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| Jacques Monory, Fuite n°2 |
« Il évaluait la possibilité de chercher un complice à madame Polkon. Il savait que l’essentiel était de donner une version plausible de l’assassinat, soignée, imparfaite, sinon cela laissait place à la méfiance de certaines personnes qui entravent l’avancée de la justice, tout du moins de celle qu’il représentait. Il songea alors que le médecin légiste, Varguitas, ferait un complice idéal. »
L’arbitraire décide de la culpabilité ou de l’innocence, qu’importent les faits. Si le commandant Ojeda n’avait pas eu d’autres préoccupations, sans doute les choses se seraient-elles passées autrement. Mais le responsable de l’enquête a d’autres préoccupations : écrire un roman. À 58 ans, hélas, Ojeda n’a ni imagination ni talent. Il décide de faire de Nadia son héroïne et de commencer son histoire par une formule-choc : « Il était une fois »… Pour pallier à sa médiocrité, Ojeda pioche des paragraphes entiers chez Fernando Pessoa, Gabriel García Marquez, Gustave Flaubert, etc. N’étant toujours pas satisfait, Ojeda, en échange de nouvelles complaisances dans l’affaire en question, obtient de son collègue Pérez l’enlèvement d’Octavio Paz ! Qui d’autre pourrait écrire aussi bien que le seul prix Nobel mexicain de littérature ?Bien que décédé en 1998, Octavio Paz reste la cible des écrivains latino-américains de la nouvelle génération. Dans Les Détectives sauvages, Roberto Bolaño le traite ironiquement de « pédale » pour lui reprocher sa vision machiste et donc réductrice de la culture mexicaine. Federico Vite insiste sur les multiples compromissions du poète avec les autorités politiques corrompues de son pays et surtout sur sa malhonnêteté. Ce livre trace un tel portrait du poète que sa famille a réussi à faire retirer le livre de la vente. Au Mexique, on ne plaisante pas avec les idoles nationales. Le titre français qui fait peut-être référence à un célèbre film de Sam Peckinpah révèle moins les intentions de Federico Vite que le titre original : Fisuras en el continente literario. Sous l’intrigue policière, c’est bien du problème de l’imposture littéraire dont il est principalement question. Et, là encore, le lecteur n’est pas au bout de ses surprises car ceux qui tirent les ficèles ne sont pas forcément ceux qu’on croit…

Federico Vite, Apportez-moi Octavio Paz. Traduit par Tania Campos. Moisson Rouge. 10 €







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