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Le solo funèbre des trotzkistes

Par Alaindependant
Claude Cabanes, écrivain et journaliste communiste, estime que le fait que les formations trotskistes présentent leurs propres candidats à la présidentielle s'inscrit dans la longue histoire de l'extrême-gauche.Par Thibault LIEURADE  

Alors que Jean-Luc Mélenchon se lance dans la campagne présidentielle sous la bannière du Front de gauche, qui rassemble notamment le Parti communiste français (PCF) et le Parti de gauche (PG), les partis trotskistes Lutte ouvrière (LO) et le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) font cavaliers seuls en présentant chacun leur propre candidat.

Pour Claude Cabanes, chroniqueur à la radio RTL, auteur de l’ouvrage "Éloge de la vulgarité"* paru récemment et ancien rédacteur en chef au quotidien communiste "L’Humanité" lorsque le journal fondé par Jean Jaurès était l’organe central du PCF, cette multiplication des candidatures illustre les difficultés rencontrées par une extrême-gauche "malade de ses divisions". Selon lui toutefois, les idées communistes restent très ancrées chez les Français.

FRANCE 24 : Comprenez-vous que les trotskistes de LO et du NPA ne se rallient pas au Front de gauche pour la présidentielle ?

Claude Cabanes :
Dans une frange de l’extrême gauche, il existe une tradition que Karl Marx appelait "le solo funèbre". Il s’agit d’une forme de dogmatisme qui pousse certaines formations à faire cavalier seul. Je ne comprends pas cette stratégie, d’autant plus que le NPA est en pleine déconfiture. Depuis la révolution de 1789, il y a toujours eu deux gauches en France. Marx - encore lui - disait que notre pays se partageait entre "révolutionnarisme" et "césarisme", c’est-à-dire entre bouffées révolutionnaires et tentation de s’en remettre à un  sauveur suprême. C’est cela qui explique que ces petits partis existent encore.

Parmi les candidats situés à la gauche de la gauche, il y aura Nathalie Arthaud et, sans doute, Philippe Poutou. Ne risquent-ils pas de souffrir d’un déficit de notoriété ?

C. C. : Il y a chez LO et au NPA ce que j’appelle de "l’ouvriérisme". L’une et l’autre pensent qu’en présentant un candidat d’origine ouvrière, ils rassembleront les suffrages de la classe ouvrière. Mais il s’agit d’une vision "livresque". Et, quoi qu’il en soit, le système de l’élection présidentielle, qui selon moi détruit la démocratie en s’attachant uniquement à la personnalité des candidats, ne convient absolument pas à ces formations politiques.

Selon vous, le ralliement du PCF à l’ex-socialiste Jean-Luc Mélenchon est-il lié à l’absence, dans ses rangs, d’une personnalité charismatique capable de le représenter pendant la campagne ?

C. C. :
Il y a certainement de cela. Mais il ne faut pas oublier non plus qu’en 2007, la candidate du PCF, Marie-Georges Buffet, avait recueilli 1,9 % des voix. Une catastrophe électorale qui a laissé des traces…

Pensez-vous que le communisme est mort en France ?

C. C. :
Je reste persuadé qu’il existe une "nappe phréatique" des idées communistes, encore largement diffusées dans la société française. Mais, politiquement, l’extrême gauche est malade de ses divisions creusées dans les sillons de l’Histoire. Seul un candidat qui s’adresserait à l’ensemble du peuple de gauche sur des vrais sujets de fond pourrait la faire revivre. Pour ma part, je souhaite que Jean-Luc Mélenchon fasse une campagne allant dans ce sens, sans s’attarder sur les polémiques et les petites querelles.


 

Le solo funèbre des trotzkistes

*"Éloge de la vulgarité", Éditions du Rocher, 136 pages, 12,90 euros.


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