachis cervical.

DES TRAITEMENTS À LA CARTE ENFIN EFFICACES

La prise en charge est nécessairement multidisciplinaire. Une vingtaine d’équipes privées ou publiques sont spécialisées dans cette prise en charge (adresse sur France Acouphène)

D’autres approches sont très intéressantes : la thérapie cognitive et comportementale qui a pour objectif de se réadapter à l’acouphène et à l’hyperacousie est efficace dans de nombreux cas. Cet aspect de la thérapie repose sur le fait que le PET-scan et la magnéto-encéphalographie (MEG) montrent que les zones cérébrales activées par l’acouphène ne sont pas situées que dans les voies auditives primaires, mais aussi dans les zones des émotions, de la mémoire, de la vigilance, de l’humeur et des adaptations comportementales, zones qui sont capables de se réorganiser par plasticité cérébrale.

L’hypnose est efficace chez 70 % des patients après 5 séances, à condition que le patient pratique des séances d’autohypnose régulières à domicile.

La sophrologie permet une détente mentale et physique qui améliore le contrôle émotionnel et diminue le stress permettant ainsi au patient de distancier son bruit parasite et de vivre mieux.

Certaines prothèses auditives (thérapie sonique) permettent un traitement de l’acouphène isolé par un générateur de bruit le plus proche possible de la fréquence de l’acouphène, qui masque l’acouphène. En présence d’une surdité, d’autres prothèses auditives améliore l’audition et génère en plus un bruit pour masquer l’acouphène. L’efficacité est de 70 %.

La stimulation magnétique transcranienne qui traite le problème au niveau de l’émergence de l’acouphène (cortex auditif primaire) a une efficacité de 30 à 35 %.

Sources : legeneraliste.fr, Dr Emmanuel Cuzin, Dr Michel Paolino, directeur de IMERTA (Institut méditerranéen de recherche et de traitement des acouphènes)Pour une information et un entretien gratuit de 30 à 45 minutes, sans engagement, concernant une aide, un soutien psychologique, ou une psychothérapie -> cliquez ici

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