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La plus belle école du monde : le Cours Sainte-Marie de Hann à Dakar.

Par Alaindependant

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 Le Cours Sainte-Marie se situe à Dakar, dans le quartier de Hann (partie Nord de la ville).

C’est un établissement scolaire catholique du diocèse de Dakar, fondé en 1949 par le Vicaire Apostolique pour toute l’Afrique Occidentale française. Le but était de permettre aux enfants sortant des écoles primaires des missions catholiques de suivre des études ailleurs qu’aux lycées publics de Dakar. La construction de l’établissement fut confiée à des maristes français qui l’implantèrent dans la baie de Hann.

Depuis 1960 et grâce au soutien du Président de la République Monsieur Léopold Sédar Senghor et du Premier ministre de l’époque Monsieur Abdou Diouf, le CSM présente deux filières d’enseignement : le programme sénégalais dépendant de l’éducation nationale sénégalaise et le programme français dépendant de l’éducation nationale française. Ces deux filières sont présentes de l’école maternelle au secondaire et ont adopté les cycles français.

L’enseignement secondaire se partage donc entre le collège (d’une durée de quatre ans, soit les 6e, 5e, 4e et 3e années) et le lycée (d’une durée de trois ans, soit les 2e et 1ère années ainsi que la terminale). L’établissement se compose de quatre bâtiments et se divise en neuf préfectures. Aux enseignements maternel, primaire et secondaire regroupés sur un site unique, s’ajoute un enseignement supérieur associé (et accolé) au Cours Sainte-Marie de Hann : l’IMES (Institut Mariste d’Enseignement Supérieur).

Une seule directrice, une Française, Marie-Hélène Cuénot, est à la tête de cet établissement, épaulée par un comité de direction et neuf préfets responsables de leur préfecture.

Pour l’année académique 2010-2011, l’établissement compte environ 4500 élèves (dont environ 2420 en secondaire) et 220 enseignants de la maternelle au secondaire (dont environ120 au secondaire), ainsi que 310 membres du personnel administratif et technique qui assurent la maintenance, l’entretien, le transport, la restauration, la surveillance,l’administration, la gestion, etc. : aucun service n’est externalisé.Enfin, nous pouvons souligner que le Cours Sainte-Marie de Hann est le seul établissement scolaire à ce jour à avoir reçu le prix UNESCO de l’éducation à la paix, en 1991.


 

1. Le projet éducatif 

Le projet éducatif disponible sur le site de l’établissement est divisé en trois sous-parties :

-L’établissement d’aujourd’hui : l’ouverture à la mixité sociale, culturelle et religieuse y est mise en avant.

 -Le projet éducatif mariste : il reformule ce que signifie « être mariste en éducation ». Il parle alors de « travailler à la manière de Marie », d’« être citoyen du monde en marche vers la Promesse de l’Universel », de « tout accueillir sauf ce qui empêche degrandir ».

-Le projet éducatif du Cours Sainte Marie de Han : il débute sur la volonté d’« instruire, former et éduquer tous les enfants, sans discrimination aucune et le plus complètement possible ». Nous y retrouvons les valeurs d’égalité (donner une « chance égale à tous les élèves et compenser les handicaps, notamment ceux d’origine sociale »), de justice (« sens de la communauté du partage pour un monde plus équitable »), ainsi que d’ouverture à l’extérieur (« ouvrir l’école sur la vie par des échanges avec l’extérieur »), de paix, de dialogue, d’enrichissement mutuel, de démocratie, de patrimoine culturel, de respect « des religions [...] et [de] la diversité des attentes spirituelles », d’épanouissement personnel, de confiance et de recherche personnelle.

De ce court projet éducatif, nous retenons surtout l’ouverture religieuse et culturelle offerte, revendiquée et recherchée au CSM ainsi que lalutte contre la discrimination et contre le racisme. Enfin, l’école manifeste son ambition démocratique. Néanmoins, il s’agit plus d’une énumération de valeurs que d’un projet éducatif en tant que tel. C’est pourquoi nous avons recouru à un autre texte rédigé et prononcé en 2009 par la directrice actuelle de l’école à l’occasion d’un colloque au CUCDB à Dijon.

