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La vertu verte tue

Publié le 16 avril 2011 par Copeau @Contrepoints

La vertu verte tueLes morts sur nos routes augmentent, et l’augmentation vient des tués en deux roues. Ce que ne relève pas Caradisiac, par contre, c’est que la cause de cette augmentation vient surtout du fait que les gens se retrouvent de plus en plus coincés à adopter le deux roues comme moyen de transport.

Mais pourquoi donc ?

Depuis des décennies, les constructeurs automobiles ont rivalisé d’innovation et d’ingéniosité pour augmenter la sécurité de nos voitures. Volvo a été le pionnier sur la résistance de l’habitacle à la déformation en cas de crash, et, la concurrence jouant, les autres contructeurs ont bien été forcés, un jour ou l’autre, de suivre. Il y a 20 encore, on achetait une voiture avec fatalisme, sans se soucier de sa résistances aux chocs les plus violents.

Depuis, il devenu indispensable pour les constructeurs d’afficher leurs scores aux crash tests NCAP. Ces scores sont devenus des arguments de vente, le client a pris l’habitude de se renseigner. La ceinture à prétensionneur et l’airbag ont encore plus ajouté à cette sécurité, dite passive.

Le domaine de la sécurité active a lui aussi fait des progrès fulgurants. La tenue de route a progressé grâce à la généralisation des suspensions indépendantes, à l’initiative de journalistes qui ont soumis certains modèles au test de l’élan, et également à la quasi généralisation des freins à disque.

Mais ce n’est pas tout. Sous l’impulsion, en particulier, des constructeurs allemands, les aides électroniques se sont multipliées, souvent introduites sur des modèles de luxe, puis démocratisées. Des entreprises telles Bosch et Daimler-Benz ont apporté au public l’ABS, puis des anti-patinages et anti-dérapages qui ont la faculté de freiner une seule roue, sans même que le conducteur ne s’en rende compte, pour éviter des sorties de routes et des blessures, voire pire. Désormais, nous en sommes à l’assistance au freinage d’urgence, puisque les conducteurs ont tendance à trop peu freiner dans les cas les plus extrêmes, et même au déclenchement du freinage d’urgence par radar.

La concurrence a fait son oeuvre et a rendu invendables les voitures insuffisamment sûres. Et on sait que les bienveillants ingénieurs de l’industrie automobile travaillent déjà aux prochaines inventions qui sauveront encore plus de vies.

Seulement voilà, grand nombre de ces améliorations sont très difficiles, voire impossibles, à appliquer aux deux roues. Par définition, le deux roues est moins sûr, et de plus, cet écart se creuse.

Les représentants du peuple, ayant comme première priorité le bien-être des gens, ont donc, dans leur grande sagesse, décidé qu’il serait préférable de favoriser les véhicules les plus sûrs, pour éviter que des gens ne meurent inutilement, ou ne souffrent d’atroces blessures.

Non ?

Eh non.

Car les politiciens, pour des raisons qu’il serait bon de comprendre, perdent de plus en plus de vue leur mission de bien-être pour les hommes et femmes dont ils se prétendent les représentants. À la place, ils ont adopté des obsessions prétendûment vertes et ont décidé de tout faire pour brimer les automobilites et décourager l’usage de la voiture.

Certaines raisons sont explicitées sous un aspect rationnel, même si la dépense nécessaire est tout sauf, comme nous l’avons dit ici et là, mais elles contiennent aussi une part de contamination du lugubre culte de Gaïa, culte d’antiprospérité et même, on en arriverait presque à le craindre, anti-humain.

Dans le premier cas, on pourrait aussi essayer de deviner d’autres attraits des transports en commun pour nos maîtres, tels les grands marchés publics qui vont avec, à attribuer à un petit groupe select d’entreprises qui savent murmurer à l’oreille des élus, ou encore le fait qu’ils enlèvent de l’autonomie de mouvement aux personnes, qui peuvent ainsi de moins en moins aller où elles veulent par des moyens non contrôlés par le pouvoir. Mieux encore, avec les transpondeurs de type Navigo à Paris, Mobib à Bruxelles, et autres, on peut connaitre tous les mouvements d’un individu, si un jour on le souhaite. Réjouissante perspective.

L’autre catégorie principale de motivation est cette idéologie soi-disant écolo, mais qui n’a plus que les liens les plus ténus avec la protection des espèces ou de l’environnement, protection en fait mieux servie par le marché libre.

Et c’est ainsi que nos représentants, qui – serait-on tenté de dire – en ce domaine comme dans bien d’autres ne nous représentent plus, nous imposent des choix qui mettent des vies en danger. Car le transport collectivisé ne convient pas à tous, et de plus, on sait combien il a tendance à servir d’arme à de nocifs syndicats à la philosophie révolutionnaire, et accrochés à des privilèges devenus aussi honteux qu’intolérables dans la période de crise actuelle.

Pour ceux dont le métier ne supporte pas les innombrables retards,  pour ceux qui cherchent à échapper à l’inconfort, voire à l’insécurité, ou à la prise d’otage par les syndicats du secteur public, et pour ceux dont le trajet n’est pas desservi, ou pas de façon pratique, par les transports collectifs, la voiture se voyant de plus en plus ralentie et bloquée par les innombrables brimades à laquelle on la soumet, la seule option est alors de se rabattre sur le deux roues.

Et c’est ainsi que 30 ans d’innovations en sécurité automobile, qui nous ont tant apporté, comme l’a prouvé la baisse spectaculaire du nombre de tués de ces dernières années, se voient progressivement inversés par une politique aussi aussi obsessive que nocive. En poussant et, dans certains cas, presque en forçant, nombre de gens à adopter un moyen de transport énormément moins sûr, les politiciens sont, au moins en partie, responsables d’un grand nombres de morts et de blessés inutiles.

C’est alors le règne de la boboïtude écolo qui porte ses fruits. Fruits étranges comme aurait dit Billie Holiday, dans sa chanson Strange Fruit, au sujet des lynchages dont étaient victime des noirs dans le monde où elle avait grandi.


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