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Le métier de bibliothécaire (2010) VI

Par Hiram33

6 La recherche documentaire

En démultipliant les possibilités de produire et de trouver de l’information, les nouveaux moyens de communication ont grandement élargi le champ des connaissances accessibles ou public. Parallèlement, ils exigent de maîtriser de nouvelles compétences de recherche et de lecture des données. Conscientes de leur rôle dans la facilitation de l’accès à l’information et dans la qualité des moyens proposés, les bibliothécaires mettent au service du public leurs compétences spécifiques en matière de recherche documentaire. Ils s’efforcent de proposer un environnement technique approprié, sécurisé et accessible à leurs usagers, afin que ces derniers puissent utiliser dans de bonnes conditions les ressources et services de leur choix en matière d’information.

Pratiquée pour des besoins professionnels (nécessité d’établir une veille technologique et documentaire pour la constitution et la gestion des collections, de suivre l’actualité technique et professionnelle mais également culturelle et éditoriale, la recherche documentaire trouve des applications quotidiennes avec le public qui s’enquiert, seul ou assisté, d’informations de toute nature.

Typologie des questions et besoin des usagers

On ne peut, et on ne doit pas, répondre de manière identique à une même question selon l’usager qui la pose (enfant ou adulte, néophyte ou spécialiste…) et l’usage qui sera fait de la réponse (exposé scolaire, information très ponctuelle, recherche scientifique…). On ne répond pas non plus de la même manière selon la structure dans laquelle on travaille (bibliothèque d’étude et de recherche/bibliothèque municipale/bibliothèque associative).

Questions ponctuelles : la recherche de contenu

La bibliothèque est utilisé comme un lieu ressource. Les réponses sont supposées contenues dans ses collections propres ou dans les ressources électroniques auxquelles elle a et donne éventuellement accès. Les sujets couverts sont encyclopédiques et les niveaux de réponses très variés, simple donnée ponctuelle : définition, illustration, coordonnées, statistiques, date

Analyse synthétique, bref état des connaissance : article de dictionnaire ou d’encyclopédie, résumé.

Document entièrement consacré à la question posée, depuis l’ouvrage de vulgarisation jusqu’au document très spécialisé.

La réponse doit toujours combiner au mieux qualité de l’information, niveau intellectuel de la réponse et adéquation avec l’attente du demandeur. La question de la qualité de l’information est particulièrement sensible pour les documents trouvés sur le net, dans la mesure où les traditionnels repères éditoriaux, plus connus du public, ne s’appliquent pas. Les usagers sont peu nombreux à disposer des moyens de définir qui est à l’origine de l’information trouvée, de vérifier l’exactitude des données proposées, d’avoir un regard critique sur l’organisation du contenu. Les services dédiés à la fourniture de réponses ponctuelles aux questions posées à distance par les usagers se multiplient dans les grandes bibliothèques ou les bibliothèques spécialisées. Bibliosés@me réseau collaboratif piloté par la BPI et qui fédère 17 bibliothèques, le Guichet du savoir mis en place par la BM de Lyon, Sindbad géré par la BNF, le service Questions ? Réponses ! de l’ENSSIB ou encore celui de la bibliothèque de la cité de la musique répondent à toutes sortes de questions des internautes qui s’adressent à eux via des formulaires. Les réponses sont mises en ligne, pour le profit de tous ou postées uniquement au demandeur.

Renseignements bibliographiques

(identification) et accès aux documents (localisation)

Les renseignements de type bibliographique mettent en œuvre les compétences des bibliothécaires en matière de connaissance de leurs collections mais également de celles des autres établissements susceptibles de compléter leur offre documentaire. Entrent également en jeu les systèmes de prêts entre structures, développés par les bibliothèques pour permettre d’améliorer la fourniture et la circulation des documents. Le prêt interbibliothèques (PIB) mis en place dans le cadre du Catalogue collectif de France ou le PEB permettent aux bibliothèques de se prêter entre elles des documents repérés dans leurs catalogues respectifs et de les fournir ensuite aux usagers demandeurs. Les recherches bibliographiques peuvent aboutir à identifier et localiser un document cependant, lorsqu’elles sont réalisées pour répondre à une question précise, on les considère réellement comme abouties quand le document lui-même est remis à l’usager.