2. Le document de M.-H. Cuénot « Vivre une culture de la paix en éducation . Le Cours Sainte-Marie de Hann au Sénégal »

Ce document développe uniquement le projet d’éducation à la paix de l’établissement.

-L’école accorde une place significative à diverses traditions culturelles et religieuses dans tous les programmes scolaires, dans le matériel pédagogique, dans le calendrier des fêtes et dans la décoration de l’école.

Le Cours Sainte-Marie de Hann est une école catholique dont le projet éducatif est l’éducation à la paix et l’ouverture à la mixité sociale, culturelle et religieuse. La directrice définit le projet d’éducation à la paix comme « une qualité du vivre ensemble ». Vivre la diversité pour affronter les mixités du monde contemporain.Cet établissement accorde effectivement une place largement significative aux diverses traditions culturelles et religieuses. Cela apparaît dans la majorité des aspects de la viescolaire du CSM que le texte répertorie. Nous les reprenons ci-dessous.

Les nationalités et religions représentées, tout d’abord. Sur les 4500 élèves de l’établissement, 68 nationalités sont représentées ainsi que 10 religions avec 65 % de musulmans, 30 %de catholiques et 5 % d’autres religions.

Les programmes scolaires, ensuite. Les deux filières d’enseignement, française et sénégalaise, engendrent un « biculturalisme pédagogique et éducatif ». De ce fait, « les enseignants vivent ensemble et s’enrichissent mutuellement des différences de programmes, de méthodes pédagogiques, de cultures éducatives, de rapports à l’autorité, de statuts et de salaires ». Le cas particulier du cours de religion témoigne clairement de cette volonté d’ouverture religieuse et culturelle. Au début de l’enseignement, les élèves ont le choix entre un cours de religion catholique, puisqu’il s’agit d’une école catholique, et un cours de morale. Mais à partir du Lycée, ce système n’est plus satisfaisant et évolue donc en une même formation pour tous dont l’objectif est de connaître les fondements des grandes religions, d’approfondir l’Islam et le christianisme, afin d’instaurer un meilleur dialogue entre catholiques et musulmans.     

Le calendrier pédagogique également. La directrice souligne que « toutes les fêtes religieuses sont des journées chômées qu’elles soient musulmanes ou catholiques » même si   « les fêtes musulmanes ne sont pas célébrées dans l’école et [qu’] il n’y a pas d’arrêt de travail pour les temps de prières musulmanes » (« Si des parents musulmans choisissent une école catholique, c’est plus pour son éducation ouverte au religieux que pour avoir un enseignement de la religion musulmane. »). Elle ajoute qu’un catholique connaît nécessairement les pratiques de la religion musulmane et inversement. Mme Cuénot cite alors une série d’exemples illustrant ce dialogue religieux : les réunions de l’école commencent par un « Je vous salue Marie » (Marie étant une référence commune aux deux religions) ainsi que par une prière musulmane ; lors des célébrations chrétiennes, des tapis de prières sont installés sous un préau pour que les musulmans puissent prier au même moment ;une fête commune est également célébrée le 20 décembre (la Saint Abraham) où tous sont réunis pour une grande célébration donnée conjointement par un imam et un prêtre.

La décoration de l’école, enfin. L’environnement de l’école est décrit comme exceptionnellement artistique et spirituel, toujours dans cet esprit d’ouverture culturelle et religieuse : dans la chapelle, par exemple, d’immenses fresques dédiées à Marie ont été conçues et réalisées par un artiste musulman ; un parrain de la paix a été attribué à chaque classe. En bref : « Un effort tout particulier a été fait pour décliner le projet éducatif dans tous les espaces de l’établissement ».

Mme Cuénot insiste sur l’ « alchimie particulière du Sénégal » (pays d’accueil, de la  Téranga81, de passage et brassage culturel, ethnique et religieux) pour expliquer l’adéquation et la réussite d’un tel projet éducatif de paix : « Le Cours Sainte-Marie de Hann a mis en valeur les qualités de son environnement et en a tissé un projet éducatif autour d’une culture de la paix ».

