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Le Rdpc et son quintuple…

Publié le 22 juin 2011 par 237online @237online


Le Rdpc et son quintuple… On le savait déjà. Depuis quelque temps le parti présidentiel, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) occupe largement l'espace politique national. Une mobilisation de « tous les instants » considérée par des militants
et sympathisants de cette formation politique comme un moyen de rester proche des populations, ce que d'autres acteurs politiques ainsi que des analystes décrivent plutôt comme une orgie du parti au pouvoir. Au-delà de « l'animation » de l'espace politique, cette mobilisation du Rdpc démontre visiblement que « le parti de la majorité responsable » est décidé à rester maître du jeu politique. Pour cela, le Rdpc se donne le moyen de ses ambitions dont la ligne conductrice repose sur quelques points d'ancrage.

Les motions de soutien. C'est sans doute le registre dans lequel le parti présidentiel excelle le plus. Qu'il y ait meeting politique ou pas, les Camerounais qui ont le courage de lire, de regarder et d'écouter les médias de service public sont inondés par la volumineuse page consacrée à la lecture ou à la publication des motions de soutien et de déférence implorant le président de la République et président national du Rdpc à se présenter à l'élection présidentielle d'octobre prochain. L'homme d'Etat qu'on dit sensible à ces « appels du peuple » reste pourtant de marbre comme une carpe, ses partisans ou ceux qui s'en réclament reviennent interminablement à la charge, déclamant la même rengaine obséquieuse et pleine de démagogie. Même la publication de plusieurs volumes de motions de soutien sous forme de livres sous-titrés « L'appel du peuple » n'a pas encore réussi à sortir le président national de sa réserve, le prince préférant se délecter de cette pitoyable comédie, sans doute au courant que parmi ceux qui, publiquement, revendiquent le plus sa momification au pouvoir, ils sont nombreux qui ne lui souhaitent pas forcément du bien. Conséquence, les griots de service et autres moutons de panurge attendent toujours le fameux « je vous ai compris » de Paul Biya.

Le congrès. Qu'il soit ordinaire ou extraordinaire, le congrès du Rdpc se fait éternellement attendre. Normal, le grand camarade qui imprime la marque du parti, n'a sans doute pas la même préoccupation que ceux qui s'activent pour faire leur entrée au Comité central ou au Bureau politique. C'est tout naturellement que quinze ans après le dernier congrès ordinaire du parti contrairement aux textes qui prévoient un tous les cinq ans, Paul Biya n'a pas senti la nécessité d'organiser un congrès. L'attente risque même d'être longue, car, à moins de fouler de nouveau aux pieds ses propres textes, on voit mal comment le Rdpc sera en congrès ordinaire, quatre mois avant la prochaine élection présidentielle. Du coup, le seul congrès que les militants sont en droit d'espérer est la tenue du congrès extraordinaire dont l'unique objectif est l'officialisation de la candidature de Paul Biya à la prochaine élection présidentielle et pas de quelqu'un d'autre. C'est dire si tous ceux qui fourbissent leurs armes dans les coulisses n'ont qu'à bien se tenir, tant il est vrai que pas un moindre geste de Paul Biya ne démontre que l'actuel chef de l'Etat soit prêt à abandonner le pouvoir.

L'ingérence étrangère. En attendant l'élection présidentielle ou encore l'organisation du congrès qui validera la candidature de Paul Biya, le Rdpc qui n'est pas aussi serein que le prétendent ses dirigeants voudrait en découdre avec l'étranger. La déclaration du secrétaire général du Comité central, selon lequel ceux qui prétendent diriger le Cameroun ne doivent pas chercher leur légitimité de l'étranger – ce qui est du reste vrai -, est loin d'être une simple boutade. En réalité, le Rdpc qui sait que le Cameroun ne vit pas en vase clos, n'est pas épargné par la vague de soulèvements sociopolitiques qui s'abat notamment sur le Maghreb, et sait que les germes de ces soulèvements peuvent contaminer le Cameroun. Et lorsqu'on sait que la communauté internationale, tout au moins, les dirigeants des pays qui font office de deux principales puissances diplomatiques du monde actuellement, en l'occurrence, les Etats-Unis et la France, ont publiquement montré leur aversion vis-à-vis des chefs d'Etat qui s'éternisent au pouvoir. Aussi craint-on que le Cameroun, ou tout au moins son principal dirigeant, puisse subir le diktat de la communauté internationale. Du coup, le parti présidentiel « conscient du danger », multiplie les appels au patriotisme des Camerounais.

Le nationalisme. Habitués à un discours aérien et essentiellement dithyrambique envers le président de la République et président national du Rdpc, les militants du parti présidentiel n'ont jamais aussi fait preuve de leur « nationalisme » que lorsque le grand timonier semble en difficulté. Et Dieu seul sait si le contexte sociopolitique international de l'heure est incertain, y compris pour des dirigeants ayant décapité l'opposition politique. C'est sans doute pour mieux exprimer ce nationalisme des Camerounais que la hiérarchie du « parti des flammes » a décidé de se déporter à Eséka, ville où repose celui qui a le plus incarné ce nationalisme, Ruben Um Nyobé. Aussi curieux que cela puisse paraître, le Rdpc qui appelle les Camerounais à s'inspirer du nationalisme de l'ex-emblématique secrétaire général de l'Union des populations du Cameroun (Upc) tué en 1958 par les forces coloniales et leurs suppôts camerounais, n'a rien fait de concret pour que ce héros national ait une place au Panthéon de l'histoire. Combien de livres inscrits aux programmes scolaires parlent de Ruben Um Nyobé et des autres illustres compatriotes connus et anonymes qui ont payé de leur vie pour l'émancipation du Cameroun et des Camerounais ? Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'à l'ingrat, il faut répondre par l'ingratitude. Nos concitoyens qui aiment leur pays dans leu majorité, ne sont pas prêts à vendre le pays aux étrangers. Voilà la seule chance qui peut sauver le pouvoir actuel d'un dictat de l'étranger et non une mise en scène peu inspirée du Rdpc.

L'élection. La finalité de tout le tintamarre observé depuis quelque temps réside en la reconduction de Paul Biya à la magistrature suprême. L'homme qui se fait plutôt discret, semble attendre le bon moment pour sortir du bois et se présenter aux Camerounais comme le « meilleur choix ». L'attente ne devrait plus être longue, l'élection présidentielle n'étant qu'une question de temps pour un rendez-vous électoral qui devrait, sauf coup de tonnerre, être marqué par un plébiscite de Paul Biya pour un autre bail de sept ans à la tête du pays.


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