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Gasland : Le gaz de schiste, une catastrophe ambulante

Publié le 04 avril 2011 par Florian @punkonline

Gasland : Le gaz de schiste, une catastrophe ambulanteDes flammes sortant du robinet de votre cuisine ça ne vous parait pas possible à moins que Sylvain Mirouf soit dans les parages ? Eh bien si ! Il s'agit du quotidien de personnes vivant proche des puits de gaz de schiste aux États-Unis. Josh Fox le réalisateur et narrateur de Gasland reçoit un jour une lettre d'une compagnie de gaz qui souhaite louer son terrain pour 100 000 $ par an afin d'en extraire le gaz présent en sous-sol. Il va mener une enquête pour comprendre comment fonctionne ce mode de production et va découvrir ses effets néfastes sur l'environnement et la santé.

Le gaz de schiste : explications

Le gaz de schiste est donc présent en sous-sol, en profondeur, parmis le schiste - roche ayant un aspect feuilleté comme une ardoise par exemple - tout comme le pétrole de schiste qui utilise les mêmes techniques d'extraction. Il y en a un peu partout dans le monde ce qui signifie qu'en les ajoutant au total des réserves conventionnelles, la date du "pic pétrolier et gazier" pourrait reculer. Ce pic signifiera le glas du des énergies fossiles abondantes et bon marché. Les réserves sont limitées et la demande grandissante, du à l'industrialisation des pays du sud. Des estimations montrent que d'ici 20 à 30 ans, le pétrole deviendra un luxe. Alors, l'idée d'exploiter le gaz - et le pétrole - de schiste, qui ne fera que retarder l'échéance, commence à émerger à nouveau. Selon le géologue Roland Vially, « Les réserves mondiales représenteraient plus de quatre fois les ressources de gaz conventionnel. De quoi, si on arrivait à les exploiter, changer la donne de la géopolitique gazière ». Le premier puits de ce type date de 1821, à Fredonia (État de New York), mais cette technique ne s'est pas développée par son coût élevé de mise en oeuvre. Mais aujourd'hui avec les nouvelles connaissances et l'imminence du pic, il se développe de plus en plus. Selon des estimations, il pourrait constituer la moitié des moyens de production en Amérique du Nord en 2020.

Le narrateur explique le processus d'extraction du gaz : « les forages sont effectués par hydrofracturation : le "fracking". On introduit de l'eau et des produits toxiques à 2 500 m sous terre. Le fracking équivaut à un mini-séisme. L’énorme pression brise la roche et gèle le gaz. Pour ce faire, il faut un liquide, un mélange de plus de 596 produits chimiques. » Voir une animation sur Owni.fr.

Gasland : Le gaz de schiste, une catastrophe ambulante
Source : IFP Energies nouvelles

Thriethylene glycol, glycol, éthers sont quelques-uns des produits utilisés pour la fracturation hydraulique, durant toute l'activité du puits. La construction d'un puits demande beaucoup d'effort et de matériel. Une gigantesque foreuse « creuse pendant trois ou quatre semaines de 2500 à 3 500 m dans la couche schisteuse. La complétion d'un puits du forage initial à la première fracturation requiert 1 150 parcours en camion. » Ils se répartissent ainsi :

  • Transport de la foreuse et construction des voies : 10 à 45 camions.
  • Foreuse : 30 camions.
  • Liquides et produits : 25 à 50 camions.
  • Matériel, tubage, tige de forage : 25 à 50 camions.
  • Transport et repli de la foreuse de complétion : 15 camions.
  • Liquides et produits 10 à 20 camions.
  • Matériel : 5 camions.
  • Matériel de fracking, camions-pompe et réservoirs : 150 à 200 camions.
  • Et le plus impressionnant : l'eau. Pour chaque puits : 400 à 600 camions-citernes.
  • Sable : 20 à 25 camions.
  • Retrait des eaux usées : 200 à 300 camions.
  • Seule la moitié de l'eau injectée remonte à la surface.

Ce mode d'extraction est donc anti-écologique. Une étude indique que la pollution générée par l'industrie pétrolière et gazière de la ville de Forth Worth au Texas « dépasse celles des voitures de Dallas et de Forth Worth. »

Conséquence sur l'environnement et la santé

Ce gaz de schiste peut donc nous rendre optimistes. Nous allons pouvoir bruler du pétrole plus longtemps que prévu ! Tant pis pour le débat sur l'énergie. Nos enfants et nos petits enfants s'en chargeront pendant que nous profitons encore de ces moments de bonheur à respirer les hydrocarbures. Dommage que cette vision idyllique soit entachée par quelques rabais-joie.

En effet, des phénomènes étranges surviennent dans certaines habitations près des zones où se sont installés des puits. Avant d'y aller, le réalisateur à sa petite idée : « J'avais entendu parler d'eau polluée par les exploitations, d'eau contaminée chargée de liquide de fracturation répandu illégalement dans les champs et les rivières. Des ouvriers auraient été brûlés aux mains et au visage. »

Fox va interroger plusieurs personnes de la ville de Dicock en Pennsylvanie, qui vivent à côté des installations. Selon les tests effectués par les entreprises, il n'y a pas de problèmes dans l'eau. Pourtant, quand les riverains leur proposent un verre d'eau du robinet, ils le refusent systématiquement.

