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Nucléaire: l'iode radioactif de la centrale de Fukushima persiste sur la France

Publié le 04 avril 2011 par Bioaddict @bioaddict
Les nouveaux résultats annoncés par l'Institut de Recherche et de Sécurité Nucléaire (IRSN) le 2 avril confirment la persistance en France d'iode 131 en provenance du Japon, dans l'air, dans l'eau de pluie, le lait et des végétaux. Mais selon l'IRSN les niveaux de concentration d'éléments radioactifs sont très faibles et ne présenteraient pas de danger, ni pour l'environnement, ni pour la santé.

Suite à la catastrophe nucléaire survenue au Japon et à la diffusion dans l'atmosphère d'un " nuage radioactif ", la détection d'iode 131 a été effectuée en France sur un prélèvement de particules atmosphériques dès le 24 mars au sommet du Puy de Dôme, et a constitué le premier indice de la présence de radionucléides rejetés lors de l'accident de Fukushima. Les mesures effectuées par la suite jusqu'au 31 mars ont confirmé la persistance généralisée en France d'iode 131 :

- des traces d'iode 131 (0,07 à 1,28 mBq/m3) ont été détectées sur des prélèvements de particules atmosphériques réalisés entre le 28 mars et le 2 avril par plusieurs stations de l'IRSN de métropole;

- la mesure d'un prélèvement d'iode 131 sous forme gazeuse effectué le 28 mars à Agen (47) a indiqué une concentration de 4,1 mBq/m3.

- un prélèvement réalisé à la station IRSN d'Orsay (91) le 30 mars a montré la présence d'iode 131 dans l'eau de pluie à une concentration de 1,27 Bq/L. Elle résulte du lessivage des masses d'air par la pluie.

- des traces d'iode 131 ont également été décelées dans un prélèvement de lait de vache réalisé en Vendée (0,15 Bq/L) le 28 mars. Ces résultats ont été confirmés par les différents exploitants et d'autres laboratoires qui ont relevé au 1er avril des niveaux similaires à ceux obtenus par l'IRSN :

- ainsi concernant l'iode 131 sous forme d'aérosols, les résultats ont varié entre 2,73 mBq/m3 à Fontenay-aux-Roses (92) le 29 mars, et 0,16 mBq/m3 le 1er avril à Toulon (83);

- l'iode 131 sous forme gazeuse a également été décelé à des concentrations comprises entre 1,31 mBq/m3 à Cherbourg (50) et 4,5 mBq/m3 à Civaux (86);

- enfin, de l'iode 131 a été détecté dans du lait de vache (0,09 Bq/L) à Saclay (91) et de l'herbe (7,3 Bq/kg. frais) à Gradignan (33).

Concernant le césium 134, césium 137 et ponctuellement de tellure 132, des traces ont été mesurées dans les prélèvements d'aérosols effectués à différents points du territoire, à des concentrations de l'ordre de quelques centièmes de mBq/ m3 d'air.

Selon l'IRSN " ces concentrations en radionucléides artificiels mesurées en France dans les différents milieux surveillés sont très faibles et ne présentent aucun danger environnemental ou sanitaire, même en cas de persistance dans la durée ".

La dispersion atmosphérique à très grande distance des radionucléides volatils rejetés par la centrale de Fukushima depuis le 12 mars a en effet provoqué une importante dilution à l'échelle mondiale. Seuls les isotopes radioactifs du césium (césium 137 et césium 134) pourraient persister durablement dans l'air, probablement sur plusieurs mois, avec des concentrations qui devraient baisser progressivement.

" A titre de comparaison, les valeurs de concentration en césium 137 dans l'air mesurées au cours des jours suivant l'accident de Tchernobyl mesurées dans l'Est de la France étaient de l'ordre de 1 000 à 10 000 mBq/m3 (le 1er mai 1986) " précise l'IRSN.


Impact sur l'eau de pluie et les eaux de surface

L'IRSN a par ailleurs estimé les concentrations en radionucléides qui pourraient être mesurées dans l'eau de pluie dans l'hypothèse où ces radionucléides seraient toujours présents dans l'air sur une durée d'un mois, au niveau de 1 mBq/m3.

