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Quatre minutes

Par Rob Gordon
Coup de coeur de tous les publics de tous les festivals, Quatre minutes est de ces films qu'il est mal vu de ne pas adorer. Un "beau" sujet, un traitement mi-auteuriste mi-populaire, une bande originale respectable : c'est devenu le lot de la plupart des films allemands qui parviennent à entrer en France (de Good bye Lenin! à La vie des autres). Seulement voilà : ce cinéma a beau être universel, il n'en reste pas moins qu'il est criblé de défauts. Car sous sa pellicule de film exigeant, humain et tout le toutim, Quatre minutes n'est qu'un énième drame politico social qui tente de nous faire chialer avec dignité. Il y a de vraies tentatives de cinéma dans le film de Chris Kraus, mais rien ne nous fait vraiment oublier le côté calibré de l'ensemble.
Pourtant, vu de loin, Quatre minutes a tout de même une sacrée gueule. Ce décor de prison pour femmes n'a franchement rien d'engageant, et c'est tant mieux ; les deux héroïnes sont terriblement antipathiques, et c'est assez osé ; et l'on échappe (du moins dans un premier temps) aux terribles clichés inhérents à ce genre d'intrigue (montée en puissance / désillusion / remontée en puissance / message d'espoir à la fin). Kraus se refuse à livrer un film bassement linéaire, et le ponctue de flashbacks très courts, pas trop insistants, nous renseignant peu à peu sur le pourquoi de la rigidité de la prof de piano pète-sec. Une destinée liée au nazisme, forcément ; bien que délivré par petites touches, cet éclairage d'un passé trouble finit d'ailleurs par révéler un aspect terriblement artificiel, comme s'il était impossible de faire un film allemand sans parler du nazisme.
Quatre minutes a tout pour séduire le spectateur en mal de beaux discours, de sentiments profonds et d'élans rédempteurs. Les cyniques et les habitués des salles obscures ressentiront une impression de déjà-vu teintée de frustration, ce qui n'enlève rien. Même après réflexion, il est difficile d'établir si le film de Kraus est un puits de sincérité ou un monument calculateur. La dernière scène est le représentant parfait de cet inconfort : on hésite entre huer ce n'importe quoi gigantesque ou saluer l'audace d'un metteur en scène désireux de montrer les choses différemment. On attendra son prochain film pour livrer une conclusion plus marquée.
6/10

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