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Rencontre avec un producteur québécois qui rêve de Maroc

Par Cinemasfi

Rencontre avec un producteur québécois qui rêve de Maroc Samuel Gagnon vit à Montréal mais son cœur est marocain depuis qu’il s’est marié à une safiote. Son rêve : produire un jour un projet maroco-canadien. Zuno Films, sa société de production, a en effet l’habitude des coproductions depuis Kamataki (Canada/Japon) et Ascension (Canada/USA). Dernièrement, Sam Gagnon avait eut un contact avec le producteur casablancais Sigma pour Casa Negra du Safiot Nour-Eddine Lakhmari. Occasion manquée, mais partie remise.


En tant que producteur canadien, quels types de projets peut-on avoir au Maroc ?

Certainement pas les même que les Américains. Nous les Québécois, tournons rarement des films pour lesquels nous avons besoin d'un désert (C.R.A.Z.Y. étant l'exception) ou de paysages “exotiques”. Pour ma part, il est certain que j'ai des plans de coproduction. Je pense à une intrigue qui se passerait entre le Canada et le Maroc. J'ai quelques concepts en chantier présentement et deux scénaristes qui travaillent sur un projet que je compte développer en 2008.

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L’un de ces projet concerne, je crois, la ville de Safi

C'est en effet, une option. Etant donné que je connais Safi, je voudrais, si l'occasion se présente, l’utiliser dans l'un des projets produits par ma société. Ce ne serait pas nécessairement tout un film, mais nous pourrions néanmoins y tourner de quelques scènes.

Vous pensez donc qu'elle a un potentiel cinématographique ?

On peut tourner un film n'importe où en autant que le sujet s'y prête. Cependant, Safi manque de visibilité pour les professionnels étrangers. Elle n’est pas un site qui s'impose comme une évidence, puisqu’elle n'a pas les paysages désertiques de Ouarzazate ou la médina d'Essaouira. Elle a malgré tout quelques atouts, dont des sites intéressants mais méconnus. Point de vue infrastructure, il y a des hôtels pour accueillir une équipe. Donc, je dirais que pour un producteur étranger, si rien n'empêche un tournage à Safi, rien ne l'attire non plus. Il faut nécessairement que le thème du film justifie le choix de lieu, ou bien il faut un attachement affectif particulier.

Y a-t-il des obstacles particuliers à la coproduction avec le Maroc ?

Comme je vous le disais, je travaille graduellement à un projet de coproduction. Cela me tient à cœur. Cela dit, les problèmes sont multiples. Il s'agit avant tout d'avoir un bon coproducteur. Il faut ensuite trouver le réalisateur marocain qui correspond au projet. Et finalement, reste encore le problème du réseau de distribution qui est, comme tout le monde le sait, en pleine crise au Maroc. Il est difficile de se lancer dans une coproduction quand on sait qu'un film n'aura presque pas d'impact dans l'un des pays de production. Mais, surtout, il est difficile de venir avec un projet tout prêt et de le coproduire au Maroc. Le système de coproduction marocain est particulier et favorise les projets marocains cherchant un coproducteur à l’étranger, mais handicape les projets non marocains.

Si je comprends bien, il y a les films marocains coproduits par des étrangers et les productions étrangères. Vous voudriez une troisième voie, un projet étranger coproduit par le Maroc ?

La plupart des pays qui ont un système de pointage qui favorise l’emploi de techniciens et d’artistes locaux dans la coproduction. Ils ont compris qu’ils en tiraient des bénéfices à la fois financiers et en termes de valorisation des compétences des professionnels nationaux. Le Maroc quant à lui impose, pour les coproductions officielles, que le réalisateur soit nécessairement marocain. C’est en soit bien normal que le CCM, qui donne l’aide financière, attribue le peu d'argent disponible à un réalisateur marocain. Mais, c’est un obstacle du point de vue du coproducteur canadien venant avec un projet tout prêt. Trouver un réalisateur d'origine marocaine ayant a une filmographie qui concorde avec le projet est plus difficile que d'engager quelqu'un que l'on connaît déjà. Les réalisateurs marocains ne sont pas encore assez visibles et connus pour rassurer les financiers canadiens qui vont investir dans la production.

