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La musique camerounaise dans tous ses états

Publié le 26 juin 2011 par Africahit

C'est véritablement autour des années post deuxième guerre mondiale que l'on peut situer les débuts de la musique camerounaise moderne. C'est-à-dire la musique camerounaise non-folklorique. Une recherche dans les archives des maisons de disques "Ngoma", "Opika" et "fiesta"

 présentent une femme: Marcelle Ebibi, comme pionnière de la musique camerounaise. De cette dame qui chantait en langue Ewondo et en langue lingala à X-Maleya aujourd'hui, on peut dire que beaucoup d'eau a coulé sous le pont. Le projet d'"arc-musica" du discographe allemand Joachim Oersler estime à plus de 20.000 thèmes, le patrimoine sonore des cinquante  premières années  de la musique camerounaise moderne. Et c'est peu dire."Hot koki" de Tala André Marie plagié par James Brown, "Soul Makossa" de Manu Dibango copié par Michael Jackson et Rihana, Tim and Foty pastiché par Miss Eliot et Waka-Waka des Zangalewa repris par la méga star Shakira, autorise à parler d'un dynamisme de la musique camerounaise.

 1.  Accouchement difficile

La musique camerounaise surgit dans un conteste difficile marqué d'une part par le darwinisme de la rumba congolaise hyper diffusée par la célèbre Radio Léopoldville et les variétés euro-américaines et antillaises (Rock, Jerk, twist, Soul, Valse) d'autres part (Compa, Boléro, Biguine, merengue etc.) l'environnement sociopolitique de l'époque n'aura pas arrangé les choses car, la guérilla des indépendances de l'Union des Populations du Cameroun (U.p.c) pousse les autorités à recourir aux mesures d'exceptions à savoir , l'état d'urgence, l'état d'exception, le couvre-feu permanent. Un tel contexte n'était pas propice à la vie nocturne qui comme on le sait est pour la musique une rampe de lancement à savoir : bar dancings, les cabarets, les clubs et les boites de nuit. C'est donc héroïquement que la musique camerounaise va émerger. D'abord l'Assiko qui se jouait dans les palm wine bars les "kwaba bar" ensuite le Makossa, le Bikutsi, le Mangambeu etc.

2.  Etat des lieux

La marque particulière de la musique camerounaise réside dans sa diversité et son éclectisme. On peut distinguer principalement la musique d'inspirations patrimoniale : l'Assiko (bassa, béti, bulu), le Makossa, le Bikutsi, le Tchamasi, le Mangambeu, le Gandjal, le Bend-skin, le Patengué, l'ambass bey;

Les genres d'origine étrangère par effet portuaires et urbain interposé: le Merengue, la rumba, le jazz, la salsa, le disco, le funk, l'Afro beat, le Soukous, le Dombolo, le rap, la biguine, le zouk-chiré, le zouk-love, le rock etc.

L'expansion ne va d'ailleurs pas tarder. Manu Dibango est, dès 1972, sacré première star africaine internationale. le Makossa ira à la conquête de l'Afrique et du Monde, soutenu en cela par la fameuse "équipe nationale du Makossa" basée à Paris et s'articulant autour de Toto guillaume, Aladji Toure et Ebeny Donald Wesley. Le Bikutsi, à travers le groupe mythique "Les Têtes brulées" de jean marie Ahanda va brièvement suivre les pas du Makossa.

Au total, un capital de musiciens qui comptent parmi les plus demandés de l'univers du Show Business va apparaitre. Entre autre la dynastie des bassistes : vicky Edimo ,Jean Dikoto Mandengue, Long manfred, Joe Tongo, Richard BONA, Guy Christian Nsangue Akwa, Etienne Mbappe, Armand Sabal Lecco, André Manga, Noël Assolo, Noël Ekwabi, Aladi Toure; Les saxophonistes: Kako, Jimmy Sax, Ben's Belinga. Les pianistes Justin Bowen et Douglas Mbida; les batteurs : Valery Lobe, Denis Tchangou, Wouassi Brice; les guitaristes: Vincent Nguini, Toto Guillaume, Yves Ndjock Mpouma, Martino Atangana; Les arrangeurs : Edgar Yonkeu, Georges Seba. Autant de personnalités musicales dont les noms figurent sur les fiches techniques des mastodontes du monde du show business international.

