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Delphine de Vigan : No et moi

Par Gangoueus @lareus
Delphine de Vigan : No et moi
Lou Bertignac est une jeune adolescente surdouée. Elle a deux années d'avance. Elle est au lycée. Elle est en marge de l'ensemble de la classe où cette môme de 13 ans, première de la classe, est un peu un cheveu dans la soupe excepté pour Lucas. Un grand et beau garçon qui fait fantasmer les minettes de sa classe. Lou a la manie de cogiter sur tout ce qui se passe autour d'elle. Elle porte un intérêt aux petits détails de la vie, aux populations qui circulent dans une grande gare parisienne. Son professeur n'imagine pas dans quelle situation cette jeune fille va s'enfoncer quand  ce dernier va valider son projet de faire un exposé sur les femmes sans domicile fixe. No, une SDF à peine adulte va donner de la matière à ce travail d'enquête de Lou avant de lier une relation très forte avec notre lycéenne.
Delphine de Vigan produit là un texte brillant, sans être porté par des envolées littéraires dont il n'a pas besoin. Il est question de solitude, d'exclusion et de reconstruction. Les portraits de No et Lou sont décrits avec beaucoup d'efficacité si bien que l'identification à la quête de Lou dans son projet de sauvetage de cette sans-abri est possible. Je trouve très pertinent d'utiliser la voix d'une enfant pour s'insurger face qui doit être inacceptable, à savoir la tolérance de cette pauvreté qui chaque jour s'accentue et que nous constatons dans les bouches de métro. Lou est elle-même délaissée par une mère qui a sombré dans une dépression profonde depuis des années et qui ne communique quasiment pas avec sa fille. J'ai pensé à un autre roman, Une vie française, de Jean-Paul Dubois, où le personnage construit son identité dans le même environnement familial morose. No devient un moyen pour Lou de survivre. Mais jusqu'où iront-elles ensembles?
Dialogues
Alors, Pépite, comment ça se passe?
Elle ne sort   pas beaucoup de sa chambre, mais je crois qu'elle va rester
Et tes parents?
Ils sont d'accord. Elle va se réparer un peu et puis après elle pourra chercher du travail, quand elle ira mieux.
On dit souvent que les gens qui sont dans la rue, ils sont cassés. Au bout d'un moment, ils ne peuvent plus vivre normalement.
Je me fous de ce qu'on dit
Je sais, mais...
Le problème c'est les mais, justement, avec les mais on fait jamais rien.
T'es toute petite et t'es toute grande, Pépite, et t'as raison.

L'auteure française analyse magnifique sur la question de l'exclusion. Elle donne une voix authentique à tous ces sans-abris. No a une histoire singulière. De famille d'accueil en foyer pour mineurs, de la fugue à la rue. Engrenages qui finissent par la broyer, l'écraser. Le salut ne peut venir par soi-même dans ce contexte. Mais l'auteure ne cède pas à la simplicité et ce roman montre tous les contours complexes d'une tentative de relation d'aide. Non. Contours d'une amitié, d'un apprivoisement de l'autre. 
Propos
Elle se tait, pendant quelques minutes, le regard dans le vague. Je donnerais tout, mes livres, mes encyclopédies, mes vêtements, mon ordinateur pour qu'elle ait une vraie vie, avec un lit, une maison et des parents pour l'attendre. Je pense à l'égalité, à la fraternité, à tous ces trucs qu'on apprend à l'école et qui n'existent pas. On ne devrait pas faire croire aux gens qu'ils peuvent être égaux ni ici ni ailleurs.
page 102, éd. JC Lattès, Coll. Livre de poche.
J'aimerai vous en dire plus... Sur des personnages secondaires, comme le père de Lou. Évoquer combien parfois le lecteur à l'impression d'être un funambule sur une corde reliant les deux tours jumelles. Parce qu'il y a tellement de fragilité dans ce roman, tout peux basculer à n'importe quel moment...
Je terminerai cette chronique en remerciant Cécile Quoideneuf qui organise régulière des rencontres Dîners  Livres Echanges. Concept original dont vous trouverez un descriptif sur le blog des rencontres. J'aime cette idée d'échange même si j'ai du me faire violence pour échanger Mon Mishima (La musique) contre ce roman de Delphine de Vigan. Je n'ai rien perdu pas au change.
Bonne lecture,
Delphine de Vigan, No et moiEdition Jean-Claude Lattès, 1ère parution, Collection Livre de Poche, 250 pagesPrix des Libraires 2008

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