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Louis et ses larcins (2)

Publié le 23 juin 2011 par Desfraises

Louis et ses larcins (2)
J’attends Louis à la terrasse d’une brasserie parisienne et profite du soleil qui nous a tant manqué dans le sud. Je sirote tranquillement un verre de vin rouge quand j’aperçois Louis de l’autre côté du carrefour. Les piétons le dépassent sans remarquer qu’il porte un panier métallique Monoprix plein à ras-bord. J’ai beau être habitué à son "mode de vie" pour le moins discutable, je manque m’étouffer. Sans vergogne, il marche et gagne ma table. Pas peu fier de ses courses, il me dit bonjour et s’assied.
- Tu pourrais être plus discret, quand même !
- Combien de fois je t’ai dit que plus c’est gros, moins ça se voit.
En attendant nos plats, il me fait l’inventaire de ce qu’il vient d’ « acheter ». Louis a une manière de prononcer le mot qui signifie qu’il n’a pas acheté mais chapardé.
Quand nous vivions à Belleville, nous avions mis en place certains codes. Car Louis avait la fâcheuse tendance de se vanter de ses larcins et de nous faire remarquer par les clients d’un restaurant ou alors les invités d’une soirée. Peu à peu, il a appris à ne pas étaler son CV de voleur devant n’importe qui. A ne plus venir à un dîner avec son cadeau qui ne trompait personne.
Par exemple, il débarquait avec sa bouteille de vin : un Pauillac 1997 – Réserve de la Comtesse qu’il avait chourée au Franprix et qu’il mettait dans un sac plastique d’une enseigne de cavistes. Il avait fait – je ne sais trop comment – un stock de poches Nicolas et de papier de soie.
J’ai l’air de jouer les moralisateurs, n’empêche que je l’ai souvent suivi dans ses périples. Et je n’en menais pas large. Alors que nous sortions de chez Séphora, avec un flacon d’un parfum très cher, il me dit :
- Tu t’y prends comme un manche. Tu parles à la vendeuse, d’accord. Mais tu parles trop.
J’étais tellement mal, effectivement, que j’étais devenu un moulin à paroles.
- Par-dessus le marché, tu lui as demandé conseil sur le parfum qui t’intéressait. Alors évidemment, elle saura que c’est toi qui l’a volé.
Aujourd’hui, il me raconte sa quête de chaussettes. Il n’en avait plus, alors il s’est rendu au rayon, a tâté celles qui n’avaient pas d’antivol. Des noires 80% coton, 18% polyamide, 2% élasthane. Quatre paires. Il jettera celles qu’il a reprisées mille fois. Puis il termine ses courses. Un vigile l’appelle : « monsieur, monsieur ! » Louis se pétrifie. Le vigile : « vous avez laissé tomber quelque chose. » Et il lui tend l’article égaré. « Oh, merci ! »
- Il a été très gentil. S’il savait que je pille régulièrement le magasin…
(Réédition du billet paru en 2008 sur http://ohlebeaujour.blogspot.com/", mon précédent forfait.

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