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Une esthétique PalTok ?

Publié le 23 février 2011 par Marc Lenot

trains0161.1298449054.jpgOn y décèlerait presque une ‘patte PalTok’ tant plusieurs des expositions actuelles au Palais de Tokyo, dont l’entoilage est quelque peu réduit pendant les travaux, mais pas le nombre d’exposition (six au total), semblent, sinon similaires, en tout cas cousines : une pièce monumentale dans l’espace, ou, quand il y a plusieurs éléments, ils sont répétitifs -pas de diversité, ou, si vous préférez, pas de dispersion; des matériaux bruts et des formes hyper-simples -pas de sophistication physique ; une présence physique imposante -pas de légèreté ; et un léger détournement, de préférence avec une référence musicale, linguistique, voire ésotérique -pas d’œuvre sans plusieurs niveaux de lecture . Quatre des expositions actuelles sont de ce type esthétique, qui ne gouverne pas toutes les manifestations ici, mais un bon nombre, il me semble.

En entrant, un cube noir minimaliste, référence à Tony Smith (Die, 183 cm de côté) qui abrite une chambre acoustique dans laquelle un groupe de rock joue parfois, jusqu’à l’asphyxie : la porte fermée, on n’entend rien à l’extérieur, évidemment, sinon des vibrations : Joao Onofre, « Box sized Die featuring No Return ».

Dans l’ancien théâtre, devenu, Alcôve, un échafaudage, des plaques de bois soutenues par des piliers de chantier, une structure sombre et peu amène dont, s’engageant en-

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dessous, on espère que l’auteur a étudié la physique des forces et le BTP ; de plus, elle sort du mur comme une locomotive ayant manqué son arrêt (ci-dessus) : Karsten Födinger, « Cantilever ».

Dans le module de gauche, des plaques de béton clair brillant sur des grilles de fer à béton, comme des engins hostiles et menaçants : Sébastien Vonnier, « Névés ».

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Dans le module de droite, de grandes croix noires, brise-lames ou engins anti-débarquement, interdisant l’accès : John Cornu, « Assis sur l’obstacle », c’est-à-dire ‘Sitting on the Fence’, indécis.

Pour échapper à cette esthétique mono-ton, on peut aller au chantier du sous-sol (avant que les travaux d’aménagement n’y commencent). Sophie Calle y avait bien occupé l’espace, l’installation d’Amos Gitai est décevante : quelques photocopies aux mur en haut, puis

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des projections à peine visibles sur les murs bruts ; son travail ne méritait pas ce misérabilisme. Les photocopies et six des projections concernent son père, Munnie / Munio Weinraub (« Lullaby to my Father »). Architecte formé au Bauhaus, condamné, emprisonné, puis expulsé par les nazis, émigré en Palestine en 1934, il y construisit force kibboutz, paradis du mythe éculé de l’homme nouveau, du peuple sans terre pour une terre sans peuple, et fut directeur de l’architecture sous Golda Meir. Il mourut juste à temps (en 1970) nous dit son fils pour n’avoir pas à construire l’architecture brutale des colonies illégales de peuplement, citadelles postmodernes aux toits de tuiles rouges reniant sinon l’esprit, en tout cas la forme de l’architecture moderniste des kibboutz. La dernière strophe du poème-berceuse (lullaby) composé par son fils dit en effet : « L’Ange de la Mort libère Munio de ses souffrances / Et de la nécessité de collaborer -oui, collaborer / Avec une nouvelle architecture agressive. » Mais le film, montrant en particulier la reconstitution de son procès, est à peine regardable sur ces murs lépreux, et les trois autres projections ont un rapport plus ou moins clair avec le thème de l’exposition (va pour Pina Bausch et pour la chanson israélienne, mais pourquoi avoir choisi de montrer son film sur la campagne d’Alessandra Mussolini pour la mairie de Naples, alors que tant d’autres films de Gitai parlent de territoire et d’architecture). Bon, allez toujours voir à quoi ressemblent les sous-sols. Ah si, j’ai aussi appris que le comportement de Mies van der Rohe avec les nazis ne fut pas irréprochable, chassant juifs et socialistes du Bauhaus.

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Il y a quand même une petite parcelle de fantaisie, un lieu de respiration dans cet ensemble, le troisième module avec les petites vidéos poétiques d’ Hakima El Djoudi : des enseignes lumineuses qui ont changé chaque semaine, en lien avec sa performance de la Nuit Blanche, espaces de rêve, parlant aussi d’architecture (et évoquant Léon Gimpel) avec légèreté (« Golden Rooster »).

Modules jusqu’au 27 février, Alcôve jusqu’au 27 mars, Gitai jusqu’au 10 avril. 
Photos 2 & 3 de l’auteur. Photo 4 de Françoise Delaire. Photo 5 courtoisie de l’artiste.


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