Formation et apprentissage

En répondant directement aux questions, le gain en temps de recherche et en pertinence des résultats est souvent immédiat. Cependant, à bons termes, et si l’on veut pouvoir satisfaire au mieux les différentes stratégies et demandes des usagers, il est indispensable de leur permettre de réaliser eux-mêmes tout ou partie de leurs recherches. Au quotidien ou dans un cadre plus formalisé, les bibliothécaires forment en permanence les usagers à l’utilisation des ressources qu’ils mettent à leur disposition : savoir se repérer dans un document, rechercher une information en ligne, utiliser un cédérom, interroger une base de donnée, utiliser les ressources d’un portail sont autant de formations à la recherche de contenu documentaire que les bibliothèques peuvent proposer. Particulièrement structurée dans le cursus universitaire, la formation à la recherche documentaire fait partie des cours dispensés et s’appuie sur les compétences développées au sein des BU. Le besoin de formation à l’utilisation des imprimés de référence requiert aussi quelques explications pour être réellement efficace.

Outils et méthodes : typologie et caractéristiques

Les caractéristiques des outils sont au nombre de cinq :

Le contenu : texte, image fixe, image animée, son

L’organisation de ce contenu : par chapitres, en articles, en séquences, d’un seul tenant

Les accès qui sont proposés dans le document : sommaire, index, table des matières, pistées, hyperliens, arborescence.

La lisibilité des informations proposées : accès direct au contenu, codage, cryptage, nécessité d’utiliser un matériel de lecture.

Le support sur lequel elles sont consultables : papier, bande magnétique, support optique

Des outils en ligne

Plusieurs sites institutionnels proposent des pistes d’évaluation et d’analyse critique des informations trouvées en ligne. Le guide de recherche en bibliothèque de la BNF propose un ensemble de consignes pour évaluer l’information trouvée dans les documents, qu’il soient en ligne ou sur un autre support. L’université du Québec à Montréal met en regard, dans son didacticiel Infosphère, les documents publiés sur supports traditionnels et en ligne, pour chaque point nécessaire à l’évaluation des informations proposées.

Les moteurs de recherche

Ils sont basés sur la visite, régulière et automatique, des pages et des sites disponibles sur internet par des robots qui recensent systématiquement les termes trouvés et constituent ainsi des index destinés à fournir très rapidement une liste de pages contenant les termes saisis dans les requêtes, ces outils proposent de multiples options de recherche afin de limiter le bruit, opérateur booléens, correcteur orthographique. On peut citer google, altavista, exalead. Afin d’étendre le corpus de documents interrogés et fédérer les réponses obtenues, des méta-moteurs déclenchant simultanément une même requête dans plusieurs moteurs de recherche ont été créés comme Copernic. D’autres outils ont été développés pour interroger des corpus spécialisés comme Medhunt pour la médecine ou Perseus project pour l’Antiquité.

Les annuaires et les portails

Les annuaires proposent une sélection de sites indexés non par des robots mais par des personnes physiques qui se chargent d’en analyser et d’en décrire le contenu au moyen de mots clefs. On trouve yahoo ou open directory.

Les portails proposent une sélection de sites dans un domaine particulier de la connaissance où à destination d’une communauté particulière. Leur concepteur apporte son crédit et sa notoriété aux sites qu’il a sélectionnés. Le ministère de la culture développe sur son site une sélection de ressources documentaires françaises et étrangères sur les différentes thématiques artistiques, culturelles et de la création. Les bibliothèques ont constitué des bases de signets, présentant des sites susceptibles d’intéresser leurs usagers. Les critères de sélection qui prévalent sont les mêmes que ceux qui s’appliquent dans la gestion des collections de tous les autres documents mis à disposition du public. Les signets de la BNF proposent une sélection de sites dans tous les domaines de la connaissance. L’ENSSIB établit une liste à destination des professionnels de l’information, intitulée Sciences de l’information et des bibliothèques en ligne (SIBEL) qui propose des notices analytiques détaillées des contenus des sites référencés.

Les outils d’information immédiate

Ces outils proposent une information directement exploitable. Qualifiés d’ « usuels », ils contiennent une information qui a la réputation d’être validée et vérifiée, qui fait foi dans l’inconscient collectif. Ils sont en majorité constitués par des dictionnaires et des encyclopédies.

Les annuaires généraux et professionnels

On distingue deux grandes catégories

Les annuaires d’événements (type Journal de l’année, paru chez Larousse entre 1967 et 2004 ou encore Britannica book of the year.

Les annuaires qui décrivent un pays, une institution et apportent toutes les informations relatives à leur sujet (Bottin administratif).

