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Gossip Urbain : Indignez-vous !

Publié le 13 janvier 2011 par Heilios

Un « gossip urbain » est l’urbanisme de comptoir, le genre que l’on entend chez sa coiffeuse, son banquier ou lors d’un apéro chez le voisin ou ses amis. L’idée de ce post m’est venu justement en sortant de chez ma banquière avec qui la conversation ne portait pas sur mon compte en banque mais sur les problématiques du périphérique parisien, du Grenelle 2 ou encore du projet Grand Paris.

Depuis toujours, chaque individu a besoin d’exprimer son point de vue dans n’importe quel domaine. Ainsi, tout au long de sa vie, l’homme développe une culture générale portée sur des lectures, des expériences personnelles, des discussions… Aujourd’hui, grâce à la magie d’Internet, notre génération d’hyper-connectée que j’aime tant, acquiert de façon accélérée cette culture et ne se gène pas pour s’octroyer  des talents d’urbaniste, sociologue, architecte, historien, écrivain, journaliste ou encore de critique littéraire, gastronomique, cinéma, politicien, photographe, bref tout et n’importe quoi. Et bien oui, avec Wikipedia n’importe qui peut écrire n’importe quoi, avec les applications « CityStory » ou « FarmStory » n’importe qui peut se créer la ville ou la ferme de ses rêves. Internet rend accessible tous les métiers du monde à n’importe qui, et le monde adore ça. On en parle tous les jours au bureau, chez son coiffeur, au restaurant, au bar, et, comme moi, chez son banquier.

Par exemple, à propos de la violente catastrophe du 12 janvier 2010 qui a frappé et totalement réduit en miettes Haïti, additionné de l’épidémie de choléra, ma banquière se réjouissait à l’idée de connaître LA solution miracle. Je cite : « Il suffirait de réaliser un Masdar autour de l’Île, pour un développement fondamental et durable en même temps. J’ai lu quelque part que le projet Masdar Initiative ne coûterait que 21 milliards de $. En Haïti, ils en réclament 15 chaque année pendant 5 ans ! Et on voit bien que les travaux n’avancent pas. Alors, avec des amies on avait penser à supprimer l’Île, faire des habitants de Port-au-Prince des réfugiés climatiques et les loger dans une toute nouvelle Île du style Masdar. » A vomir, n’est-ce pas ? Seulement voilà, la société d’aujourd’hui en parle, Haïti est au coeur des discussions de comptoir et chacun ressent le besoin d’exprimer sa solution-type à l’autre.

Bref, voilà ce que je lui ai répondu : « Masdar est une eco-ville concept réalisée uniquement pour 50 000 habitants, où seuls « the best people in the world », comme l’acclame le spot publicitaire, sont en mesure d’y habiter, travailler et de s’y divertir. Rien que l’aire urbaine de Port-en-Prince correspond à 2 300 000 habitants ! C’est autant que Paris ! Vous imaginez supprimer Port-au-Prince pour la remplacer par — je marque un temps pour effectuer le calcul : 2.300.000/50.000=46, ok — 46 Masdar ?!! Cela ne coûterait plus ‘que’ 21 milliards mais bien — même temps de calcul : 46×21=966 — 966 milliards de $ !! Une solution bonne pour les lecteurs de Glamour, Voici ou Gala… Mais sérieusement, STOPPONS LES GOSSIP URBAINS ! » Fin de citation. Autant dire que j’y suis allé un peu fort. Pauvre banquière. Toute pleine de bon sentiment, celle-ci a finalement sorti ses papiers d’ouverture de compte, me les a fait signer, m’a gentiment raccompagné à la sortie, sans dire un mot. C’était dur. Je venais de rompre une interaction qui était pourtant plaisante. Mais j’ai réussi à m’ « INDIGNER » !

Gossip Urbain : Indignez-vous !

Quelque part en Haïti aujourd'hui.

Gossip Urbain : Indignez-vous !

Masdar-Institute. ©Foster+Partners

Gossip Urbain : Indignez-vous !

Représentation d'un "Gossip Urbain" courant. Source de l'illustration : http://septeven.over-blog.com/

Indignez-vous !

Vous en avez sans doute entendu parler en cette rentrée 2011, Stéphane Hessel, ancien résistant de 93 ans, publie Indignez-Vous!, un ouvrage de 24 pages qui devient rapidement un best-seller – il a déjà été tiré à 500 000 exemplaires. Il y dénonce les écarts de richesses grandissants, le manque d’humanité envers les sans-papiers et les Roms, la dictature des marchés financiers et les acquis sociaux de la résistance, comme les retraites ou la sécurité sociale, bradés par le gouvernement. Ce que j’aime dans ce petit livre, c’est qu’il est modulable à la sauce de chacun. Nous pouvons, ainsi, tous nous indigner sur un thème qui nous est cher. Certains s’indigneront contre la politique de notre petit Nicolas, j’ai décidé, vous l’aurez compris, de m’indigner contre les « Gossip Urbains » !

Les « gossip urbains » méritent clairement que l’on s’indignent. Nous autres enfants de l’urbain, défendons nos valeurs dignes de ce nom ! Exactement comme les journalistes de la presse écrite l’ont rencontré il y a quelques années de cela avec l’arrivée de Wikipedia sur Internet, notre métier risque d’être banalisé et vulgarisé par la montée en puissance des applications smartphone ou autres « serious games » liées à l’écologie, l’urbanisme et l’architecture ! Aujourd’hui, encore un peu trop cul-cul, ces « jeux sérieux » proposent de construire sois-même une ville merveilleusement respectueuse de l’environnement. Le but ultime est de sauver le monde, bien sûr ! Je m’indigne aussi profondément contre les publicités automobiles comme celle de Nissan JUKE, où les transports en communs sont fait pour les rats, et où la voiture électrise tout sur son passage. Regardez plutôt.

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Il y a aussi le film « Home » de Yann Arthus Bertrand, au passage financé en grande partie par le Qatar, ou encore notre cher Nicolas Hulot qui « menace » de se présenter aux élections présidentielles pour une France plus « verte », je trouve ça pathétique. Alors oui, c’est vrai, ce joli bouquet de « green washing » a quand même l’avantage d’éveiller une certaine conscience écologique chez la ménagère de moins de cinquante ans. Mais l’expérience réalisée au près de ma banquière m’a appris une chose fondamentale, la conscience écologique nourrie par ses hommes et ses publicités s’avère être dangereuse !

Mobilisez-vous !

La bonne parole est entre vos mains, ou peut-être entre celles d’une nouvelle génération de « serious games », comme Ecoville et Clim’City. Là où ceux-ci innovent, c’est que le « joueur » doit, en construisant son eco-ville, tenir compte d’un budget restreint, de sa population, des systèmes socio-techniques urbains (transports, déchets, énergie, accès à l’eau, …), du taux d’emplois, et autres statistiques liées à la ville.


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