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Sur les blogs: un bien grand bruit pour une si petite claque

Publié le 02 février 2008 par Willy

Gros contraste, vendredi, sur le web, quant au traitement de "l'affaire de la gifle", révélée la veille. Les sites de médias ont abondemment relayé l'incident au cours duquel un prof de technologie près de Maubeuge a giflé un élève de sixième qui l'aurait traité de "connard". Les blogueurs, eux, ont pris fait et cause pour le deuxième.

En ligne, des détails à foison: pédigrée et nom de famille de l'enseignant de 49 ans, révélations sur son "alcoolémie" -0.3 grammes selon Le Parisien- lorsque les forces de l'ordre sont venues l'interpeller chez lui après la sortie des cours, et batailles de déclarations entre la justice -l'enseignant passera en correctionnelle le 23 mars prochain pour "violence aggravée sur mineur"- et Xavier Darcos, ministre de l'Education nationale, venu à la rescousse de ses profs: "Dans l'immense majorité des cas, des victimes."

Les blogueurs, eux, sont à peu près unanimes pour dénoncer les proportions prises par cette claque. Henri Moreigne, alias "La mouette -bavarde, irrespectueuse et rieuse", grogne que, "à partir de pas grand chose, "l'affaire" prend une ampleur insoupçonnable" et argue:

"Lâché par son administration et son ministre, l'enseignant, suspendu jusqu'au jugement, bénéficie en revanche du soutien des syndicats et de l'opinion publique. [Cette] procédure surprenante de toute évidence surdimensionnée fait des enseignants de dangereux délinquants en puissance. Un désagréable mélange des genres."

Ironie sur les médias

Toujours sur l'exploitation médiatique de l'épisode, Gérard Ponthieu ironise: "Une gifle, une baffe, que dis-je?, un crime!"

"La 'gifle du jour' me consterne à plus d'un titre. A commencer par son traitement médiatique, disons même 'mass médiatique', s'agissant de France 2 en son 20 heures du jour, lequel en a fait son titre d'ouverture et de fermeture. Pujadas en particulier, et l'équipe qui le sert, ne semblent avoir de cesse de dépasser en faidiverseries le grand concurrent mené par PPDA. Ils y parviennent le plus souvent sans peine puisque le TF1 de la même heure, à côté et pour un peu, ressemblerait au Monde diplo."

"Et qu'on n'en parle plus en tous cas pas autrement qu'entre les quatre murs du collège" conclue-t-il de l'histoire de ce "sale gamin". "Petit emmerdeur" lit-on ailleurs, "gamin insupportable" plus loin: du côté du Net, la plainte déposée par la famille n'est guère populaire, même après les 24 heures de garde à vue de l'enseignant. De nombreux blogueurs ironisaient même, vendredi, imaginant le père du jeune garçon, gendarme, arriver en uniforme dans l'enceinte du collège.

Pour Isabelle, une infirmière de 35 ans qui donne son avis sur le site de la Dépêche du midi, "ce n'est pas vraiment un drame". Matthieu, étudiant, pondère et relance la question sur le front éducatif:

"Le professeur incriminé aurait pu être suspendu, mais le mettre en examen, c'est vraiment exagéré. D'un autre côté, ce n'est pas le rôle du prof de faire l'éducation des élèves, et il n'a pas à distribuer des claques. Il y a déjà tout un contexte de violence dans les collèges et lycées, alors si les profs s'y mettent, ça va vraiment envenimer les choses. C'est les parents qui doivent enseigner le respect à leurs enfants."

"L'enfant est roi, peut-être, mais l'adulte est vraiment nu"

Blogueur sur Eclectihk-log, Henri Kaufman estime pour sa part que c'est "juste un fait divers, sans grande importance, mais qui est symptomatique de l'époque dans laquelle on vit":

"Il fut un temps où recevoir une gifle était au pire un mauvais souvenir au mieux une fluxion sanguine et une blessure d'amour-propre. [...] Que je sache une gifle n'a jamais fait de mal à personne et que ce soit un coup de martinet, une baffe comme on dit ou un coup de règle sur les doigts, ne m'ont pas mortifié au point de m'avoir transformé en teacher-killer.

Elle est où l'agression? Dans le geste ou dans la parole? Moralité: laissez-vous traiter de noms d'oiseaux (ou autres animaux) et fermez votre bec, vous pourriez bien finir en fourrière et échoir à la SPA (Service de Punition des Adultes). L'enfant est roi, peut-être, mais l'adulte est vraiment nu."

Philippe Souaille, qui commente l'actualité française depuis la Suisse, fait remarquer de son côté, en reprenant les propos d'un prof syndicaliste:

"Que vont penser les élèves de France? Que l'on peut insulter les profs impunément? Que l'on est protégé en cas de pépin?"

L'épisode de la gifle, qui rend les internautes très prolixes, a aussi stimulé les souvenirs cuisants de plus d'un blogueur. Jean-Louis Camocco, maître de conférences à Perpignan en sciences-économiques, se souvient un peu étrangement d'avoir ressenti "la honte de sa vie". Il se remémore encore ce jour où il a préféré écrire de la musique que suivre le cours de maths:

"Le professeur s'est approché de moi et il m'a appelé. Au moment où je redressai ma tête, j'ai juste eu le temps de voir arriver sa main énorme dans ma face pour prendre une gifle retentissante, imprimant une trace persistance sur ma joue endolorie. Puis il a demandé à voir mon cahier; il m'a regardé fixement dans les yeux pour me dire: 'Vous devriez écouter ce cours, il y a des mathématiques dans la musique!' J'ai eu la honte de ma vie. Je me suis abstenu d'en parler à mon père qui aurait doublé le tarif."

Un autre lui emboîte le pas, en en profitant tranquillement au passage pour qualifier le gendarme de père de "pauvre type" et son fils de "sale petit emmerdeur":

"A mon époque -dans les années 60-, les professeurs pouvaient vous tirer les oreilles, vous gifler ou vous tirer les cheveux sans que personne n'y voie le moindre mal. Pourtant, cela faisait très mal, d'autant plus que j'étais la tête de turc de mon prof d'histoire -j'étais en sixième- et que celui-ci aurait mérité un châtiment de dix ans de prison à Fresnes ou à la Santé."


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