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Stéphane Kerecki & John Taylor " Patience " au Duc des Lombards

Publié le 24 juin 2011 par Assurbanipal

Duo « Patience »

Paris. Le Duc des Lombards. Mercredi 22 juin 2011 . 22h.

 


La photographie de John Taylor est l'oeuvre du Pétrifiant Juan Carlos HERNANDEZ.

Stéphane Kerecki : contrebasse, composition

John Taylor : piano, composition

Retour de l’annonce d’hôtesse de l’air en français et in english au Duc des Lombards. Je croyais que cette mauvaise pratique avait cessé mais non.

C’est parti tout en douceur. Froid du piano, chaud de la contrebasse. John mène la danse. Stéphane impulse doucement. John Taylor a l’âge d’être le grand père de Stéphane Kerecki mais cela ne s’entend pas. Subtilement, le rôle moteur est passé à la contrebasse. La main passe d’un joueur à l’autre. La mélodie tourne, s’enfuit, revient comme une belle courtisée. C’était « Valse pour John » (Stéphane Kerecki).

« Manarola ». Dialogue entre les cordes grattées du piano et grattées de la contrebasse. Puis John revient au piano. Mélodie légère, dansante. Cela devient plus grave, plus profond mais toujours dansant. Pas besoin de batteur. Ces gars là savent marquer le tempo. Mieux, ils l’ont inscrit en eux tout en restant maîtres de leurs mouvements. Avec un batteur, c’est plus simple mais sans c’est mieux comme disent certains pianistes facétieux. Songez par exemple au trio Jimmy Giuffre(clarinette), Paul Bley (piano), Steve Swallow (contrebasse). Solo de contrebasse bien chaud, bondissant. Beau dialogue final.

Une nouvelle ballade. Une autre valse si je ne m’abuse. C’est beau comme une balade au bord de la mer. Plutôt la Manche puisque John Taylor est Anglais. Solo de contrebasse bien pensé où chaque note est pesée. Puis Stéphane revient, remonte, relance le pianiste qui enchaîne. Dernière vibration de contrebasse, dernier scintillement de piano. C’était « Patience » le titre album.

« Kung Fu ». Morceau plus agité comme le titre l’indique. Quoique ça se calme mais avec des soubresauts. La contrebasse impulse un rythme régulier alors que le piano s’échappe par des chemins détournés. La contrebasse prend la parole à son tour. Le public est attentif. Pas d’applaudissement pendant les morceaux.

John commence vite rejoint par Stéphane. Là encore, cela m’évoque irrésistiblement la Manche par temps calme, sous un ciel couvert. La pluie n’est encore pas là, le soleil joue à cache-cache avec les nuages. C’était « Gary » dédié au contrebassiste Gary Peacock.

« Baladin » (John Taylor). Solo de piano, pur, poétique en intro. La contrebasse arrive sur un passage plus agité. Le morceau avance pas à pas, trébuchant comme un homme fatigué. Bien sûr, tout cela est voulu, contrôlé de mains de maîtres.

John commence par un solo au style chaloupé, hancockien. Stéphane le rejoint et ça pulse. J’entends le batteur alors qu’il n’y en a pas. C’est dire si ça percute. En solo, Stéphane ajoute de la percussion en battant la mesure du pied gauche. Morceau ludique nommé « Bad Drummer ».

« Luminescence ». Solo de contrebasse pour introduire. C’est plus calme, plus grave. Deux discours se croisent, se mêlent.

« Jade Visions » (Scott La Faro). Lancé par la contrebasse, forcément. Ornette Coleman a dit du contrebassiste Scott La Faro qu’il était comme un enfant qui dansait sur la lune. Cette musique est toujours aussi belle, pure, riche cinquante ans après sa création.

« Windfall » (John Taylor). Une cascade coule du piano. La contrebasse vient y ajouter son flux. Le vent court dans la forêt, fait danser les arbres, les nuages.

RAPPEL

John joue dans les cordes du piano. Stéphane tapote ses cordes avec un maillet. Morceau vif, entraînant, mystérieux comme une fée dans les landes de Dartmoor. John se remet au clavier. Stéphane remet ses doigts sur la contrebasse. Le chant du duo s’élève haut et clair. Passage plus grave qui sert de reprise d’attaque. Maintenant, ils bondissent comme des dauphins sur les vagues. Ma voisine ne supporte plus les poufs du Duc des Lombards. Elle se met au piquet, debout près du bar. Après le concert, elle maudit le Duc qui comme le Sunset, comme le New Morning diffuse de la musique enregistrée, sitôt le concert fini, ce qui casse l’ambiance créée par les musiciens. Un club de Jazz n’est ni une salle de concert, ni un salon de musique. C’est la vie.

Patience patience dans l'azur
Chaque atome de silence 
est la promesse d'un fruit mûr

Paul Valéry


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