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Troisième âge

Publié le 16 juin 2011 par Jlhuss

Paradis_bosch_1 C'était si simple, souvenez-vous.
Le monde avait six mille ans. Dieu l'avait créé en cinq jours : la lumière et la nuit, la terre et l'eau, les plantes et les bêtes. Et le sixième jour, dans ce beau décor, il avait placé son chef d’œuvre, l'homme. Et près de lui la femme, pour que l'homme eût à qui parler.
Le septième jour Dieu s'était reposé, comme un artisan satisfait. Puis il était parti, jamais bien loin, l'homme et la femme et toutes les créatures vivaient sous son regard.
Bien sûr, il y avait des déconvenues, des colères et des punitions. C'étaient des querelles de famille unie : qui aime bien châtie bien ; les réconciliations ne tardaient guère. Et pendant six mille ans et quelques siècles, le Père éternel eut bon an mal an plaisir à voir croître sa descendance, dans la belle maison verte et bleue qu'il lui avait léguée.
Tout était pour nous. Les feuilles, le bois, la pierre et l'eau, les chairs, les peaux, la flamme, le mouvement des marées, des astres. Nous étions les princes du domaine . Les douleurs mêmes avaient un sens, les fureurs, les fléaux, les orages, les déluges du ciel et le feu des entrailles du monde. Dieu avait en tout ses raisons.
Quelle enfance enchantée nous aurons eue !

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Puis on a trouvé que cela était faux, que nous vivions depuis toujours dans l'illusion.
Le Père si proche, que nous aimions, redoutions, admirions ; à qui nous rendions grâce de ses bontés, justice de ses colères ; ce "père" n'était plus là depuis très très longtemps -des milliards d'années-, géniteur improbable, évasif, amnésique, si peu comptable de ses ensemencements qu'on le soupçonnait d'avoir des fils naturels dans tous les coins de l'univers. Nous étions nés non de sa bienveillance mais de son explosion, après bien des avortements, et nos cousins grimpaient encore aux arbres. Le "jardin", nous l'avions conquis dans l'horreur, contre la griffe et le croc. Surgis par accident, nous finirions de même, et personne pour en pleurer ni en rire.
Des orphelins sur une île ... Oui, mais lucides, sans autre conte à croire que de Raison ; mais libres, sans autre compte à rendre qu'à nous-mêmes. Plus de rêveries consolantes, plus de Jugement délégué, plus de Royaume ambigu. Plus de douleurs que biologiques et nous savons les soulager de mieux en mieux. Le mal, le bien sont ce que nous voulons au gré des saisons. L"âme" se disperse avec le souffle, ne quitte pas le jeu matériel : nous revivons dans les plantes et dans l'air.
Quelle ardente maturité !

Et notre vieillesse, quand faudra-t-il l'écrire ? Comment savoir si elle a commencé ?

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Arion

"Le Bonheur m'épuise"

[1ère publication le 14 décembre 2005]


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