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L’Évangile selon Zizek

Par Alaindependant


Fragile absolu. Pourquoi l’héritage chrétien vaut-il d’être défendu ?
de Slavoj Zizek. Éditions Flammarion, 2008.



Troubler les idées reçues et autres conformismes revient aux philosophes.
Dans Pourquoi l’héritage chrétien vaut-il d’être défendu ?, Slavoj Zizek s’oppose
frontalement au réquisitoire libéral ou libertaire archi-usé qui identifie « un
messianisme commun au christianisme et au marxisme » et qui ramène les partis
communistes à des sectes religieuses sécularisées. Pour lui, cet argument ne
s’applique qu’à « un marxisme dogmatique, sclérosé et aucunement à son noyau
émancipateur ».
À la suite du décisif Saint Paul, la fondation de l’universalisme d’Alain Badiou (1),
Slavoj Zizek remet les choses à l’endroit : « Au lieu d’adopter cette position défensive
qui laisse à l’ennemi le choix du lieu de l’affrontement, avance-t-il, il s’agit d’inverser
la stratégie en assumant pleinement ce dont on est accusé : oui, le marxisme est dans
le droit fil du christianisme ; oui, le christianisme et le marxisme doivent combattre
main dans la main, derrière la barricade, le déferlement des nouvelles spiritualités.
L’héritage chrétien authentique est bien trop précieux pour être abandonné aux
freaks intégristes. »
Voici donc pleinement reconnu ce que Pasolini s’est littéralement tué à
nous dire.
Paul, le constructeur du christianisme, l’un des tout premiers théoriciens de
l’universel, « a désiré détruire de façon révolutionnaire un modèle de société fondé
sur l’inégalité sociale, l’impérialisme et l’esclavage » (Badiou).
C’est la raison pour laquelle, prévient Zizek, on fait fausse route à vouloir opposer le
message originel des Évangiles à une prétendue trahison par le fondateur de l’Église,
de la même manière qu’en opposant le premier Marx à la « sclérose » léniniste. Car
c’est bien l’action de Paul qui a permis de fonder théoriquement le message
révolutionnaire chrétien, par ce « geste inouï qui est de soustraire la vérité à l’emprise
communautaire, qu’il s’agisse d’un peuple, d’une cité, d’un empire, d’un territoire ou
d’une classe sociale » (Badiou).
C’est ce qu’avaient compris les contre-révolutionnaires de 1789 ou bien Nietzsche, qui
nourrissait une véritable haine de l’universalisme paulinien : « Le poison de la
doctrine des droits égaux pour tous, c’est le christianisme qui l’a répandu
le plus systématiquement. »
Mais aussi les nazis qui virent dans les chrétiens « les bolcheviks de l’Antiquité ».
Que le résistant Louis Aragon opte pour « une conception de l’homme que
peuvent avoir le communiste et le chrétien, mais le nazi jamais » n’incite-til
pas les progressistes à considérer le christianisme autrement que comme une
vieillerie à odeur d’encens mais comme un trésor configurateur d’émancipation
humaine ?
C’est bien l’objet de l’ouvrage de Slavoj Zizek qui, s’appuyant notamment sur la
psychanalyse, engage à un effort de connaissance de la subversion contenue dans le
christianisme afin de mieux appréhender et peut-être faire vivre celle portée par le
communisme.
Que des philosophes comme Slavoj Zizek et Alain Badiou participent, par leurs
travaux, à la reconquête théorique de la pensée émancipatrice, sans qu’il soit besoin
pour cela de partager toutes leurs analyses, ne peut que convier les militants à
la très salutaire exigence intellectuelle.


(1) Saint-Paul. La fondation de l’universalisme, par Alain Badiou. Éditions des
Presses universitaires de France,1997.


Valère Staraselski, écrivain.


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