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Un gouvernement régalien

Publié le 11 mars 2011 par Copeau @Contrepoints

On peut donner plusieurs lectures au message délivré par le Président de la République lundi soir. La lecture politicienne, celle que n’a pas manqué de faire l’opposition, consiste à dire que Nicolas Sarkozy a voulu masquer tant bien que mal la série d’erreurs qui ont été commises depuis quelques semaines : les voyages discrets et les messages bizarres à destination des pays en pleine révolution, le silence diplomatique qui a accompagné ces évènements, la fronde des magistrats, la rupture avec le Mexique, etc.

La gauche parle aussi de mise en place d’un dispositif électoral. Brice Hortefeux ne quitterait la place Beauvau que pour mieux diriger la campagne, avec Alain Juppé rassembleur de la famille gaulliste, et Gérard Longuet, qui fut au PR et à DL dans un lointain passé, rameutant la droite libérale. 

Tout cela participe évidemment d’une parfaite mauvaise foi, et nous sommes certains que ces basses manœuvres, indignes d’un Président, n’ont pas inspiré le discours présidentiel. 

Suivant une autre lecture, le Président aurait voulu marquer solennellement l’entrée de la France dans le concert mondial du soutien aux peuples arabes insurgés. Nicolas Sarkozy, à juste titre, a souligné qu’il était important d’accompagner les élans populaires, en engageant l’Europe entière dans la mise en place de régimes démocratiques et ouverts. Il pense que le projet de l’union euro-méditerranéenne, qu’il avait lancé jusqu’à présent sans succès, doit être réactivé. Si nous pouvons, comme l’avait indiqué Jacques Garello dans son éditorial « Eurafrique », souscrire à l’idée de l’accompagnement sans ingérence, nous rappelons aussi les réserves à faire au projet du Président. D’une part il ne s’agit pas de faire du développement économique et de la démocratie politique une affaire des États européens, mais bien plutôt la conséquence normale d’une totale ouverture au libre échange, de façon à faire de la Méditerranée un espace commun au service des entreprises et des hommes des deux rives. D’autre part le projet proposé par la France est bien trop francophone, linguistiquement et politiquement, et on peut douter que l’Union européenne se mette à la remorque de la France pour arrêter sa position en l’affaire.

Reste la lecture la plus intéressante à nos yeux. Nicolas Sarkozy a fait remarquer qu’avec les nouveaux ministres de l’Intérieur, de la Défense et des Affaires Etrangères, les « pouvoirs régaliens étaient entre de bonnes mains ». Notons au passage que la Justice ne doit pas faire partie des pouvoirs régaliens, ce qui n’est pas surprenant dans la bouche d’un partisan de l’État minimum comme l’est le Président.

Faire une distinction, parmi les attributions de l’État, entre celles qui sont régaliennes et celles qui ne le sont pas, est un retour aux principes constitutionnels de la liberté, cela évoque Benjamin Constant et Tocqueville. Dans cet esprit, le domaine réservé à l’État est très limité, et implique un budget égal à un sixième à peu près du budget actuel, représentant moins de 10% du PIB. Ce ne serait jamais qu’un retour aux mœurs de la IIIe république.

La ligne de partage serait claire : « l’État doit faire ce qu’il est le seul à pouvoir faire ». L’État dispose en effet du monopole de l’usage de la violence, et il exercerait ce privilège pour la défense des droits fondamentaux des citoyens.

Un gouvernement régalien

(Illustration René Le Honzec)

Dans ces conditions, que reste-t-il au Premier Ministre ? François Fillon aurait pour mission vraisemblable de liquider progressivement les domaines actuels d’intervention de l’État et de supprimer les ministères de l’Education nationale, du Travail, de la Santé, de l’Industrie, des Entreprises, des Échanges extérieurs, du Sport, de la Culture, de l’Immigration, de l’Environnement, de la Famille, de l’Agriculture. Cela ne veut pas dire que les Français ne seraient plus éduqués, employés, soignés, industrieux, commerciaux, sportifs, cultivés, immigrés, etc. mais que toutes ces activités humaines seraient laissées aux bons soins de l’initiative privée marchande ou communautaire. François Fillon s’en inquiète, semble-t-il : que lui reste-t-il à faire, une fois les postes clés et les attributions régaliennes confiés à des ministres hors pair ? Peut-être s’occuper de la justice, qui a été malencontreusement omise par le Président. C’est injuste pour ce Premier Ministre qui apparaissait naguère comme le seul homme du gouvernement à inspirer confiance à l’électorat de droite. Mais a-t-on besoin d’électeurs ?


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