Voici en résumé les problèmes relevés lors des différents témoignages : « Problèmes d'eau, de santé, risque d'explosion dans les maisons, destruction de la terre, méfiance vis-à-vis des experts, sentiment d'avoir été abusé, sentiment d'impuissance, animaux morts ou malades, difficultés à obtenir des informations sur les forages, sentiment qu'on cherche à étouffer l'affaire. En d'autres mots, l'impossibilité de vivre une vie normale. »

Le Comté de Garfield dans le sud du Colorado, est une zone forée où a été menée la première étude des effets des puits de gaz sur la santé. En dix ans, il y a eu 5 000 puits creusés dans cette région : « Sept chercheurs de l'université du Colorado ont trouvé dans l'air et l'eau des taux alarmants de pollution ». Mais les études restent incomplètes. Le Docteur Theo Colborn indique que les produits chimiques générant la pollution ne sont pas révélés : « comme la sauce du Big Mac ou la recette secrète du Coca Cola » ajoute Fox. Cependant, l'investigation du Docteur par la fouille des camions, l'analyse de documents, a permis d'identifier 596 polluants dans 900 produits chimiques. « Nos lois environnementales pour la santé publique sont bafouées », dit-elle. « Les conséquences neurologiques sont insidieuses. Ça commence par des maux de tête, puis les oreilles qui sifflent... On se sent désorienté, pris d’étourdissements. On peut atteindre une neuropathie [maladies du système nerveux] périphérique. On souffre alors de lésions cérébrales irréversibles. On peut enfler. Surtout les extrémités, bras ou jambes. Les douleurs surgissent partout et sont insoutenables. »

D'autres études menées ont permis de lier la vie à proximité des puits et certains effets sur les humains tels des cancers des testicules, des malformations foetales, des anomalies de la moelle osseuse, de l'hémolyse (destruction des globules rouges). Le maire de la commune de Tillman a commandé une enquête qui « révèle des taux stupéfiants d'agent cancérogène et de neurotoxines [...] Le taux de benzène est 55 fois supérieur et le taux de sulfure de carbone 107 fois supérieur aux normes autorisées par la santé publique. »

Opacité et conflits d'intérêts

En 2004, un rapport d'expert annule l'enquête de l'Agence de protection de l'environnement (EPA). « Malgré la présence de produits toxiques, EPA n'a pas besoin d'enquêter. » Weston Wilson, employé de la EPA relève que sur sept experts qui ont effectué ce rapport, cinq d'entre eus se trouvent en conflit d'intérêts.

Fox revient aux années 1995 — 2000 durant lesquelles Richard Bruce Cheney est vice président des États unis, il est également le Président Directeur Général de la multinationale d'exploitation pétrolière Halliburton. La première mesure de Cheney est de créer l'Energy Task Force (ETP), un groupe chargé de mettre en place la politique énergétique du nouveau gouvernement. Ce groupe va rencontrer 40 fois des industriels et une seule fois des groupes de défense de l'environnement. En 2001, l'ETF demande à ce que des terrains publics soient transférés à des compagnies privées pour leur permettre d'extraire le gaz. Cheney accepte et le paysage sauvage est transformé par des bâtiments industriels.

Les lobbies de l'industrie du gaz et du pétrole tentent de nier l'évidence. Mais combien de temps pourront-ils continuer à le cacher ? Au Québec, un moratoire est évoqué suite à plusieurs incidents tandis que l'État de New York en a voté un le 30 novembre 2010.

Ce documentaire montre la dangerosité de la récupération du gaz de schiste. Il me semble bien difficile, même en améliorant les techniques de forage, qu'un jour l'extraction de ce gaz soit propre. Au lieu de repousser l'échéance du débat sur les énergies nouvelles, ne serait-il pas judicieux de s'y intéresser dès maintenant ?

Où en est la France ?

A contrario du Québec, la France se lance dans l'aventure du gaz de schiste. Accordée au printemps 2010, la multinationale Total a reçu le "permis de Montélimar" qui lui accorde une zone d'exploration de 4 000 km entre le sud de Valence et le nord de Montpellier. Malgré ce que disent les autorités pour qui il s'agit juste d'une phase d'exploration, j'émets des réserves. Pourquoi une entreprise comme Total s'investirait autant en terme financier et d'image publique pour finalement tout abandonner ensuite ? Mediapart a révélé en février dernier qu'en 2007 le sous-sol avait déjà été fracturé...

Gasland : Le gaz de schiste, une catastrophe ambulante
Source : Enerzine

Ensuite, pourquoi l'Accord de prospection a-t-il été fait en quatimini ? Aucun débat — comme pour le nucléaire — n'a été fait. Les partis écologiques, dont Europe Écologie – Les Verts, ont été très discrets sur la question. Sur leur site, je n'ai pas vu de texte sur le sujet avant le 2 février 2011 ! Par contre, quand il s'agit de faire la promotion d'action de greenwashing — terme désignant une action ayant des apparences écologiques — mettant ainsi en valeur leur image aux côtés de vedettes médiatiques comme Nicolas Hulot ou Yann Arthus Bertrand, ils sont là. Heureusement que les associations écologistes locales ont permis de relayer l'info et de lancer un débat sur le sujet.

La contestation a commencé en décembre 2010 et elle semble porter ses fruits puisque Christian Jacob, le président du groupe UMP à l'Assemblée nationale, se dit être opposé aux forages de gaz. En revanche, il ne dit rien sur le pétrole de schiste ! Il y aurait l'équivalent de plusieurs milliards de barils sous le sol parisien selon l'IFP, révèle Basta !. Alors, effet d'annonce pour calmer la contestation ou volonté d'endiguer le processus ?


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