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Hydrocarbures : Belgrade choisit Moscou

Publié le 23 janvier 2008 par Danielriot - Www.relatio-Europe.com
SELECTION RELATIO SUR COURRIER INTERNATIONAL : Le gouvernement serbe a donné le feu vert à plusieurs accords commerciaux avec le géant russe Gazprom, dont la vente de la compagnie d'Industrie pétrolière de Serbie. Prise entre les deux tours de l'élection présidentielle, cette décision est lourde de conséquences. Et de significations politiques  

Après plusieurs jours d'hésitation, le gouvernement serbe a autorisé, mardi 22 janvier, la vente d'un paquet d'actions majoritaire (51 %) de l'entreprise d'Etat Industrie pétrolière de Serbie (NIS) au géant russe Gazprom.

Cette décision, qui survient entre les deux tours de la présidentielle serbe, est très commentée par la presse de la région, certains journaux n'hésitant pas à faire le lien entre cette échéance politique et l'expansion de Gazprom en Europe.

Au premier tour, l'ultranationaliste Tomislav Nikolic avait recueilli près de 40 % des voix, devançant de près de cinq points son rival proeuropéen Boris Tadic. Le candidat du Premier ministre Vojislav Kostunica, le ministre de l'Infrastructure, Velimir Ilic, avait lui recueilli un peu plus de 7 %, se plaçant ainsi dans la position d'arbitre pour le second tour, qui se déroulera le 3 février.

L'offre de Gazprom – qui serait de quelque 400 millions d'euros – avait fortement divisé le gouvernement serbe, faisant ressortir la fracture entre prorusses et proeuropéens, les uns la jugeant "indécente", les autres considérant qu'il s'agit d'une chance pour le pays. "Cette offre est humiliante et inacceptable", a déclaré dans Politika le ministre de l'Economie, Mladjan Dinkic. "Si NIS était vendu sur appel d'offres, le prix pourrait être cinq à huit fois supérieur à celui offert par les Russes", a poursuivi le ministre.

Pour le Premier ministre Vojislav Kostunica et ses partisans, il s'agit néanmoins d'une occasion d'"assurer la stabilité énergétique de la Serbie pour les trente prochaines années". "Chaque citoyen serbe bénéficiera des retombées de cet accord", a expliqué le Premier ministre, cité par le quotidien Danas. Gazprom s'est engagé en contrepartie à faire participer la Serbie au projet de gazoduc russe South Stream, dont font partie depuis peu les Bulgares, ainsi qu'à investir jusqu'à 500 millions d'euros dans NIS.

Pour de nombreux observateurs, cette cession de parts à prix d'ami dans l'entreprise publique serbe serait une manière pour Belgrade de monnayer le soutien politique du Kremlin dans le dossier du Kosovo.

Cet accord, qui sera finalisé vendredi 25 janvier à Moscou par le ministre de l'Infrastructure Ilic, est également perçu à Belgrade comme "le prix" demandé par Kostunica aux proeuropéens pour qu'ils appellent à voter Tadic au second tour. "Le gaz russe décide du destin des élections serbes", résume Kommersant, de Moscou, qui juge néanmoins les projets de Gazprom tributaires "des incertitudes de la situation politique intérieure serbe".

"La perspective de la transformation de la Serbie en Etat voyou en cas de victoire de Nikolic, même s'il est loyal envers Moscou, empêche la réalisation des plans ambitieux de Gazprom, dans lesquels la Serbie n'est qu'un jalon de son expansion européenne. Malgré le mécontentement de l'Union européenne à l'égard de l'avancée de Gazprom dans les Balkans, le paradoxe est que les intérêts politiques de Moscou et Bruxelles en Serbie convergent. La Russie comme l'UE comptent sur une victoire de Tadic".

Enfin, pour Dnevnik, de Sofia, c'est l'association de la Bulgarie au projet de gazoduc russe South Stream qui a ouvert la voie à Gazprom en Serbie. "Les Serbes ont voulu jouer une carte sûre", écrit le journal.


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