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"Black Swan".

Par Loulouti

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J’ai un terrible aveu à vous faire : jusqu’à ce jour je n’avais jamais vu aucun long métrage de Darren Aronofsky

La première bande annonce de "Black Swan" fut une véritable révélation. Une campagne promotionnelle d’une qualité exceptionnelle (des affiches rétro au design renversant) a aiguisé mon appétit de cinéphile. Une évidence s’est alors imposée tout naturellement à votre serviteur : "Black Swan" était un film pour moi.

Force est de reconnaître que "Black Swan" peut prétendre légitimement au titre de "Film de l’année" tant il brille au firmament du 7ème art.

"Black Swan" est une œuvre éblouissante, intemporelle, irréelle parfois, inclassable. Un véritable choc visuel. Darren Aronofsky peut désormais se targuer d’avoir mis en scène un film culte, une référence dont les cinéphiles parleront encore dans un quart de siècle.

"Black Swan" est à la fois un thriller psychologique d’une rare intensité, un drame profond et le récit d’une descente aux enfers quasiment unique dans l’histoire du cinéma.

La danse classique comme thématique principale est traitée avec tout le sérieux qui s’impose. Le metteur en scène ne se contente pas d’effleurer la surface des choses et prend son sujet à bras le corps.

L’ensemble du film résonne aussi comme un vibrant hommage à celles et ceux qui sacrifient tout à leur art. Amis, famille, plaisirs doivent s’incliner devant la grâce du ballet et la beauté des corps dans l’effort.

Je suis un néophyte en danse classique et en ballets (même si je connais les plus grandes œuvres). L’un des atouts de "Black Swan" est son cachet d’authenticité. La manière de cadrer, le travail des comédiens font gagner au long métrage l’épreuve de la crédibilité.

On y croit. 

Nous entrons pleinement dans l’univers et les coulisses  du New York City ballet. Le spectateur découvre une vie de dévouement à la danse, une succession de privations, une accumulation de douleurs physiques et morales jusqu'à la limite du supportable et parfois au-delà, un quotidien où les mêmes gestes sont répétés inlassablement jusqu’à la perfection.

La perfection est justement l’objectif que vise la ballerine Nina (Natalie Portman). Après des années de souffrance quotidienne et de labeur ininterrompu, son implication est reconnue par le metteur en scène Thomas Leroy (Vincent Cassel) qui la choisit comme Reine des Cygnes dans le ballet de Tchaïkovski "Le Lac des Cygnes" alors que l’ancienne danseuse étoile, Beth MacIntyre (Winona Ryder), se voit remerciée.   

Mais la présence d'une nouvelle danseuse dans la troupe, l’énigmatique Lily (Mila Kunis), vient troubler le jeu. Nina doit aussi composer avec Erica (Barbara Hershey), sa mère possessive.

"Black Swan" captive son auditoire. Pas moyen de s’en défaire. Le sujet nous prend aux tripes. Nous sombrons en même temps que le principal personnage dans un abîme de doutes et d’incertitudes.

Darren Aronofsky nous visse à nos fauteuils avec une trame narrative originale, enlevée, magnétique.

Le scénario est d’une précision chirurgicale et d’une finesse de tous les instants. La réalité et les fantasmes sont constamment mélangés. Le point de vue de Nina est forcément tronqué. Ses craintes, sa soif de perfection et sa quête de réussite coûte que coûte précipitent son basculement dans la folie.

"Black Swan" est une suite de duos entre Nina et les autres protagonistes. Des intrigues secondaires qui se chevauchent, s’opposent, se répondent dans lesquelles le sexe et la séduction tiennent une place de choix. 

Nina a une relation singulière et inquiétante avec sa mère. La jeune femme a 25 ans vit toujours dans sa chambre d’enfant (au décors bien infantile) et subit les remarques inquisitrices de sa génitrice.

La ballerine et l’énigmatique et tyrannique metteur en scène ont des liens basés à la fois sur l’attirance et sur la répulsion. Une sorte de lien organique existe entre les deux entités.

L’une des clés de lecture essentielle du film réside dans l’existence du couple Nina/ Lily à l’écran. La troublante rivale a-t-elle oui ou non une existence avérée ?

La présence de Beth MacIntyre, gloire déchue, présente un double intérêt pour Nina. L’ancienne danseuse étoile symbolise la perfection à atteindre mais sonne aussi comme un cruel rappel à la réalité. Au sommet un jour, aux enfers le lendemain.

