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Le cliché économise la réflexion.

Publié le 23 novembre 2007 par Monsieur L'Adulte


Suspicieusement, je n’avais pas l’impression de correspondre suffisamment à ce que la situation exigeait de moi. Afin de rétablir l’équilibre et la cohérence entre mes actions ternes et ma situation onéreuse, j’ai enfilé ma belle chemise, celle au ton neutre et trompeusement pas trop fripée (on le sait bien, porter une chemise blanche amplifie fortement les chances de se faire tirer dessus avec une arme à feu afin que l'on voit bien le sang), et suis descendu au bar de l’hôtel en me disant qu’un homme seul dans un hôtel un soir de semaine, se devait de traîner au bar, d’autant plus s’il est en congrès. Il était question d’assumer mon cliché personnel, de le domestiquer quitte à m’en fendre l’âme.

En pénétrant dans le bar, j’ai compris à la musique d’accordéon que j’étais dans un bar qui se voulait Français. On ne m’aura pas aussi facilement, pensais-je, canal D m’a instruit comment les décoder, nos putains de clichés sociaux, et j’ai décidé d’adhérer coûte que coûte. Ainsi, répondant à l’idée que je me faisais, le barman passait son temps à essuyer les comptoirs ou les verres tout en écoutant les problèmes d’un homme déprimé. Si le barman répondait à ce que le cliché voulait de lui, il était clair qu’il était doté d'une grande sagesse et de forts dons de psychologie, avec une espèce d’aura de mystère nous rappelant qu’il n’est qu’un personnage secondaire. Au font de la pièce, assis seule à une table, une blonde sulfureuse à la bouche en coeur jetait un regard prononcé sur tout ceux qui entrait. Si une femme sexy intervient dans un film, elle finira dans le lit du héros. En m’assoyant, je commençais tout de même à perdre en conviction et à me demander si les clichés, c’était vraiment fait pour moi, au bout du compte.

Le bar était tranquille, alors j’ai pris place au comptoir. Évidemment, j’aurais du prévoir le coup : dans le coin trônait une télé, avec un match de hockey (cliché). Le mec déprimé, cravate détachée et Scotch à la main (cliché), commence à me parler de la saison (cliché), des canadiens qui en arrachent (cliché) même s’ils ont une bonne équipe pour une fois, suffit que les recrues s’adaptent (cliché). Le barman s’avança vers moi en continuant d’essuyer ses verres au rythme de l’accordéon, valsant avec ses propre clichés qu'il assumait ma foi fort bien. Houlà, me suis-je dit en le voyant s’approcher : les difficultés font partie de la vie; elles ne sont pas optionnelles (cliché).

Maintenant, barman de tout horizon, retenez ceci lorsqu’il vous poussera l’envie d’aborder vos idées reçues avec un client ne demandant qu’à siroter sa bière en paix: ce n’est pas parce que quelqu’un vient de Québec qu’il a nécessairement envie de parler des fêtes du 400ième. Ce n’est pas non plus parce qu’on parle quand même du 400ième qu’il faut parler de Céline Dion. Et ce n’est pas parce qu’on parle quand même de Céline Dion qu’on doit la louanger, calvaire. Céline Dion m’occasionne des spasmes physiques s’approchant légitimement d’une réaction haineuse, je n’irai pas voir son show sur les plaines préférant de loin affronter, aveuglé par la peste noire, une horde enragée de carcajous déments badigeonnés de diarrhée vérolée. Et le 400ième m’énerve plus qu’autre chose, avec sa surexposition médiatique, avec tout l’argent dépensé à cet effet qui seraient plus utile aux différents organismes communautaires, avec ma rue qui sera envahie de troubadours faussement médiévaux et avec ses pubs à la con.

Au moins, au canal D, les pubs elles ne s’articulent pas autour du 400ième. Pas encore. En calant ma bière, je me suis dit qu’à bien y penser, passer une soirée à zapper tout en revenant inlassablement au canal D était probablement ce qui s’approchait le plus du cliché de Monsieur l’adulte, de l’image usée d’un lundi soir frileux dans une chambre d’hôtel de congrès. Je suis remonté à ma cellule, sans arrière-pensée pour la blonde qui me voyait partir avec regret, parce qu'entre moi et le dépressif je gagnais le concours du plus beau cul. Mais de toute toute évidence à la dernière minute, selon le cliché, je lui aurais avoué que je ne pouvais pas faire ça. Elle était bien naïve de ne pas le savoir déjà.


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