Les atlas

Les atlas présentent les informations sous forme de cartes qui peuvent être géographiques, historiques, thématiques. Leur mise à jour est indispensable afin de rendre compte de l’évolution des frontières administratives. La mise à disposition de sites internet proposant de découvrir la terre via les photos satellites a considérablement modifié la présentation et la gestion des atlas géographiques. Des sites tels que geoportail édité par l’Institut géographique national proposent des cartes et des vues inédites jusqu’à présent.

Les outils d’identifications

Les outils d’identification servent à signaler et à repérer les documents quelle que soit leur nature et se déclinent en filmographies, bibliographies, webographies, discographies.

Les bibliographies

La Bibliographie nationale française constituée par la BNF couvre l’ensemble des documents édités ou diffusés en France. Exhaustive, elle requiert de la part de l’utilisateur une bonne connaissance de ce qu’il recherche. La base de données Electre, réalisée par le Cercle de la librairie, propose une bibliographie commerciale courante couvrant la quasi-totalité de la production éditoriale de la langue française diffusée en librairie, soit 1 200 000 titres disponibles depuis 1984.

Les catalogues de bibliothèques

Les catalogues des grandes bibliothèques constituent d’importants réservoirs de notices bibliographiques pour décrire et gérer les fonds qu’elles conservent.

Les outils de localisation et de consultation des documents.

Les catalogues des bibliothèques ajoutent parfois l’information contenue dans les documents eux-mêmes, sous forme d’extraits ou en intégralité. Les catalogues donnent aujourd’hui accès à des informations qui couvrent des fonds allant du niveau local à l’échelle internationale.

7 Statut juridique des documents et contenus

Le droit de la propriété intellectuelle gouverne toutes les créations de l’esprit. Celles-ci pendant une certaine durée, sont protégées sous forme de droits moraux et patrimoniaux au profit des auteurs. Dans certains cas, en contrepartie d’une compensation financière, la loi peut retirer la faculté qu’ont les titulaires de droits d’autoriser ou d’interdire des formes d’exploitation de leurs oeuvres. Ce système de la licence légale a été instauré pour le prêt de livres dans les bibliothèques. Parallèlement à ces droits est aménagé un domaine public gratuit. On y trouve des oeuvres dites « tombées » dans le domaine public à l’expiration de la durée des droits patrimoniaux. Passé ce délai, l ‘oeuvre bascule dans le domaine public, les droits moraux demeurent mais le droit patrimonial ne peut plus être exercé.

Le droit d’auteur et les droits voisins

Le droit d’auteur

L’auteur

L’auteur est un créateur qui marque de son empreinte l’oeuvre qu’il a conçue, quel que soit son champ d’activité. L’auteur ne peut être en droit français qu’une personne physique. En d’autres termes, une personne morale n’est jamais reconnue comme auteur, sauf dans le cas d’une oeuvre collective. Le code de la propriété intellectuelle distingue trois catégories d’oeuvres et autant de régimes juridiques distincts :

L’oeuvre composite se rencontre dans le cas des traductions, anthologies, éditions critiques, oeuvres audiovisuelles puisées dans la littérature ou le théâtre, arrangements d’oeuvres musicales et enfin l’immense périmètre des oeuvres multimédia.

L’oeuvre de collaboration se distingue de la précédente dans la mesure où elle nécessite le concours de diverses compétences parallèles pour la réalisation d’une oeuvre commune. C’est le cas des opéras associant compositeur et librettiste, des bandes dessinées fruit d’un dessinateur et d’un dialoguiste.

L’oeuvre collective, comme le dictionnaire, l’encyclopédie, la presse, implique la présence d’un maître d’ouvrage qui l’édite, la publie sous sa direction et la fusion des apports individuels des auteurs dans l’ensemble que cette oeuvre constitue. Concrètement, le maître d’oeuvre est le plus souvent une personne morale.

L’oeuvre

Le droit d’auteur protège les oeuvres à deux conditions : elles doivent s’analyser comme le fruit d’un travail de création et elles doivent prétendre à l’originalité.