Au centre de "Black Swan" se trouve la schizophrénie de Nina. La jeune ballerine est condamnée à réussir ou à périr. L’enjeu est posé dès les premières minutes du film. Le spectateur se rend compte que la chute sera forcément brutale car l’héroïne se retrouve prise au piège dans une voie sans issue.

Sa volonté de réussir et de toucher du doigt la perfection de la danse l’amène  à mettre en péril son équilibre personnel. 

Constamment le spectateur se demande si les perceptions de Nina relèvent ou non de son imagination.

Le dénouement final lève en partie nos doutes et nous donne surtout envie de revoir le film, histoire de démêler le vrai du faux. 

Le parti pris du metteur en scène est de privilégier le point de vue de son héroïne et de laisser le public se débrouiller avec le contenu livré sans clefs de lecture. La démarche et le niveau d’exigence sont élevés mais expliquent en grande partie la réussite de "Black Swan"

Les transformations et blessures physiques, l’apparition de personnages dédoublés ici ou là, la traversée de lieux quasi dépeuplés, l’enfermement de Nina dans une relation égocentrique et passionnée avec son art traduisent l’état de solitude mentale qui anime une ballerine à la recherche de son Saint Graal.

Darren Aronofsky nous manipule constamment. "Black Swan" mélange allégrement éléments tangibles et hallucinations jusqu’à l’étourdissement. Une véritable immersion cauchemardesque qui surprend et égratigne l’auditoire.

Le choc ressenti n’en est que plus fort pour Nina et pour nous. Jamais une quête obsessionnelle n’avait été filmée avec autant de brutalité et de passion.

Le réalisateur ne lésine pas sur les effets de mise en scène pour nous surprendre au détour de moments ordinaires de la vie de cette femme troublée. Une perte de repères progressive voulue et parfaitement maîtrisée. Le jeu infernal est à la limite de la perversité.

"Black Swan" peut aussi se résumer à l’éternelle lutte entre le bien et le mal. Nina est un adorable Cygne blanc symbole d’innocence et de pureté. Cependant dans "Le Lac des Cygnes" l’animal est double. Le Cygne Noir incarne le mal et la corruption. Pour Nina, la recherche de la perfection l’oblige à passer de l’autre côté du miroir. Son âme est souillée par l’existence de cette dualité avilissante, son corps se métamorphose.

Blanc et Noir, Bien et Mal, réalité et hallucinations constituent bien l’ossature de l’œuvre.

Tous ces éléments convergent et se combinent dans un final endiablé. Nina danse enfin "Le Lac des Cygnes". La jeune femme est au sommet de son art, au centre de toutes les attentions et pourtant son funeste destin est déjà tout tracé.

La conclusion, tant redoutée, est brutale. Des ultimes minutes qui prennent l’apparence d’un pur moment de cinéma. Nina danse divinement bien mais perd totalement pied avec la réalité.

Puisque nous évoluons au royaume du ballet la musique tient forcément une place prépondérante et incontournable. Le travail de Clint Mansell est admirable. Le mélange des sonorités classiques et d’accents plus modernes sied à "Black Swan". Les notes traduisent l’opposition de sensations pures, d'instincts primaires.

Mila Kunis est plus que convaincante, Barbara Hershey se rappelle à nos bons souvenirs en mère possessive, Winona Ryder brille l’espace de deux scènes, Vincent Cassel interprète son personnage avec classe mais que serait "Black Swan" sans son Cygne (qu’il soit blanc ou noir d’ailleurs) ?

Pas grand-chose en fait.

Natalie Portman porte le long métrage sur ses frêles épaules. Sa prestation est unique, originale, hallucinante de vérité. De la justesse à chaque seconde en danseuse de haut niveau. Sa présence permanente, liée au point de vue choisi, fait qu’elle dévore littéralement l’écran. Rarement une actrice n’avait autant brillée. Exceptionnel.

"Black Swan" vous touchera forcément malgré son économie de véritables sentiments et d’émotions à fleur de peau. Darren Aronofsky a mis en scène une œuvre d’une force dévastatrice.

Le long métrage est symbolique à plus d'un titre et représente dans l'absolu une sorte voyage initiatique jusqu'aux frontières de la douleur physique.

Si vous devez assister à la projection d’un seul long métrage cette année, faites de "Black Swan" votre priorité absolue.

Une salle de cinéma devrait forcément se trouver à un battement d’ailes de votre domicile.


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