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Un rêve de John Ball, de William Morris

Par Carolune

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Vers la fin du XIXe siècle, un conférencier socialiste s’endort. Divagant, promenant son esprit jusque dans la belle campagne anglaise du XIVe siècle, il rencontre quelques paysans, un ancien soldat, un prêtre rebelle. Ces hommes sont prêts à se battre ; mais, cette fois, ce ne sera pas pour leurs seigneurs, mais contre eux. John Ball, le curé qui sert de guide à ces rebelles, résume la pensée de tous en quelques mots : « Quand Adam bêchait et qu’Eve filait, où était alors le gentilhomme ? ». À leur manière, chacun de ces deux hommes se retrouve perdu dans un monde qui ne lui correspond pas. La discussion entre ces deux révoltés, portés par le même amour des hommes, se prolongera toute la nuit.

Le livre s’ouvre sur une présentation du personnage de John Ball, ecclésiastique révolutionnaire de la fin du XIVème siècle anglais, qui paya ses désirs de liberté et de justice sociale en finissant écartelé, et qui n’a laissé aucun écrit. Un rêve de John Ball, œuvre du XIXè siècle, met en fait en scène une rencontre onirique d’un socialiste de ce XIXè siècle avec ce personnage de John Ball – ce dernier étant devenu alors un héros de la révolte sociale. Comme dans L’âme humaine et le socialisme de Wilde, chez le même éditeur, la présentation est claire, bien écrite, et donne des clés de lecture efficaces sans trop en dévoiler…une excellente mise en appétit !

Vient ensuite l’œuvre proprement dite, dont le principe m’a beaucoup séduite : là où Novalis rêve d’une fleur bleue et de paysages mélancoliques quand il s’endort, le socialiste de William Morris, lui, dialogue avec un idéaliste du passé dans un cadre bucolique…cela m’a fait penser à Socrate qui se balade les pieds dans l’eau au début du Phèdre de Platon, puis propose d’aller discuter de la création et de l’amour à l’ombre d’un grand arbre : j’adore quand les idées éclosent dans de beaux cadres ! Et j’aime aussi l’idée que rappelle Joël Chandelier dans sa présentation et qui constitue le moteur du livre : « celle qu’il existe une continuité dans l’histoire, une communauté entre les hommes des temps passés, présents et futurs, permettant une comparaison entre les époques et l’inscription de la lutte politique dans un mouvement d’ensemble. »

Notre socialiste rêve donc qu’il se réveille en plein XIVème siècle, et ne le comprend qu’en croisant un chevalier. Les descriptions qui sont faites de ce monde ancien sont sublimes, idéalisées, et l’œil circule vraiment comme dans un rêve, avec une grande douceur, partagé entre un étonnement fugace et une observation perçante des choses.

Il va, on s’y attendait, tomber sur une réunion de révolutionnaires qui veulent entrer en résistance contre les collecteurs d’impôts, et il rencontrera, en suivant ces hommes, John Ball, le prêtre révolté, dont l’ »apparition » et la harangue qu’il tient face au peuple constituent d’ailleurs des pages magnifiques – même si le lien qu’il fait entre la justesse de la révolte contre les riches et la justesse de la foi sonne un peu creux, en tout cas à mes oreilles… La bande prendra les armes, et John Ball et notre rêveur auront alors une longue conversation sur les sacrifices à faire à la lutte pour la liberté ; John Ball interrogera enfin le narrateur sur les temps à venir, dont il vient, au cours d’une longue conversation douce-amère qui donne à Morris l’occasion de développer ses thèses socialistes.

Cette longue rêverie politique est un enchantement par sa forme, par son écriture limpide, et est porteuse de nombreuses idées fortes, même si certaines paraissent un peu éculées – le lien de la lutte pour la justice et de la religion, notamment.

Un Rêve de John Ball est donc une très, très belle découverte, un livre curieux, qui pourrait en  agacer certains par son idéalisme, mais qu’il ne faut pas hésiter à lire et partager en ces temps troubles !

Merci infiniment, donc, à Livraddict pour le partenariat, et aux Editions Aux Forges de Vulcain pour leur généreux envoi, puisque l'éditeur a eu la très grande gentillesse de m'offrir, en plus de Un Rêve de John Ball, Larrons de François Esperet et L'Amitié d'Emerson, que je chroniquerai très bientôt ! 


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