Les droits de l’auteur sur l’oeuvre

Les droits moraux se composent de 4 prérogatives accordées à l’auteur. Le droit de divulgation confère à l’auteur seul la liberté de décider du moment auquel il révélera son oeuvre au public. Le droit au respect du nom permet à l’auteur de faire figurer son nom et sa qualité sur son oeuvre. Le droit au respect de l’oeuvre autorise l’auteur à s’opposer à toute modification de son oeuvre y compris à l’égard du propriétaire du support matériel de l’oeuvre : le propriétaire du manuscrit, l’acquéreur du tableau. Le droit de retrait ou de repentir permet à l’auteur, mais non à ses héritiers, de revenir sur sa parole, d’interrompre l’exploitation de son oeuvre. Les droits moraux sont perpétuels : ils survivent à l’auteur et se transmettent à ses héritiers, selon le droit commun des successions, de génération en génération. Les droits moraux sont inaliénables. Ils ne peuvent faire l’objet d’aucune cession ni d’aucune renonciation. Ils sont imprescriptibles et ne s’éteignent pas par le non usage.

Les droits patrimoniaux accordent à l’auteur un monopole qui lui permet de tirer un profit financier de ses oeuvres à travers l’exploitation qui en est faite. Les droits patrimoniaux sont librement cessibles, à titre gratuit ou onéreux. Au titre du droit de représentation, l’auteur détient le monopole exclusif de la représentation de son oeuvre : exposition, spectacle vivant, projection publique d’un film, diffusion auprès d’un public différent donne droit à une nouvelle rémunération de l’auteur ou de ses ayants-droit. Au titre du droit de reproduction, l’autorisation de l’auteur est indispensable pour chaque copie de son oeuvre. Le non-respect de ces droits constitue une contrefaçon qui est un délit civil et un délit pénal. Les droits patrimoniaux sont accordés à l’auteur pour toute la durée de sa vie et à ses ayants-droits pour une durée déterminée à 70 ans après la mort de l’auteur. Le droit prévoit que dans certains cas, il devient possible de reproduire ou représenter une oeuvre sans avoir préalablement obtenu l’autorisation de l’auteur ni avoir à lui verser une redevance. Certaines exceptions ont été prévues au titre de l’intérêt général : le recours à des citations d’oeuvres littéraires; les analyses qui vont au-delà du strict résumé de l’oeuvre pour prendre la forme d’une étude critique échappent à l’autorisation ou l’opposition de l’auteur dès lors qu’elles ne dispensent pas du recours à l’oeuvre analysée; les revues de presse, l’utilisation d’oeuvre à fin de parodie, pastiche et caricature, les catalogues de bibliothèques considérées comme une « oeuvre d’information ». Il existe d’autres exceptions comme celle qui touche au droit de représentation avec la représentation dans le cercle de famille : l’auteur ne peut s’opposer et n’a pas à autoriser les représentations privées et gratuites à partir du moment où elles sont effectuées exclusivement dans un cercle de famille. Une seconde exception touche le droit de reproduction à travers la copie à usage privé : le code de la propriété intellectuelle dispose que les copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinés à une utilisation collective sont licites.

La loi du 3 juillet 1995 relative à la gestion collective du droit de reproduction par reprographie a instauré la cession automatique du droit de reproduction de toute publication papier au centre français d’exploitation du droit de copie (CFC).

Les droits voisins

La loi du 3 juillet 1985 inscrit dans le marbre du droit positif des droits reconnus jusqu’alors par la jurisprudence aux artistes interprètes, à certains producteurs de phonogrammes et de videogrammes ainsi qu’aux entreprises de communication audiovisuelle et leur en accorde de nouveaux. La durée des droits patrimoniaux est de 50 ans. Les artistes-interprètes disposent du droit au respect de leur nom, au respect de leur interprétation mais non du droit de divulgation ni du droit de repentir. Ils disposent du droit d’autoriser ou d’interdire l’exploitation de leur oeuvre. Afin de compenser les pertes qu’engendre la copie privée de phonogrammes et de prestations radiodiffusées ou télédiffusées, la loi a institué une redevance perçue auprès des fabricants et des importateurs de supports d’enregistrements vierges, sonores et audiovisuels.

Le droit de copie

La loi du 3 janvier 1995 instaure la gestion collective de la rémunération des auteurs au titre de la reproduction de leurs oeuvres par reprographie, c’est-à-dire la reproduction sous forme de copie papier ou support assimilé. Elle concerne tout type d’oeuvres dès lors qu’elles sont publiées. Sont exclues les microfiches et les copies numériques dont la lecture nécessite un appareil. Cette loi instaure un dispositif de gestion collective : dès lors qu’une oeuvre est publiée, le droit de reproduction détenu par l’auteur est automatiquement cédé, pour ce qui concerne le reprographie, à une société de perception et de répartition des droits qui reçoit un agrément des pouvoirs publics. Cette société redistribue les redevances qu’elle perçoit.

