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La musique soudanaise à l'honneur au 3 eme festival mondial des arts nègres

Publié le 20 décembre 2010 par Rokia


Par : Dr. Khalid Mohamed Farah
Berceau de la civilisation africaine ; et  l’un des pays qui ont connu les cultures les plus séculières, et les Etats les plus anciens  dans le monde ; à savoir ; les royaumes de Kerma 2500 - 1500 ans av J .C.- ( le Koush  biblique) ; de Napata 800 à 500 ans av J.C ( l’Ethiopie des anciens grecs ); et de Méroé 500 av J.C à 350 ans après J.C respectivement ; suivis par les célèbres royaumes de la Nubie chrétienne du moyen âge ; ainsi que par les différents sultanats islamiques qui se sont fleuris dans le pays ; le Soudan doit certainement posséder des traditions ; voire un patrimoine musical aussi séculier et riche qui puise ses origines dans les cultures millénaires de ce pays.  Du à l’immensité de son territoire ; étant le pays le plus vaste d’Afrique ; avec plus de 2.5 millions km2 de superficie ; la musique soudanaise englobe naturellement des types régionaux forts variés. Ainsi il existe une grande variété de régionalismes au Soudan en ce qui concerne les genres musicaux y prévalant. Certains genres ou styles se rencontrent toutefois sur l’ensemble du pays. On peut y distinguer notamment les rythmes suivants : Le Daleib dans le nord ; le Merdoum dans le ouest ; le Tokoi dans l’est ; le trim-trim dans le sud et le Seira ou Dallouka dans le centre du pays respectivement. Il y a aussi d’autre rythmes soudanais tels que : le Jarrari ; le Toya et  le Hassisse à l’ouest ; le Chachai ; le Hombaei ; et le Jaboudi au nord ; le Toum-toum : un rythme urbain très populaire dont la floraison remonte en particulier aux années 1930s ; le Nouggara (le tam-tam) et le Jaloua au sud ; le Kirang aux monts des Nouba de sud Kordofan ; et bien d’autres rythmes encore. Majoritairement arabisé ; notamment sur le plan linguistique ; au moins depuis le 14e siècle ; la musique du nord soudanais ; mais aussi de tout le pays ; reste néanmoins évidemment et remarquablement africaine ; puisqu’elle dépend de l’échelle pentatonique ; à peu près comme les musiques chinoise ; japonaise ; éthiopienne et tachelhit berbère  qui sont toutes déclinées sur le mode pentatonique aux dires des musicologues ; tandis que la musique arabe , par contraste, dépend plutôt de ce qu’on appelle le Maqam qui suit l’échelle heptatonique. C’est pour cela qu’un grand nombre des populations africaines ; notamment ceux qui vivent dans la zone sahélienne ; et une partie de la zone soudanienne qui s’étend de la Somali et le Djibouti dans la Corne de l’Afrique a l’est ; en passant par l’Ethiopie et l’Erythrée ; en plus du nord tchadien ; camerounais et nigérian respectivement ; et une grande partie du Niger ; du Mali et de la Mauritanie   sont  attirées par les chansons et la musique soudanaise qu’elles trouvent tellement apaisante pour s’identifier passionnellement avec elle. Nous pouvons donc parler à juste titre ; d’un style musical soudanais distingué qui marque toute une zone du continent ; et qui se remarque par conséquent des autres genres musicaux communs dans les autres zones de l’Afrique ; telles que l’Afrique tropicale et équatoriale ; l’Afrique du nord ; l’Afrique australe et l’Afrique de l’ouest etc.A titre d’exemple ; c’est dans le style dit soudanais que des chanteurs illustres tchadiens tels que feu El Hadj Ahmat Pekos ; et feu Mahmat Ahmat Djalali se sont distingués dans les années 1970s et 1980s ; sans pouvoir pour autant ; énumérer les multiples chanteurs somaliens et éthiopiens qui interprètent parfaitement jusqu’à nos jours des dizaines des chansons soudanaises. Etant données toutes ses réalités là ; la musique soudanaise a pu réaliser des réussites remarquables tant sur le plan continental qu’international. C’est ainsi que le grand compositeur soudanais ; feu Bourei Mohamed Dafaallah fut accordé le premier prix du festival musical africain organisé au Transvaal en Afrique du Sud en 1954 ; tandis que tout récemment au cours de l’année 2010 ; le musicien et compositeur soudanais ; Béchir Abbas a obtenu le troisième prix suite à un concours musical  mondial organisé par la radiodiffusion de Berlin. Certains chanteurs soudanais jouissent d’une grande réputation régionale et même d’une certaine réputation internationale tels que : Mohamed Wardi ; Abdelkarim Al Kabli ; et Sayyed Khalifa etc ; et tout dernièrement ; Abdelkader Salem et Abdelaziz Al Moubarak grâce a leurs visites répétitives en Europe ; et les CD qu’ils y ont pu produire. C’est la ville d’Omdurman ; dite la capitale nationale du Soudan ; ville jumelle de Khartoum qui est la capitale officielle du pays ; qui constitue le véritable creuset qui a donné naissance à ce qu’on peut appeler la musique soudanaise proprement dite ; ou la chanson moderne soudanaise ; qui a su passionnellement unifier l’ensemble du peuple soudanais dans ses différents tribus et groupes ethniques ; dont chacun avait auparavant son propre rythme ; style ou gout musical.Donc ; c’est à Omdurman que naquit au début des années 1920s ce qu’on appelle les chansons de la Haguiba ou (mallette) ; à cause d’une mallette dans laquelle on conservait à la radio d’Omdurman les disques contenant ses chansons là. Ce sont des chansons qui sont interprétées en jouant uniquement du tambour comme instrument traditionnel. La période de la Haguiba a connu des grands poètes tels que : Ibrahim El Abbadi ; Abu Salah ; Khalil Farah ; Wad el Radi ; Sayed Abdelaziz et Oumar el Banna etc ; en plus des chanteurs brillants de ce genre tels que : El Haj Saror ; Karoma ; Abdallah el Mahai ; El Amin Bourhane et Zingar etc. Cette période va continuer jusqu’au début des années 1940s qui a coïncidé avec l’établissement par l’administration coloniale britannique de radio Omdurman ; crée essentiellement pour soutenir sa politique médiatique pendant la 2e guerre mondiale en Afrique du nord et de l’est ; lorsqu’on voit apparaitre la chanson moderne soudanaise qui va de pair avec la musique issue des instruments occidentaux ; et qui provient ; par ailleurs ; en évolution naturelle ; pourtant modernisée du style précédent de la Haguiba sur le plan artistique. Les grands figures de la nouvelle chanson (nationale) soudanaise ; c'est-à-dire celle qui transcende les très nombreux tribus et groupes ethniques  que comprend le Soudan sont : Ibrahim El Kashif ; Ahmed El Moustafa ; Hassan Atiyya ; Abdelhamid Youssouf et Aïcha El Fallatiyya etc. Il s’agit donc de l’ère de la chanson nationale ; dite autrement aussi ; la chanson d’Omdurman.  Nous pouvons dire enfin ; que la musique soudanaise vie encore dans cette même période de la chanson moderne des années 1940s et 1950s ; avec quelques tentatives de modernisation qui sont dues ; évidemment ; à l’ouverture aux autres expériences extérieures ; et notamment à l’évolution de l’éducation et de la formation dans le domaine de la musique dans le pays ; comme ; à titre d’exemple ; l’établissement de l’Institut pour la Musique et le Théâtre à Khartoum dans les années 1970.     


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