Magazine Cinéma

Paris au printemps, Printemps arabe à Paris

Par Plumesolidaire

 

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C’était le lundi de la Pentecôte, par une de ces belles matinées de printemps à déguster à chaque instant.

Cela se passait après notre séance de chi cong sur cette colline du Parc des Buttes Chaumont, qui est à la fois ma terre d’aventure, mon terrain de jeu, mon parc de loisirs, mon salon de lecture et mon aire de repos.

Colette avait soif, Vincent son mari était venu nous rejoindre, et nous observait  du coin de l’œil pour s’assurer que le

tai chi et le chi cong,  « c’est pas son truc ».

Voilà que Colette et Vincent s’avisent de m’enlever pour me contraindre à aller boire un pot avec eux.

Je me débats vainement et rends vite les armes.

Et nous voilà embarqués à la quête d’un bar du quartier, dans une divagation urbaine prétexte à de nouvelles découvertes. Tel ce passage discret qui avait échappé à la sagacité de mon regard sur le monde qui m’entoure. Puis c’est mon tour de jouer au guide en faisant étape devant la porte d’entrée de la Gaumont, - que tous les contribuables du secteur ont bien connue.

Toujours en errance de bistro-apéro, nous nous tournons vers cette belle demeure au coin de la rue Botzaris. Assoiffés de curiosité, nous escaladons le mur pour jeter un œil sur le jardin de cette propriété située en bordure du parc et qui domine Paris.

Puis, intrigués par le drapeau aux couleurs tunisiennes, nous nous approchons de la grille pour observer de nouveau l’intérieur de la propriété. Et constatons que le lieu est effectivement habité et animé.

Nous continuons notre vagabondage, nous installons à la table d’un restaurant marocain, prenons l’apéro tant attendu, enchaînons par un tajine, avant de traverser la rue pour papoter paisiblement au soleil sur les pelouses du parc.

C’était le lundi de Pâques, une belle journée de Printemps français à Paris.

Nous ignorions que le jeudi serait une triste journée du Printemps arabe, à Paris.

Au fait, Markos Botzaris, ça vous dit rien ?

J’ai dit

Plume Solidaire

- - - - -

Source : France 24 – 16 juin

Expulsion et querelles autour des archives de Ben Ali à Paris

Une centaine de migrants tunisiens ont été expulsés, ce jeudi, du 36 rue Botzaris, à Paris. Une partie des archives entreposées dans le bâtiment, anciennement aux mains du RCD de Ben Ali, ont, elles, été emportées par une association.

Par Perrine MOUTERDE (texte)

Ils sont une quinzaine, en milieu de journée, sur le trottoir de la rue Botzaris, dans le 19e arrondissement de Paris. De jeunes hommes, dont quelques mineurs, l'air un peu désemparé. Tôt jeudi matin, ils ont été expulsés d'un bâtiment de trois étages situé à quelques pas, sur lequel flotte le drapeau tunisien. Cet ancien foyer pour étudiants, propriété de l'État tunisien, hébergeait jusqu'à la chute du régime Ben Ali la section française du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), le parti de l'ancien président renversé le 14 janvier dernier.

Des vigiles en gardent désormais l'entrée, avec des chiens. Les migrants espèrent au moins pouvoir y récupérer les affaires qu'ils ont laissées à l'intérieur. "Les CRS sont arrivés vers 6h30 alors qu'on dormait et nous ont fait sortir, raconte Karim, 29 ans. Certains étaient pieds nus, ils n'ont même pas eu le temps de s'habiller. On ne veut pas dormir dehors ce soir ! Ce bâtiment appartient aux Tunisiens."

Un soudain besoin de bureaux


Karim est originaire de Tunis. D'autres, rassemblés autour de lui, viennent du nord et du sud du pays. Tous sont passés par la case "Lampedusa". "C'est encore la guerre en Tunisie, je ne pouvais pas rester là-bas", explique Reda, 39 ans. "On meurt de faim au pays", ajoute Anis, 20 ans. Au début du mois de juin, ces migrants ont investi le 36 rue Botzaris. Progressivement, ils sont une petite centaine à s'y être installés.