Trois faits importants sont à noter ici à savoir: l'effervescence de la musique religieuse, la monté fulgurante du hip-hop et l'irruption de la musique folklorique.

La musique religieuse, dès les années 90, est sortie des temples et des monastères pour investir les lieux mondains. Sous l'effet du groupe congolais "Makoma", les chorales vont pratiquement se laïciser et feront danser : la voix du cénacle du professeur Gervais mendo ze, J.p. Ferdinand Eteme, Ronz, Ekang Elys, Gaby Ndongo, Bayembi’s international, Odile Ngaska, Chantal Yologaza, plus récemment John Duchant et les "Nsamba Binga".

Le hip hop quant à lui démarre en fin des années 80 avec les star-systems, devenu par la suite War-system et le Bantu Klan. Il connaitra par la suite un essor particulier avec les groupes : Etat d'urgenceKerozene, le Zomloa Familia, Ras-cyn, Negrissim. Des personnalités vont émerger à l'instar de Dj Bilik, Krotal, Boudor, Joêl Teek, Koppo et le tout puissant Valsero. Sans oublier la diaspora très dynamique constitué du doyen Pablo Master, ensuite Ménélik, Pit Bacardi, Yannick, Bam’s pour ne citer que les plus emblématiques.

La musique patrimoniale ou folklorique n'est pas restée en marge de cette dynamique. On peut évoquer le phénomène Bend-skin avec le "Koutchouabanda", le groupe Patengue, Les orchestres balafon à travers le mythique Richard Band de Zoatélé, Akim condor, le Rocher Band de Mezesse, Chimène NGOLY, le bottel dance.

3.  La crise

Après des décennies de prospérité, la musique camerounaise va connaître une grave période de crise en amont et en aval.

En amont, une léthargie rythmique, une certaine versatilité qui l'a éloigné des racines par la copie-collée des rythmes venus d'ailleurs Zouk, Kwassa-Kwassa, Soukouss, Mapouka par exemple à cela s'ajoute un tsunami économique qui a étouffé les projets discographique en qualité et en quantité.

En effet, la récession économiques qui est intervenue dans les années mi-80 a ébranlé l'industrie musicale encore embryonnaire du Cameroun. La quasi-totalité des maisons de production à fait faillite. Ce d'autant que la musique camerounaise s'usinait à l'étranger, en France principalement, au point d'avoir statut de produit local d'importation.

En aval, on peut évoquer l'absence structurelle d'infrastructures : Studios, salles de spectacles, conservatoires. Tout comme la marginalisation et la sous estimation de la musique dans les politiques publiques. Parmi les conséquences de cet état des choses, on peut citer: la mort de tous les grands orchestres, l'expatriation professionnelle de la grande majorité de musiciens de talent vers l'occident et la quasi-absence de la musique camerounaise typique des scènes internationales voire nationales.

Pour contourner les difficultés économiques, le uns et les autres ont embrassé la cybernétique, notamment la Musique Assistée par Ordinateur.

Les "samples" les easy drum, les boucles et les programmations vont faire leur apparition. Mais la maitrise très approximatives de cette nouvelle technologie a tôt fait d'aseptiser voir déraciner la musique camerounaises qui, comme on l'observe aujourd'hui, souffre d'une crise de feeling et d'enracinement culturel. Une musique qui a cessé d'être life, vraie pour suicider son identité dans les microprocesseurs.

La musique camerounaise cinquante ans après est de toute évidence entre le marteau de la misère économique et politique et l'enclume de la crise d'identité. Pourtant son capital humain est aussi riche que son patrimoine.

Dans cette nuit noire, elle attend l'aurore de son providentiel superman. 


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