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« Nous n’avons pas besoin de leur argent ! »

Publié le 12 juillet 2011 par Journalpakistan @journalpakistan

Après l’annonce des Etats-Unis de suspendre une partie des crédits militaires au Pakistan, l’armée tente de sauver la face. La décision américaine pourrait détériorer un peu plus les relations entre les deux pays et freiner la coopération anti-terroriste.

Publié dans la Libre Belgique le 12 juillet. Par Emmanuel Derville, correspondant à Islamabad.

« Nous n’avons pas besoin de leur argent ! »

La nouvelle était attendue. Le gel de 800 millions de dollars de crédits et d’équipement militaires est le dernier épisode dans le refroidissement des relations américano-pakistanaises. Tout s’est accéléré depuis le début de l’année : il y a d’abord eu l’arrestation d’un espion américain à Lahore fin janvier. Raymond Davis avait abattu deux personnes en pleine rue lors d’une mission qui aurait mal tourné. Sa libération le 16 mars a mis en colère une population très anti-américaine. Puis, il y a eu l’assassinat de Ben Laden par les Navy Seals le 2 mai à Abbottabad. L’armée pakistanaise n’a pas accepté de ne pas avoir été prévenue. Elle s’est sentie humiliée par ce raid qui a violé la souveraineté nationale. Quelques semaines plus tard, le Pakistan expulsait 100 instructeurs américains.

« Nous n’avons pas besoin de leur argent ! »

Athar Abbas, le porte-parole de l'armée

En bloquant une partie des aides militaires, les Etats-Unis lancent un avertissement et tentent de faire pression sur le Pakistan pour qu’il lutte davantage contre le talibans et Al Qaida. Mais c’est l’inverse qui semble se produire. « Nous n’avons pas besoin de leur argent », martèle le général Athar Abbas, le porte-parole de l’armée. Un officier des services de renseignement, sous couvert d’anonymat, est plus direct : « nous coopérons avec les Américains dans la lutte contre le terrorisme depuis 2001 et voilà comment ils se comportent ! Les Etats-Unis répètent que nous sommes leurs alliés. Mais ce n’est pas comme ça qu’on traite un allié. »

De son côté, le gouvernement civil cache mal son embarras. En dépit des déclarations de la Maison blanche, la porte-parole du ministère des Affaires étrangères à Islamabad, Tehmina Janjua, assurait hier que Washington n’avait pas confirmé les informations du New York Times et qu’elle ne ferait donc aucun commentaire. Le blocage des crédits militaires est une mauvaise nouvelle pour les finances du pays. L’Etat traîne 90 milliards d’euros de dette, soit 80% de son PIB. Il a besoin de l’aide financière américaine pour combler son déficit budgétaire. Les économistes doutent qu’il parviendra à le réduire à 3% comme le demande le FMI, d’autant que la croissance économique pour l’an prochain ne devrait pas dépasser 2,5%.

Crédit photo : Emmanuel Derville


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