Selon Tarek Ben Hiba, le président de la Fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des deux rives (FTCR) - l'ancienne Union des travailleurs immigrés tunisiens (UTIT) -, ce sont les autorités tunisiennes, par le biais de l'ambassade de Tunisie en France, qui ont ordonné cette expulsion au motif qu'elles avaient besoin de davantage de bureaux à Paris. En début de semaine pourtant, Elyes Ghariani, le chargé d'affaires de la représentation diplomatique tunisienne dans l'Hexagone, avait donné son accord à plusieurs associations pour que le bâtiment soit transformé en lieu d'accueil pour les migrants pour six mois au moins, affirme Ben Hiba. Un protocole d'accord était en cours de signature. Malheureusement, aucun responsable de l'ambassade n'était joignable ce jeudi...

"On est tombé des nues ce matin, poursuit Tarek Ben Hiba. On croyait en avoir fini avec ces années d'affrontements et de duplicité. On pensait avoir un gouvernement ami et le soutien de l'ambassade..." Le soudain besoin de bureaux de Tunis ne le convainc pas.

Mettre les archives en lieu sûr


Alors pourquoi cette expulsion ? Pour les migrants, le pouvoir tunisien a d'abord voulu mettre la main sur les archives qui se trouvaient dans le bâtiment. Selon le site internet Owni, des milliers de documents de l'époque Ben Ali, entreposés dans deux pièces de l'immeuble, permettrait de "retracer de multiples opérations illicites ordonnées" par l'ancien président.

Le Collectif des Tunisiens de France (CTF), une association née il y a quelques mois après l'arrivée de nombreux jeunes Tunisiens en région parisienne qui dit s'être vu confier "verbalement" la gestion du bâtiment, reconnaît effectivement avoir voulu mettre ces archives en lieu sûr. "Avec le consentement de l'ambassade", ajoute Owni. Mercredi, près de 1 000 documents, soit un tiers du fonds, ont été saisis et emmenés par une avocate, Soumaya Taboubi, à la demande du CTF.

"On a vu que des documents commençaient à disparaître, se justifie Toumi Lazhar, le président du CTF. Des jeunes les revendaient à l'extérieur... Notre idée était de les mettre dans des lieux sécurisés et de les remettre ensuite à ceux qui, en Tunisie, peuvent organiser des poursuites judiciaires contre les membres de l'ancien régime. On souhaite que le peuple tunisien connaisse la vérité sur ce qui a été fait, mais pas que ces documents soient utilisés pour faire du chantage."

Toutefois, Toumi Lazhar estime que la récupération de ces archives ne justifie en rien une descente de police. Après avoir pu les consulter en partie, il en relativise l'importance : "Le bâtiment n'est occupé que depuis un mois. Les membres du RCD ont largement eu le temps, depuis la chute du régime, d'enlever ce qui était le plus compromettant ! Ce que j'ai pu lire n'était pas si intéressant que cela."

Un lieu ingérable ?


Pour le président du CTF, l'expulsion est peut-être davantage le résultat des tensions qui régnaient dans le bâtiment. Samedi, voyant que son association n'arrivait plus à contrôler la situation, il avait d'ailleurs décidé de renoncer à s'occuper des migrants. "Il y avait de la délinquance, des bagarres entre les jeunes... Ils étaient agressifs. Les autorités tunisiennes avaient perdu le contrôle d'un lieu qui leur appartient." Une instabilité provoquée, selon Tarek Ben Hiba, par la présence d'anciens proches du régime parmi les occupants du bâtiment. "Ils veulent se refaire une virginité en rejoignant les migrants... C'est ça qui a provoqué des affrontements."

Selon certaines sources, la majorité des Tunisiens interpellés jeudi matin ont été conduits au commissariat de police du 19e arrondissement avant d'être redirigés, en bus, vers des centres de rétention. Une information que la préfecture de police n'était pas en mesure de confirmer, en fin d'après-midi. "Une centaine de personnes ont été évacuées dans le plus grand calme", se bornait-elle à indiquer. Karim, Reda et la dizaine d'autres jeunes revenus rue Botzaris ne savaient pas pourquoi eux avaient été relâchés.


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