- L’école se donne une politique de lutte contre la discrimination et le racisme élaborée conjointement par la direction et tous les membres du personnel.
Il n’y a pas de mention explicite d’une politique de lutte contre le racisme et contre la discrimination, dans le sens où ces mots ne sont pas évoqués tels quels, mais le projet éducatif du CSM axé sur la paix et la mixité tant culturelle, sociale que religieuse ne laisse aucun doute sur ce critère : la lutte contre le racisme et contre la discrimination fait partie intégrante du projet éducatif de l’établissement.


 
3. Le site internet

Le site du CSM présente une très belle structure et offre tous les renseignements pratiques utiles aux parents, élèves, professeurs et autres visiteurs.

De ce fait, le site témoigne de la volonté de l’école de collaborer avec les parents dans son fonctionnement : il leur offre la possibilité de se maintenir au courant de tous les événements célébrés à l’école et de les vivre en différé via les nombreuses photos et vidéos affichées.

De nouveau, l’ouverture à la diversité culturelle etreligieuse est maintes fois attestée sur le site. Un bref coup d’œil sur la page des actualités suffit à comprendre l’esprit d’ouverture dans lequel s’inscrit chacune des activités et festivités célébrées dans l’école : semaine de la Paix, Journée de la Femme, Journée mondiale du Sida, Halloween Day, Mardi Gras, célébration islamo-chrétienne, etc. Le tout illustré par de nombreuses photos en couleurs.

Dans la rubriqueVie scolaire, on retrouve une quarantaine de clubs − activités extrascolaires − proposés aux élèves de tout âge et balayant une multitude de centres d’intérêts et d’apprentissages, du sport à la musique en passant par les langues, l’art, la culture et l’édition. Il existe même un club de la francophonie et un autre de l’Unesco. 

Enfin, le site présente un projet culturel phare : le « Globe Espérance » qui consiste en un partenariat avec trois autresécoles francophones du Québec, de France et de Belgique autour d’un projet d’échanges culturels et de dialogues universels.

  

4. Environnement de l’école et des classes

La décoration de l’établissement en général participe indéniablement à donner une place à diverses traditions culturelles et religieuses. Il y a des fresques et des sculptures disposées partout dans le site de l’école et ce, toujours dans un esprit d’ouverture culturelle et de paix (« les Ailes de l’Espérance », une gigantesque sphère terrestre, la tour « Philosophy Power », un monument en hommage à Nelson Mandela, ...). Des drapeaux du monde entier flottent chaque jour dans la cour de récréation. Chaque passage porte un nom (Avenue de la Liberté, Place des Droits de l’homme, Carrefour des civilisations, Avenue de la justice, etc.). Sur les murs, figurent des citations philosophiques et engagées. Chaque classe a un parrain artisan de la paix (dont le nom est écrit au-dessus de la porte du local) qu’elle doit présenter et honorer lors de la semaine de la paix annuelle. Bref, un environnement explicitement et vivement orienté vers la mixité et l’ouverture culturelle et religieuse.

Dans les classes, il y a des tableaux de peintres sénégalais, mais le décor est plus sobre et les peintures défraichies.L’école est relativement bien équipée en matériel informatique et photocopieuses, même si tout ce système dépend des aléas de l’électricité, coupée parfois pendant des heures et contrariant toute manipulation. Les bibliothèques sont bien entretenues, organisées et offrent de bons services.

À toute heure du jour, l’on croise des dizaines d’ouvriers, peintres ou techniciennes de surface vêtus d’une salopette bleue ou d’un tablier, occupés à entretenir l’immense école. Ils sont tous employés par l’école et logés en son sein.

Par ailleurs, d’après des critères purement physiques, l’on peut facilement remarquer la diversité culturelle et religieuse régnant dans le corps professoral tout comme parmi les élèves. La couleur de la peau − noire, blanche, basanée − en témoigne : il y a beaucoup d’Occidentaux au sein des professeurs même si la majorité sont Africains (Sénégalais pour la plupart). Les tenues vestimentaires sont aussi là pour rappeler les diversités culturelles (boubous, djellabas − beaucoup plus rares −, vêtements à la mode occidentale, ...).

