Magazine Humeur

Chandeleur

Publié le 02 février 2008 par Jlhuss
par Chambolle
chambolle.1201883825.jpgRéjouissez-vous mortels ! Comme disait, à peu près,  le Sapeur Camembert : « La vie n’est pas qu’un tissu de coups de poignards qu’il nous faut boire goutte à goutte ». Aujourd’hui 1er février et, par conséquent, veille du 2 (admirez la rigueur de ma logique), c’est la grande fête des crêpes. Dès le matin aux aurores, la ménagère (qui chez Chambolle est un ménager) a préparé sa pâte.  Vu de loin ça a l’air facile : il suffit de mélanger, dans des proportions fixées par la tradition mais que l’inspiration du moment peut faire varier, les ingrédients, farine, œufs, lait, huile, sel (une pincée), rhum et zest d’orange, connus depuis la nuit des temps.
De près la tâche se complique. Un moment d’inattention, un instant de relâchement dans le brassage, et les grumeaux font leur apparition. Hors, le grumeau dans la pâte à crêpe, c’est le serpent dans le jardin d’Eden, le crapaud sous la rose, Ganelon à Roncevaux ou Eric Besson au Congrès du PS. On n’évite la catastrophe qu’en respectant scrupuleusement l’équilibres des divers composants et en ne ménageant pas l’huile de coude. 
Ensuite, il suffit de laisser reposer en remuant de temps en temps pour aérer la pâte (un peu comme pour composer une liste de candidats aux municipales). Ce travail peut être confié aux (très) jeunes générations qui ont ainsi l’occasion de se rendre utiles tout en se préparant, pour l’avenir, quelques bons souvenirs (qui n’a jamais renversé un saladier de pâte sur le carreau de la cuisine grand-maternelle ne peut avoir aucune idée de la colère divine).
Vient le soir. La famille est réunie autour de la lampe Pigeon (mille francs à qui la fera exploser).  Les cercles de la cuisinière à dyn003_original_380_300_pjpeg_2531000_d75c149670a98ffe5ccf91ada0acf9bf.1201883886.jpgbois sont ôtés. L’antique poêle noire chauffe sur le foyer et on a fiché sur une fourchette en fer non étamé le morceau de lard qui en graissera le fond. La cérémonie peut commencer. La main droite crispée sur le manche de la poêle, la gauche tenant fermement la classique pièce d’or (ici un franc germinal), chacun fait sauter sa crêpe. Si l’année est chanceuse, elles retomberont toutes dans la poêle après avoir décrit, sous les poutres du plafond, d’acrobatiques loopings.
Ensuite… eh bien, selon les goûts et les âges, on les mangera sucrées, confiturées ou même nutellatisées. 
Dans les verres ? Du cidre, ni trop sec ni trop doux.
La conversation ? Quelques histoires du vieux temps d’avant la télévision quand Grand-Père shampouinait sa sœur à la gelée de groseille, que Mamie coupait les lanières du martinet et que le candidat de gauche aux cantonales, faisait la tournée des communes à bicyclette.
Et pour finir ? Pourquoi pas une comptine :

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