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“Le problème des communicants, c’est quand ils sortent de leur rôle”

Publié le 06 mai 2011 par Davidme

les-gourous-de-la-com.1304686750.jpgConnaître les dessous des grands combats entre les capitaines d’industrie, découvrir les coulisses des stratégies politiques et voir comment la communication tente de faire l’agenda médiatique, voilà ce que permet, entre autres choses, le livre de Michaël Moreau et Aurore Gorius « Les Gourous de la Com’ » paru aux éditions de La Découverte.

Les auteurs ont mené une longue enquête et détaillent avec brio la façon dont les communicants ont pris de plus en plus de place dans le monde des affaires et dans le monde politique. Le livre fourmille d’informations exclusives et d’anecdotes croustillantes. On comprend enfin les tenants et aboutissants de certaines batailles industrielles et surtout, on apprend à connaître Anne Méaux, Stéphane Fouks et Michel Calzaroni qui sont les trois grands « gourous » de la com’ à la française. (Seul un article de Raphaëlle Bacqué, dans le Monde, NDLR ).
Le parti pris des auteurs est le récit circonstancié de la façon dont la communication a pris une place prépondérante. Le livre est très instructif, agréable à lire et réussit une belle prouesse : celui de montrer et de dire des choses sans donner de leçons. Un vrai boulot de journaliste ! Remarquable.

Rencontre avec l’un des deux auteurs, Michaël Moreau.

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Qu’est-ce qui t’a poussé à te lancer dans cette enquête ?
Michaël Moreau 
: Nous avions envie d’aller explorer une face cachée du pouvoir. Nous étions étonné qu’il n’y ait jamais vraiment eu d’enquête autour d’Anne Méaux, Michel Calzaroni, et Stéphane Fouks qui sont les trois communicants les plus influents de Paris. Or, ce qui nous interpellait c’était que malgré leur influence toujours plus grande, ils n’étaient jamais cités. Surtout, nous voulions décrypter leurs personnalités, leurs façons de fonctionner, et les mécanismes qu’ils mettent en place pour « vendre » leurs clients, entreprises ou politiques.

L’enquête a été facile ?
M.M :
Oui et non. Nous avons travaillé pendant deux ans, un an pour défraîchir le sujet et trouver le bon angle et un an pour rencontrer 80 personnes et écrire. Certains ont été très faciles à rencontrer – cela fait partie de leur personnalité. C’est le cas de Fouks ou Calzaroni par exemple. Anne Méaux a été plus difficile à convaincre, mais quand elle a vu que nous avions bien avancé l’enquête et parlé à des gens de son entourage, elle a finalement accepté de nous recevoir. Anecdote : Ramzi Khiroun (Porte-parole du groupe Lagardère et conseiller de DSK) nous a donné plusieurs rendez-vous et nou s a posé des lapins à chaque fois. Et ce, alors même que nous étions en bas de son bureau…

De quand date cette montée en puissance des communicants dans les entreprises et dans la politique ?
M.M :
Les choses ont réellement changé dans les années 80 sous la conjonction de plusieurs facteurs. La télé a pris de plus en plus de place et les années 80 synonymes de fric ont favorisé le croisement des carnets d’adresse politiques et économiques. Des mondes hier cloisonnés, ce sont rapprochés sous l’influence des communicants. Et puis, c’est l’époque où le capitalisme s’est fait bien voir avec les premières sagas à la télé. Les patrons ont du apprendre des techniques. Les communicants les ont aidé.

Vous avez choisi de ne pas faire d’analyse, mais de donner des faits, du récit…pourquoi ce choix ? N’affaiblit-il pas le sous titre du livre « 30 ans de manipulation » ?
M.M :
Nous ne voulions pas être donneurs de leçons donc nous avons décrypté, détaillé et raconté les différentes méthodes des communicants dans les champs politiques et économiques. Le problème de la communication, c’est quand ceux qui la font sortent de leur rôle et quand la communication devient autre chose. C’est à dire quand un communicant décide de la stratégie d’une entreprise ou d’un politique ou quand un patron ou un politique donne trop de pouvoir à ces communicants.

Il y a deux versants dans le livre. La com’ politique et la com’ des affaires. Sont-elles différentes ?
M.M 
: Les techniques sont les mêmes. C’est le travail des journalistes qui est beaucoup plus compliqué sur les questions économiques que sur les questions politiques. La place prise par la communication dans le monde de l’entreprise a figé complètement l’investigation économique qui est désormais ultra-difficile. En politique, les choses sont différentes. Il est toujours possible pour un journaliste de nouer une relation personnelle avec un politique, ce qui lui permettra d’avoir des infos. C’est aujourd’hui beaucoup plus dur avec les patrons.

Il y a -t-il une com’ de droite et une com’ de gauche ?
M.M :
La grosse différence c’est que la droite assume totalement le fait de faire de la communication. Et ce, encore plus depuis 2007 avec l’élection de Nicolas Sarkozy. Nous révèlons dans le livre que plusieurs leaders de droite (Bertrand, Yade etc…) vont même jusqu’à demander conseil à Nicolas Sarkozy pour mieux communiquer. A gauche, on n’assume pas. Il n’y avait pas de directrice de la communication au PS sous François Hollande. En fait, chaque leader a ses « gourous » et chacun élabore son propre message. Cela contribue d’ailleurs à la confusion des prises de paroles socialistes. Il faudrait trouver un juste milieu.

Dernier point : comment les journalistes peuvent-ils résister à la communication ?
M.M 
: C’est compliqué. Il faut recouper toujours plus. Se méfier des « fumigènes » qui sont des techniques qui consistent à lancer des idées pour cibler une catégorie de l’électorat par exemple, sans que cela soit suivi des faits. Se méfier aussi de la relation avec les communicants qui sont toujours prompts à distiller des infos -vraies et fausses – pour « vendre » leurs clients. Enfin, il faudrait sortir aussi des relectures d’interviews. Les anglo-saxons ne le font pas. Les journalistes devraient faire front pour tenter d’inverser le rapport de force.



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