Le droit de prêt

La loi du 18 juin 2003 transpose en droit français la directive du 19 novembre 1992. La loi crée deux garanties :

rémunération pour le prêt des oeuvres au profit des auteurs et en contrepartie reconnaissance du droit de prêter au profit des bibliothèques. La loi institue un système de « licence légale », en retirant aux auteurs le droit d’autoriser ou d’interdire une exploitation de leurs oeuvres. Elle fixe les modalités de la compensation financière, versée à une ou des sociétés de gestion collective intervenant en amont de l’emprunt par le lecteur et qui indemnise les auteurs ainsi privés de leur pouvoir de contrôle. Elle prévoit un système de prêt payé comportant un prélèvement de 6% à la charge des fournisseurs, sur le prix public de vente hors-taxe des livres achetés par l’Etat, les collectivités locales, les établissements d’enseignement ou de formation professionnelle et par les personnes morales mentionnées dans la loi de 1981 relative au prix du livre. Enfin, elle réforme la loi de 1981 sur le prix du livre en plafonnant à un maximum de 9% les rabais consentis aux collectivités par les fournisseurs de livres pour limiter la distorsion de concurrence entre librairies indépendantes et grossistes. La loi DADVSI est issue de la transposition en droit français de la directive du 22 mai 2001. Elle porte principalement sur le droit à la reproduction des oeuvres, la gestion des mesures techniques de protection, certains aspects de la copie privée du dépôt légal. Cette loi a été complétée par celles du 12 juin 2009 et du 28 octobre 2009 dites « créations et internet » ou Hadopi, notamment sur l’aménagement de nouvelles exceptions au monopole exclusif de l’auteur sur l’utilisation de son oeuvre. Deux nouvelles exceptions ont été créées. L’exception de reproduction et de représentation à des fins de conservation et de communication sur place est ouverte aux bibliothèques, services d’archives et musées accessibles au public. Ces établissements ne sont donc plus soumis au droit de l’auteur d’autoriser ou d’interdire la reproduction ou la représentation de son oeuvre. Une seconde exception a été créée avec l’exception de reproduction et représentation en faveur de personnes handicapées.

V Les services de la bibliothèque

1 Construire une politique de services

La bibliothèque, institution sociale ou culturelle ?

La bibliothèque est vécue avant tout comme une institution culturelle à cause de la particularité du système scolaire élémentaire rendu gratuit et obligatoire par la loi Jules Ferry de 1882 ensuite à cause du rattachement de la Direction du livre et de la lecture au ministère de la culture en 1975 enfin lors de la création du ministère Malraux, le rejet dans les marges de l’éducation populaire, confiant aux professionnels, et à eux seuls, le soin de dire « le fait culturel ». Et pourtant, de par sa proximité avec la petite enfance, l’école, le collège, le lycée, la bibliothèque est un espace éducatif. Elle permet la réorientation professionnelle, l’autoformation ainsi que l’acculturation des populations immigrées. Ses missions qui vont de l’accueil de la population dans son ensemble, sans distinction d’origine, de religion, de revenu, sans contrôle d’identité pour lire et consulter tous types de documents, jusqu’à la desserte des publics dits empêchés, dans n’importe quel endroit du territoire national font d’elle un acteur essentiel de la solidarité sociale.

Le rôle éducatif des bibliothèques

Les liens des bibliothèques avec l’école ont toujours été empreints de reconnaissance mutuelle et d’agacement réciproque. La dichotomie qui voudrait que la lecture imposée soit pour l’école et la lecture plaisir pour la bibliothèque est sans doute une origine de cette contradiction. Néanmoins, à la faveur de la création des BCD dans les écoles, avec pour objectif avoué de « déscolariser la lecture, de nombreuses BM et BDP ont noué des rapports professionnels et dépassionnés avec les établissements scolaires. Pendant que les BM intégraient le libre accès et commençaient à réaliser des enquêtes auprès de leurs publics, les BU peinaient à rattraper leur retard en surface, collections, places assises. L’arrivée massive d’étudiants a eu comme conséquence indirecte une certaine impréparation à la méthodologie de travail universitaire. C’est l’objectif du plan « Réussir en licence », objectif dont les BU doivent s’emparer par la formation des usagers et les services au public, dont l’accueil, les heures d’ouverture qu’il faut étendre, la création et la valorisation de fonds de fiction non liés aux disciplines et la mise en place du tutorat étudiant. La formation des usagers est, à ce titre, un incontournable des BU.

