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Encore la recherche

Publié le 02 février 2008 par Omelette Seizeoeufs

Ce sera le troisème billet consacré à la poltique de la recherche. Cette une question assez subtile car les lignes de partage politique ne sont pas évidentes à reconnaître. A vrai dire, je ne suis pas satisfait des deux premiers. Mais avancer en tatônnant est l'un des plaisirs d'un blog, alors j'en profite.

Ainsi, je poursuis ma lecture du discours de Sarkozy à l'Université Paris XI, qui est un texte assez détaillé sur sa conception de la recherche. Le problème avec ce thème, c'est que la nécessité d'une réforme de la recherche est incontestable et que certaines des orientations suggérées par le Très Grand Homme (TGH) ne sont pas si mauvaises que cela. (Voilà, je l'ai dit, mon anti-sarkozysme primaire va prendre un coup, et j'ai les doigts qui me brûlent, mais je l'ai dit.) Je pense notamment au fait de mettre l'université au centre de la recherche, ou de rapprocher les Grandes Ecoles et l'université. Le problème, encore une fois, c'est que même si ces grandes orientations semblent pleines de bon sens, il faut encore se méfier. L'idée de l'autonomie des universités paraissait, paraîtrait bonne ; mais quand on voit qu'il s'agit plutôt de l'autonomie immobilière, et d'un renforcement important du pouvoir des présidents des universités au détriment de l'autonomie des enseignants-chercheurs, et finalement de très peu d'autonomie véritable, on est obligé de se méfier encore. N'oublions pas que le génie du sarkozysme (qui est une pratique et pas une théorie) réside dans cette capacité d'agir au nom de "bons sentiments" ou d'évidences, tout en appliquant un programme qui, dans les détails, implique une orientation tout autre.

Qu'en est-il donc de la recherche?

Dans les billets précédents j'essayais de développer deux critiques : la précarisation de l'enseignant-chercheur (c'est surtout le rapport Attali qui insiste sur ce point, mais Sarkozy semble le rejoindre à peu près) et la soumission de la recherche aux besoins des entreprises, c'est-à-dire la suppression de ce qui reste d'une recherche, qu'elle soit véritablement "désintéressée" ou pas, dont l'horizon temporel est autre que celle des rapports trimestriels ou annuels des entreprises ou même des quinquennats présidentiels. Autrement dit, la recherche pour la recherche, et non pas la recherche pour le profit immédiat ou presque. Et j'inclurais dans cette catégorie les domaines de recherche qui ne sauront jamais rentables et de surcroît n'auraient jamais de raison de trouver des financements en provenance des entreprises, notamment les sciences humaines. Orange aura-t-il besoin un jour d'une expertise philosophique?

Or, je trouve dans le grand discours du TGH, une indication de ce qu'il en est. Le TGH est en train de défendre l'idée du financement par projets et la nécessité de l'évaluation de ces projets. On dit souvent qu'il faut évaluer, on dit moins souvent les critères de ces évaluations. Est-ce le nombre d'articles publiés ou de thèses soutenues (critères purement scientifiques, sans finalité autre que la recherche elle-même), ou bien les projets sont-ils à évaluer en termes de croissance (libérée ou pas), c'est-à-dire en termes de la rentabilité de leurs applications? Voici quelques uns des mots du TGH devant les chercheurs:

Je souhaite qu'à cette nouvelle génération soit inculqué non plus le réflexe du financement récurrent mais la culture du financement sur projets, la culture de l'excellence, la culture de l'évaluation. Il faut trouver le juste équilibre entre les financements à court terme et les financements à plus long terme pour des projets plus risqués. (C'est moi qui souligne, o16o.)

Voilà, pour moi, le signe, dans la dernière phrase, que c'est plutôt la rentabilité du projet qui sera l'élément d'évaluation ultime. Un projet long, quelque chose qui ressemble davantage à la recherche fondamentale, est plus risqué. Il y a un risque qu'il n'aboutisse pas à un produit que l'on pourra vendre, mais c'est quand même un produit de ce type qui est visé. La recherche en sociologie ou en linguistique est-elle par définition risquée, du fait qu'elle ne pourra jamais aboutir à quelque chose que l'on vendra chez Darty ou à des dictateurs?


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