Quelle est l'image du cinéma marocain dans le milieu de la production au Québec?

Durant les dernières années, il y a eu plusieurs très bons films marocains qui se sont illustrés à l'étranger et qui ont donné une visibilité au cinéma marocain. Récemment, au Canada, des films comme Les Yeux Secs et Marock ont trouvé leur public. D'autres films comme La Symphonie Marocaine, Les Jardins de Samira et d'autres ont été vus grâce à des événements comme Vue d'Afrique et le Festival des Films du Monde. Le dernier film d'Hassan Ben Jelloun Où vas-tu Moshé? (une coproduction maroco-canadienne) va bientôt sortir. On commence donc à voir des films marocains.

Peut-on donc espérer plus de coproductions avec le Canada ?

Le problème, c’est que le Maroc lui-même, en tant que lieu de tournage, est très peu connu pour l'instant. Personne, au Québec, ne sait que la scène palestinienne de C.R.A.Z.Y. a été tournée au Maroc. L'an denier, j'ai tenté d'organiser avec Monsieur Mohammed Belghiti une semaine de cinéma canadien à Casablanca. L'idée était d'inviter des producteurs canadiens à venir découvrir le Maroc et de faire une conférence sur les coproductions entre Marocains et Canadiens. Le projet est toujours en suspend et j'espère qu'on pourra organiser l'événement prochainement. Pendant ce temps, l'Algérie a demandé notre aide pour organiser un évènement similaire et il va avoir lieu à Alger en février. Mais j'ai toujours bon espoir que des projets communs se concrétisent au Maroc.
D’après vous, quelle stratégie le Maroc doit-il développer pour favoriser les contacts avec les producteurs étrangers ?
Il doit surtout être agressif dans sa démarche avec les marchés étrangers. La compétition est forte pour trouver les bons lieux de tournage. Le Maroc a déjà une très bonne réputation auprès des Américains qui tournent des films nécessitant le désert. C'est très bien, mais je crois qu'il devrait se faire plus de film avec le Maroc comme sujet (comme Babel). Je suis certains que si des réalisateurs étrangers découvraient le Maroc, ils seraient intéressés de créer des histoires qui s'y déroulent.

Un marché de coproduction serait une bonne idée aussi. Un peu comme Rotterdam et son Cinemart, le Producer's Network de Cannes et le PPP à Pusan en Corée du Sud. Je sais que le festival de Dubaï va organiser cette année un programme similaire pour les films arabes.

Ce n’est pas ce que fait le Festival de Marrakech ?

Le Festival de Marrakech est en effet une des clés du développement de la cinématographie marocaine. Cependant, c'est aujourd'hui surtout un festival d'image. Il faudrait qu’il devienne un festival d'industrie. Il ne suffit plus d'inviter, à grands frais, les vedettes, il faut inviter les acheteurs internationaux. Si les acheteurs viennent, les vendeurs vont suivre. Si les vendeurs viennent, ils vont vouloir montrer leurs films et la programmation du festival va en être enrichie. Si les vendeurs sont là, ils vont eux-mêmes payer pour faire venir les vedettes car ils en ont besoins pour leur promotion. Je suis certain qu'en trois ans, s'ils décident de créer un marché international, les acheteurs vont venir. Cela ne pourra qu'aider aux échanges entre les producteurs marocains et internationaux et promouvoir le Maroc comme lieu de tournage potentiel.

On vous verra bientôt au Maroc alors ?

Je l’espère ! J’ai hâte de produire quelque chose chez vous et surtout de faire connaître le Maroc à mes collègues canadiens.


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