Un premier résultat de mesure obtenu sur un prélèvement d'eau de pluie effectué au Vésinet (78) entre le 26 et le 27 mars a révélé une valeur de 1,73 Bq/L en iode 131.
Mais l'IRSN estime ces niveaux de concentration sans risques pour les différents usages de l'eau recueillie en citerne (arrosage, alimentation...).
Concernant les eaux de surface (rivières, fleuves, lacs...), les concentrations seront encore beaucoup plus faibles que celles des eaux de pluie en raison de l'effet de la dilution.

Impact sur les denrées alimentaires

Si les concentrations dans l'air et dans l'eau de pluie perdurent plus de 3 à 5 jours, les concentrations dans des produits comme les légumes à feuilles (type salade ou épinard) et le lait frais, devraient augmenter pour atteindre un niveau mesurable de quelques Bq/kg frais (ou Bq/L pour le lait). Par la suite, en supposant que la concentration des radionucléides artificiels dans l'air demeure au même niveau (de l'ordre du mBq/m3), les
concentrations mesurées dans les végétaux à feuilles et dans le lait devraient se stabiliser.

Par ailleurs compte tenu du délai entre l'abattage des animaux et la consommation, l'iode 131, qui a une demi- vie très courte, ne devrait pas être mesurable dans les viandes consommées.

Les concentrations en césiums dans la viande à des niveaux de quelques Bq/kg pourraient quant à elles perdurer plus longtemps que celles dans le lait et les légumes. Enfin, en raison du stade végétatif actuellement très précoce des grandes cultures céréalières, fruitières et viticoles, ces productions devraient être épargnées par ces faibles retombées radioactives. " Seules des traces de césiums 137 et 134 pourraient éventuellement être décelées à terme si les concentrations de ces radionucléides dans l'air devaient se maintenir de l'ordre du mBq/m3 pendant plus de deux mois " estime l'IRSN.

Ces niveaux de concentration susceptibles d'être atteints dans les denrées les plus directement exposées aux radionucléides rejetés lors de l'accident de Fukushima (légumes à feuilles et lait), sont donc faibles, de l'ordre de quelques Bq/kg ou Bq/L. Ils sont par exemple très largement inférieurs à ceux observés dans l'Est de la France en 1986, après l'accident de Tchernobyl, qui avaient parfois atteint plusieurs centaines à plusieurs milliers de Bq/kg ou Bq/L

Que faire en pratique

Même dans l'hypothèse où les concentrations en césium ou en iode radioactif persisteraient au même niveau dans l'air pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois, selon l'IRSN " il est totalement inutile de prendre des précautions particulières vis-à-vis des différentes voies d'exposition à ces traces de radionucléides artificiels. En particulier on peut sortir normalement, à tout moment. Les enfants peuvent jouer dehors ; l'eau, y compris celle des citernes collectant la pluie, peut être utilisée sans restriction ; et les denrées alimentaires les plus sensibles aux retombées radioactives atmosphériques (légumes à feuilles et lait) ne seront pas significativement affectées par les dépôts et pourront donc être consommées sans limitation ".

Faire confiance ?

Mais les données qui nous sont révélées sont-elles sincères et complètes ? N'oublions pas que même si les organismes officiels de sécurité nucléaire semblent faire des efforts importants de transparence, ils sont contrôlés au plus haut niveau de l'Etat qui nous a déjà habitué au mensonge. La France disposant du 2ème parc nucléaire les plus important du monde avec ses 58 réacteurs répartis sur 19 sites, dont celui de Nogent sur Seine situé à moins de 100 km de Paris, il peut être tentant de vouloir encore une fois minimiser les effets de la radioactivité pour ne pas développer une nouvelle réaction en chaine de rejet du nucléaire, comme dans d'autres pays, dont notre voisine l'Allemagne.

Espérons cependant que ces " quelques becquerels " auxquels nous sommes, en France, aujourd'hui exposés par le biais de l'air, de l'eau, et de l'alimentation, seront réellement sans effets sur notre santé.

Enfin, tout ceci ne concerne évidemment que les retombées du panache contenant des éléments radioactifs dispersés dans l'air suite à l'explosion survenue dans la centrale de Fukushima le 12 mars dernier.

Mais nous ne sommes pas à l'abri de nouvelles explosions, et de nouveaux nuages radioactifs, tant la situation demeure critique sur place.

Hervé de Malières


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