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Fête de la Musique avec Bee Jazz à Paris

Publié le 22 juin 2011 par Assurbanipal

Fête de la Musique

Soirée Bee Jazz 

Foyer du Théâtre du Châtelet 

Paris. Mardi 21 juin 2011 .20h

Guillaume de Chassy : piano

Puis

 

Antonin Tri Hoang : saxophone alto, clarinette basse

Benoît Delbecq : piano

Puis

Edwin Berg : piano

Eric Surmenian : contrebasse

Fred Jeanne : batterie

Guillaume de Chassy a joué. Pendant ce temps, je lisais « Guignol’s Band » de Céline. Ca swingue bien plus.

Duo Antonin Tri Hoang /Benoît Delbecq.

Sax alto pour commencer. Son rêveur, lunaire du piano. Le sax souffle et souffre. Jolie mélodie en sourdine, en arrière plan du piano. Le sax alto sonne comme une flûte. Il y a de la maîtrise, une recherche sonore. Cela vient par vaguelettes, avance, se retire. Ils font exprès de retenir la mélodie, l’émotion. Ne pas se livrer surtout. Nous donner faim de plus encore. C’est un peu de l’exercice de style mais de très haute volée. Antonin utilise des claquements de langue, des bruits de clefs qui s’ouvrent et se ferment. Ca illustrerait bien une scène de cauchemar sournoise et inquiétante. Indéniablement, c’est original.

Morceau plus vif joué à deux ensemble au lieu de deux mélodies séparées comme le précédent. Très grande maîtrise technique mais en même temps il y a de l’émotion, du discours et pas de bavardage. A travers la fenêtre, je vois au dessus des arbres des baux nuages gris qui découpent des tranches de ciel bleu pâle. Le soir descend. La musique l’accompagne dans sa chute lente. Solo de piano en trilles douces. Le sax revient, danse comme un patineur. Quels signes ésotériques écrit-il sur la piste ? Ca chante comme un oiseau qui sait que l’été a une fin. Benoît Delbecq stimule à merveille ce jeune talent qui a déjà son fan club. Je le vois assis à côté de moi.

Benoît lance une phrase lente. Le sax alto devient corne de brume, porte de château hanté. Ca ne swingue pas un cachou mais il faut reconnaître que c’est beau, frais, neuf. Clarinette basse maintenant. Le son de corne de brume est encore plus net. Le piano, lui, chante une chanson douce et folle. Retour au sax pour une plainte sourde entrecoupée de brèves agitations. Belle pompe funèbre du pianiste. Retour à la clarinette basse. Concours de grave. Ces gars là aiment les ambiances éthérées. Partis comme ça, ils ne sont pas prêts d’être recrutés par Prince.

Piano et sax en fusion. Certains spectateurs s’en vont. C’est étonnant de voir à quel point la liberté peut encore faire peur à Paris en 2011. Dans le ciel, les nuages se recomposent laissant apercevoir de plus larges tranches de ciel bleu. Clarinette basse puis sax alto. Ce jeune homme aime varier les sensations entre grave et aigu. Il n’en est pas encore à jouer les notes aigues à la clarinette basse et les notes graves au sax alto mais je l’en sens capable. La musique est écrite. Ils lisent leurs partitions. Le matériau de base est plus complexe que les standards du Jazz. Le théâtre du Châtelet est une bonbonnière Second Empire tout en moulures et en dorures, paré, maquillé comme la « Nana » de Zola. Cette musique épurée, libre, raffinée, ultra civilisée s’y inscrit bien. Elle glisse, gracieuse comme des cygnes sur l’eau. Benoît fait sonner son piano comme une grande boîte à musique. C’est amusant.

Chants complices du piano et de la clarinette basse. Ils sont excellents dans l’ambiance éthérée, en demi teinte mais sont-ils capables de jouer vif, joyeux, dynamique bref d’élargir la palette des couleurs et des émotions dispensées ? En tout cas, le public est conquis et pas seulement le fan club d’Antonin Tri Hoang.

RAPPEL

Joli chant du sax alto comme une flûte fluide. Le piano, lui, coule de source. Un morceau tempétueux, vif justement mais toujours dans une ambiance sombre. La pleine lumière n’est pas leur affaire. Dont acte. C’est beau mais ce sont toujours les mêmes couleurs, entre gris clair et gris foncé.

ENTRACTE

Trio d’Edwin Berg

Chacun pose ses notes en douceur, à l’écoute. Le batteur est aux balais. C’est une ballade. Un vrai tapis persan moelleux et chamarré. Ca vibre, ça caresse, ça masse. Ca c’est du Jazz, classique, bien touché, avec de l’émotion, de la retenue. Le ciel a pris sa couleur bleu nuit. La musique aussi.

Retour aux baguettes. Un morceau vif, pêchu, chantant. Ca fait du bien par où ça passe. Un standard bien joliment joué ma fois. Ca monte en puissance. La musique élève l’âme. C’était « Con Alma » (Dizzy Gillespie) en tempo accéléré.

« Ouma » (Vas y en néerlandais). Ca y va doucement ou bien. La cymbale vibre sous la pointe de la baguette. Piano et contrebasse distillent les notes. Le trio se lance. Le batteur est aux balais. C’est charmant, ravissant même. C’est tout doux, tranquille puis un solo de batterie aux baguettes, sans forcer, vient nous réveiller. Ca pulse, vibre, démarre en trio. Beaucoup de spectateurs, dont le fan club d’Antonin Tri Hoang, ont quitté la salle à l’entracte. Ils ne seront pas fusillés pour l’exemple mais ils ont eu tort tout de même. Voilà un trio qui sait varier les couleurs et les émotions classiquement, élégamment, efficacement.

Je n’ai pas capté le titre de ce morceau. Solo de contrebasse en intro bien gratté, bien pincé, grave, profond, vibrant. Le trio démarre doucement puis ça chante haut et clair.

Pour finir, « Ma dernière volonté ». C’est le titre du morceau. Et bien c’est un morceau vif, torrentueux. Quoique ça se calme vite pour devenir une ballade. Batteur aux balais, contrebasse en place, pianiste qui brode élégamment, tout ça, quoi. Puis ça repart tumultueux, romantique, aux baguettes. Bref, il veut qu’on rit, il veut qu’on danse comme le chantait Jacques Brel. Retour à la ballade pour finir. Tout est dit.


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