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La révolution picturale de Maurice Rocher

Publié le 30 janvier 2008 par Marc Lenot

Je ne devrais pas le dire, mais je ne connaissais absolument pas Maurice Rocher, avant de le découvrir à la galerie Deborah Zafman (jusqu’au 1er Mars).

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Ce peintre expressionniste, mort il y a une dizaine d’années, somme toute assez méconnu, fut d’abord un peintre religieux. La perte de la foi déclencha en lui une révolution picturale, et la majorité de ses tableaux furent désormais des portraits de femmes, à la sensualité violente et généreuse. La touche y est large, empâtée, impulsive, on ressent concrètement devant la toile la joie de peindre, la gestuelle du peintre. Contrairement aux tableaux religieux, plus sombres, la couleur ici resplendit, l’énergie du rouge envahit tout. Cette grande Baigneuse de 1971 n’est plus que chair rose, exhibée, aux formes fondues et indistinctes.

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Plus subtile est La Présidente  (1984), où le noir dénote plus de tragique, plus de mystère. Aux murs, quelques citations de Rocher (dont le Journal est passionnant à lire), dont celle-ci : “La femme possède ce pouvoir de donner accès à une forme d’infini et de plénitude que Dieu seul pouvait donner, et que le non-Dieu laisse à la femme.” Dans la deuxième moitié de sa vie, Rocher se retire à demi du monde, refuse les commandes, vit en solitaire, expose très peu.

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Au fond de la galerie, de petits tableaux noirs sont présentés comme dans des écrins. Sont-ce vraiment des tableaux, ou des accumulations de peinture-matière ? Ces Visages-matières sont un peu à la peinture ce que l’écriture automatique était pour les surréalistes. Ces bouts de peinture, ces rebuts, ces vestiges décapés de ses toiles, Maurice Rocher les malaxait machinalement sans les jeter, jusqu’au jour où une forme en a émergé, où, dans cette accumulation de matière sans dessein, un visage est apparu, une monstration quasi magique a eu lieu, une véronique. On ne sait trop à quelle distance les regarder (comme les grandes toiles d’Eugène Leroy), on s’approche de tout près pour se perdre dans l’entrelacs de la peinture, on s’éloigne pour discerner une forme, un visage. Ces petites icônes ont une force étonnante et inespérée.

Maurice Rocher étant représenté par l’ADAGP, les photos seront retirées du site à la fin de l’exposition; des tableaux similaires sont visibles ici. Les photos sont d’Alberto Ricci, courtoisie de Deborah Zafman.


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