Nous avons également remarqué, affichés dans un couloir, les résultats des élèves de dernière année au « bac blanc ». Les scores étaient très bons et frôlaient une réussite totale ; un message d’encouragement au « 100 % de réussite » les accompagnait. Cela montre l’ambition d’une réussite de tous les élèves. Reste à analyser si des moyens efficaces sont mis en place pour y arriver effectivement.

Enfin, les élèves du CSM ne peuvent sortir sur le temps de midi que sur autorisation parentale. La sortie en cas de suspension de cours est, elle, formellement interdite. Les risques en tout genre inhérents à toute ville-capitale suffisent à expliquer cette décision. Des gardes sont postés aux différentes sorties et surveillent attentivement les allées et venues de chacun. C’est pourquoi, de la nourriture est en vente en plusieurs endroits, en qualité, quantité et variété dans l’enceinte de l’école. Des bus scolaires sillonnent en outre les rues de Dakar matin et soir pour véhiculer un maximum d’élèves.

 

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Atmosphère générale 

Nous avons noté une atmosphère très détendue, accueillante et agréable dans l’enceinte de l’école. Entre eux, les différents professeurs se saluent longuement dans les couloirs, prennent le temps de se parler et de prendre des nouvelles de chacun. De même, élèves et professeurs se serrent parfois la main, se saluent chaleureusement. Cette cordialité contraste avec l’autorité parfois froide et sévère des enseignants en classe. Comme si le respect de la hiérarchie et de l’autorité, que nous avons jugé très présent au Sénégal, ne prenait effet que dans la classe et s’estompait une fois en dehors.

Par ailleurs, nous avons constaté que, en dehors des salles de classes, tous – exceptés les expatriés français et d’autres nationalités – se parlent dans leurs langues nationales. Ainsi, le français reste strictement une langue officielle d’enseignement, de l’administration, etc. et n’est en aucun cas devenu la langue vernaculaire des Sénégalais. En ésulte un contraste flagrant entre le français utilisé de manière formelle en classe et le wolof ou d’autres langues nationales employées dès que s’installe une situation de convivialité.

Le contexte sénégalais 

Ainsi que le prônait la directrice de l’école dans son discours prononcé au colloque de Dijon en 2009, le Sénégal offre une « alchimie particulière » qui autorise un projet éducatif fondé sur l’éducation à la paix et la mixité culturelle et religieuse. Dans ce pays, cohabitent 90 % de musulmans, 5 % de catholique, 5 % d’autres religions et presque tous conservent un fond d’animisme. Toutes ces croyances semblent coexister, sans heurts. Ce contexte de tolérance nous l’avons aussi ressenti à plusieurs reprises durant notre séjour à Dakar. Nous avons assisté, au Cours Sainte-Marie, à une célébration islamo-chrétienne donnée conjointement par un imam et un prêtre. Les élèves musulmans, catholiques et autres assistaient ensemble à la cérémonie, écoutant et priant alternativement la Bible et le Coran. Nous avons également entendu dire que, lors de la fête de la Tabaski, un des professeurs du Cours Sainte-Marie invite les pères et les sœurs maristes ainsi que des professeurs et autres employés de l’école à partager le mouton sacrifié. Ce Sénégalais accueille donc catholiques et musulmans à célébrer, ensemble, une fête musulmane. Il n’est pas rare non plus de rencontrer des couples mixtes, réunissant un catholique et un musulman.

En bref, le contexte de tolérance exceptionnel que l’on retrouve au Cours Sainte-Marie s’inscrit dans un contexte culturel national très tolérant, également. La téranga sénégalaise −dont nous avons du reste fait l’expérience quotidiennement − est sans aucun doute pour beaucoup dansla réussite de ce brassage culturel et religieux.

Alice Croquet, master en langues et littératures françaises et romanes de l’UCL.

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Crédit photos

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 Dans un article sur ce blogue notre ami Luc Collès avait déjà évoqué la plus belle école du monde


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Par Mariétou Diallo
posté le 30 octobre à 01:53

L'école de ma jeunesse , Les Cours Sainte-Marie de Hann !!!!! Que de bons moments passés dans cette école.