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Omar m'a tuer

Par Jul

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Après "Mauvaise foi" (2006), qui s'intéressait de façon assez juste aux rapports entre religions, Roschdy Zem revient avec une des plus grandes affaires françaises des années 1990: celle du jardinier marocain Omar Raddad, accusé d'avoir tué sa patronne Ghislaine Marchal en 1991.

Au lieu de tomber dans la facilité (qui consisterait ici à reprendre le dossier pour découvrir enfin les coupables), Roschdy Zem réalise une très intéressante description de la société et démontre que, plus que les assassins de Mme Marchal, le plus grand danger vient des juges et des policiers d'une part, et de leurs intérêts personnels d'autre part. Non seulement ils font tout pour ne pas voir les choses en face, mais ils sont aussi contents d'avoir un coupable tout désigné; comme le souligne Jacques Vergès, défenseur des cas indéfendables: "Il y a cent ans, on condamnait un officier car il avait le tort d'être juif, aujourd'hui on condamne un jardinier car il a le tort d'être maghrébin". Omar Raddad étant dépendant aux machines à sous et ayant souvent besoin d'argent, les juges estiment que c'est une raison pour tuer quelqu'un. De plus, la victime ayant eu le temps d'écrire sur une porte "Omar m'a tuer" et de se barricader à l'intérieur de la pièce, Omar Raddad est forcément l'assassin. Qu'il soit impossible d'écrire correctement cette phrase dans le noir et que l'accusé soit analphabète ne semble déranger personne. Trois ans plus tard, à l'ouverture du procès, l'académicien Pierre-Emmanuel Vaugrenard (en réalité Jean-Marie Rouart) décide de mener sa propre enquête, en réaction à l'opinion bien-pensante. Il ne tarde d'ailleurs pas à se faire une idée du nom de l'assassin. Pendant ce temps, Omar Raddad est condamné à dix-huit ans de prison. Il en sort au bout de six ans, et se lance dans une demande de révision. En 2011, il attend toujours d'être reconnu innocent.

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Visuellement aidé par son utilisation de la lumière du Sud de la France, Roschdy Zem maîtrise parfaitement sa réalisation, sa direction d'acteurs (Denis Podalydès, très bon, et Sami Bouajila, à son meilleur), et enfin ses dialogues qui renvoient dans une certaine mesure à ceux des films français des années 50/60. Il sait jouer sur différents registres et parvient aussi bien à nous faire rire (scène très réussie de Vaugrenard expliquant à son assistante que le téléphone portable n'a aucun avenir) qu'à nous faire pleurer, et contrairement à ce qui se fait d'habitude, utilise l'analphabétisme de son personnage pour mieux lui faire comprendre ce qui lui arrive. Par exemple, Omar Raddad ne comprend qu'il a été condamné qu'en voyant les réactions de sa famille. Il apprend ensuite à écrire dans le seul but de prouver que sa patronne n'a pas pu inscrire elle-même la fameuse phrase. Le montage en aller-retour permanent permet au spectateur de suivre de façon aussi claire que possible toute l'histoire, alors qu'une présentation chronologique aurait été prendre le risque que le spectateur oublie des détails ou des faits importants. Enfin, en dépassant le simple cadre de l'affaire, Roschdy Zem traite en un seul et même film de sujets de société très différents: la famille, la justice, la police, la prison, le racisme, les rapports de classe ou de génération (Vaugrenard et son assistante dénuée de toute pratique mais qui a un téléphone portable), l'immigration, les départs forcés, le conformisme. Les références à notre société actuelle sont nombreuses dans cette histoire qui aurait pu finalement n'être qu'un fait divers parmi tant d'autres.

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Certains diront que le film est manichéen, que Roschdy Zem tombe dans la facilité anti-française de Rachid Bouchareb, que le film se base essentiellement sur la version d'Omar Raddad, ou que le montage en aller-retour n'a aucun sens. Si on va voir le film pour son sujet, et pour voir un beau film, on a des chances d'être vraiment surpris par Omar m'a tuer, grande réussite cinématographique (malgré un manque de personnalité peut-être) et belle analyse socio-juridique, exactement le genre de film fort qui fait du bien dans le paysage actuel. Roschdy Zem a du mérite comme on voudrait en voir plus souvent au cinéma, et on attend avec impatience son prochain film.


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