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Un édito intéressant

Publié le 31 janvier 2008 par Arnaud Lehmann

J'aime assez l'édito de l'Express de cette semaine, on y trouve mise en valeurs les problématiques financières sur lesquelles il faut garder un oeil. Je relève surtout le passage sur lequel il n'y  pas de jeu sans règles, j'adhère tout à fait.

LEXPRESS.fr du 30/01/2008

Triste trader

Christophe Barbier

Poker menteur ou roulette russe, l'histoire finit mal quand on prend le capitalisme pour un casino 

Un édito intéressant
ouc émissaire ou chèvre de M. Seguin? Jérôme Kerviel, héros malheureux de l'affaire Société générale, boursicoteur englouti par ses agiotages, tient un peu des deux. Comme la Blanquette d'Alphonse Daudet, il voulut aller voir là-haut, sur les cimes des marchés financiers, si l'air était plus pur, et le loup spéculatif le mangea. Mais, tel l'animal porte-péchés de la Bible, il ploie sous un fardeau bien gros pour lui, où l'accusation s'alourdit du scepticisme collectif: comment un obscur courtier a-t-il pu flouer ainsi sa hiérarchie, et jongler d'une main avec les milliards en jouant de l'autre avec les allumettes? Ce nouveau «mécano de la Générale» est affublé d'une casquette trop grande. Plus Gribouille que Stavisky, Kerviel n'est pas à la hauteur de son ardoise. On attendait la splendeur des escrocs de haut vol, il a la fadeur des imprudents; et, en guise de casse du siècle, il confesse une boulette de comptable... avec beaucoup de zéros.

Ici, l'histoire devient plus intéressante que son personnage principal. Si l'impéritie cache des malversations, c'est un nouveau scandale, mais si elle n'est qu'un gigantesque court-circuit, c'est pire: un système à ce point vulnérable devrait empêcher de dormir tout usager de toute banque, des petits porteurs aux grands comptes! Quand un grain de sable grippe une mécanique de pointe, il ne faut pas déplorer la force du grain, mais dénoncer la faiblesse de la mécanique. Dans le capitalisme financier, où l'argent ne sert qu'à faire de l'argent, les profits colossaux chiffonnent l'éthique, mais les pertes abyssales, elles, soulèvent carrément le cœur. Il est temps d'en finir avec l'adoration d'un veau d'or qui a des pieds d'argile et avec l'opacité d'un système qui habille son incurie d'une idéologie dévoyée: le libéralisme n'est pas l'anomie, il n'y a pas de jeu sans règles. Puisque la main invisible sait très bien nous faire les poches, il faut lui apprendre les bonnes manières, même s'il n'est pas question de lui mettre des menottes.

L'actualité financière enseigne deux leçons convergentes. D'un côté, l'onde de choc des subprimes américaines, sorte d'escalier vers la récession, de krach par hoquets, montre que l'on ne peut mentir impunément sur la valeur des choses, maisons de cadres moyens ou produits intérieurs bruts. De l'autre, la tragi-comique mésaventure de la «SocGen» prouve que confondre placement et pari, c'est perdre toute raison. Bref, poker menteur ou roulette russe, l'histoire finit mal quand on prend le capitalisme pour un casino. Il revient aux politiques de mettre un peu d'ordre dans ce chaos. Tenu complètement à l'écart, par la banque elle-même et les autorités financières nationales, du sauve-qui-peut de la Société générale, le pouvoir est aujourd'hui humilié et impuissant. Saura-t-il réagir?

Avec ses bulles et ses bides, la finance contemporaine ressemble de plus en plus à la phynance du Père Ubu, à la fois magique et obscène. Les salles de marché, où s'agitent les clones fébriles de Jérôme Kerviel, ont «déréalisé» l'économie, transformée en jeu vidéo. Mais le problème avec le virtuel, c'est que le retour au réel fait toujours aussi mal.


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