A propos de perroquets, connaissez-vous la fable "persane", fiction si ingénieuse à la fois et si fertile en enseignements de toutes sortes ?
- Vous ne la connaissez pas, dites-vous : je l'aurai parié.
Malheureusement, pour la bien dire, c'est la plume du vieux La Fontaine, ou celle du jeune Franc-NohainFranc-Nohain, et je n'ai à ma disposition aucune de ces deux ustensiles.
Contentons-nousContentons-nous pour cette fois d'une excellente prose à la Fléchier (célèbre orateur sacré du XVIIe siècle), si j'ose m'exprimer ainsi :
Il y avait une fois, dans le même palais, un singe et un perroquet. Et c'étaient, entre les deux bêtes, d'éternelles discussions sur leurs mérites personnels.
- Moi, disait le singe, je fais des grimaces comme l'homme. Comme l'homme, je gesticule. Les pattes de derrière sont des jambes et des pieds, celles de devant des bras terminés par des mains. D'un peu loin, on me prendrait pour un homme, un homme petit, mais un homme.
- Moi, disait le perroquet, je n'ai jamais eu la sotte prétention de me faire passer pour un homme, mais, de l'homme, je possède le plus bel apanage : la parole ! Je puis dire de beaux vers et chanter d'ineffables musiques.
- Je puis jouer la pantomime, ripostait le singe.
- La pantomime ? ricanait le perroquet haussant les épaules. La pantomime, art inférieur, suprême ressource pour cabots aphones !
- Art inférieur ! s'indignait le singe. Vous n'avez donc pas lu la dernière chronique sur la pantomime ?
- Non ! répliquait le perroquet d'un ton sec.
Bref, le singe en tenait pour le geste, le perroquet pour le verbe.
Lequel était supérieur et plus près de l'humanité, du geste ou du verbe ?
Un jour, la querelle prit des proportions démesurées et nos deux animaux furent bien près d'en venir... aux pattes.
Par bonheur, ce scandale fut évité grâce à un trait d'esprit de notre singe, lequel eut le dernier mot :
- Vous grimacez, moi je parle ! répétait le perroquet pour la millième fois.
- Tu parles, tu parles, s'impatienta le singe ; eh bien ! et moi, qu'est-ce que je fais, espèce d'imbécile, depuis une heure que nous sommes là à discuter bêtement ?
C'est pour le coup que le perroquet eut le bec cloué.
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Le singe et le perroquet - Fable par Alphonse Allais
Publié le 31 janvier 2011 par ChoupanenetteCes articles peuvent vous intéresser :
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