La formation tout au long de la vie

Elle est promue par la BPI, en particulier avec sa médiathèque de langues devenue l’espace d’autoformation mais aussi par la bibliothèque des sciences et de l’industrie avec son carrefour numérique et son programme d’initiation et de perfectionnement aux technologies de l’information.

Le rôle social des bibliothèques

Parmi les inscrits en BM, la proportion des personnes dont les revenus du ménage sont supérieurs à 3 000 euros (en 2005) est nettement plus élevée que dans l’ensemble de la population. Parmi ceux qui n’ont jamais fréquenté une bibliothèque, c’est la part des bas revenus qui est surreprésentée. Il faut souligner, en reprenant les conclusions de l’enquête du CREDOC, que c’est l’acte d’emprunt qui est le plus discriminant et non pas la fréquentation en elle-même.

A première vue, la bibliothèque est le lieu privilégié de la lutte contre l’illettrisme; en fait, il n’en est rien. La bibliothèque est organisée, rangée, classée comme les bibliothécaires la conçoivent, elle n’est donc pas accessible d’emblée à ceux qui, précisément, ne la fréquentent. Par ailleurs, la masse des documents présentés rebute plus d’un lecteur. La lutte contre l’illettrisme passe par les contrats ville-lecture initiés par le ministre de la culture en 1998. Les bibliothèques peuvent aussi travailler avec les travailleurs sociaux, l’armée, pôle emploi. Le programme des « ruches » lancé en 2003 par le ministre de la culture est destiné à favoriser la création des bibliothèques dans les quartiers difficiles et en milieu rural. Ce programme comporte un programme cadre, intégrant, outre les services classiques de la bibliothèque, des services à valeur ajoutée culturelle (auditorium, salle de projection, un kiosque, des services extérieurs (pôle emploi, point information, tourisme, bureau information jeunesse). L’intervention culturelle en prison est inscrite dans le cadre d’un protocole interministériel signé entre le ministère de la culture et celui de la justice en janvier 1986 réactualisé en 1990 puis en 2009. Il prévoit, outre un volet consacré au spectacle vivant et aux arts plastiques, le soutien à la création et au fonctionnement des bibliothèques de maisons d’arrêt et de centres de détention. Les bibliothèques ont maintenant à se saisir de la loi du 11 février 2005 relative au handicap.

Les tarifs et heures d’ouverture.

Avoir une politique de service, c’est avoir une politique en matière d’accès : anticiper les heures d’ouverture, penser la tarification. Les bibliothèques territoriales françaises sont ouvertes en moyenne 19 h 30 par semaine. Les BU sont ouvertes maintenant au moins 58 heures par semaine. Une politique d’horaire doit être réfléchie. La question de l’accessibilité se pose pour les actifs, les jeunes travailleurs, pour les étudiants, pour les élèves qui ont besoin de places, de temps, de documents. Pour la politique tarifaire aucune étude officielle n’a été réalisée sur l’impact de la gratuité sur la fréquentation.

2 Construire et aménager une bibliothèque

La bibliothèque de demain ne peut plus être conçue simplement comme un super-magasin, aménagé pour accueillir le public : naguère espace des collections, elle est devenue espace des usages. La bibliothèque est un lieu collectif aux usages multiples, individuels ou collectifs, qui vont de la formation des savoirs et de l’outil de citoyenneté à la distraction pure.

Programmation

Selon la taille de la ville et de la bibliothèque, cette dernière peut jouer des rôles très différents. Elle peut être soit une centrale, ou tête de réseau, communale ou intercommunale, soit une annexe, avec des degrés d’autonomie divers. Elle peut aussi être unique dans sa collectivité : c’est le cas de bibliothèque des petites communes. Ce rôle est donc le tout premier élément dont la définition doit être clarifiée. Les contraintes de sous-sol, de hauteur, d’alignement, de desserte, ou autres générées par la localisation peuvent être lourdes. Dans tous les cas, le rôle du bibliothécaire consiste à analyser avec lucidité les caractéristiques de l’implantation choisie, et à infléchir en conséquence le programme et les fonctions assignées à la bibliothèque, en anticipant sur les développements futurs.


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