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L’UMP et l’art consommé de ne jamais perdre une élection

Publié le 27 septembre 2011 par Vogelsong @Vogelsong

“2 + 2 = 5” in Assignment in Utopia d’E. Lyons puis G. Orwell

C’est rituel. Après chaque élection perdue, on attend les éléments de langage de l’UMP. Le debriefing du parti au pouvoir, une sorte de réalité parallèle où les mots vont et viennent. Quand tout le monde voit une défaite, les mots de l’UMP sont là pour tordre le réel. Quand tout le monde constate une victoire de l’opposition, le régime y discerne des demi-mesures. Avec une constance frénétique, les responsables de l’UMP usent et abusent des références au “suffrage universel”, et du terme de “démocratie”. Sauf lorsqu’il s’agit, au soir d’une défaite, d’en tirer les leçons. Les scrutins consistent alors en des échéances vidées de toute substance sans message politique. En attendant de gagner.

Le triomphe électoral de N. Sarkozy en 2007, si l’on en s’en tient à la parole officielle aura été la seule élection digne d’intérêt. Depuis cinq élections ont rythmé la démocratie française. À chaque fois (même si l’analyse des élections européennes de 2009 est plus mitigée) on assiste à une débâcle du parti au pouvoir.

L’UMP et l’art consommé de ne jamais perdre une élection
Christopher Dombres

Le premier scrutin de l’ère Sarkozy s’est soldé par une déroute. Une année après l’accession, lors des élections municipales de mars 2008, 7 villes de plus de 200 000 habitants sur 10 sont à gauche, 33 villes de plus de 100 000 habitants basculent contre 5 à droite. Avec des résultats nationaux très décevants pour la majorité nouvellement au pouvoir. Seul J. P. Raffarin reconnaitra “une vague rose”. Sinon, c’est sous des formes plus ou moins drolatiques que les responsables de la droite interprètent les résultats. Au premier chef, J. F. Copé qui déclare au soir du scrutin “les grandes attentes : le courage de faire les réformes, la clarté dans les priorités, et la concertation maximale”, ajoutant : “Nous avons deux ans sans élections locales, nous avons donc toute latitude pour mener des réformes courageuses.” Entendre, nous allons dans le bon sens, les Français exhortent à accélérer…

En 2009, lors des élections européennes, J. F. Copé déclare “On l’a emporté parce qu’on a été les plus concrets”. Si l’UMP est premier parti en France, le vrai vainqueur de l’élection est le parti écologiste. Et la consolidation des blocs droite-gauche ne montre pas une victoire aussi claire que le prétend J. F. Copé. Ce que V. Peillon essaiera de souligner : “pas un grand succès pour Nicolas Sarkozy”. Mais la nuance n’est pas de rigueur, et sur les plateaux TV, on festoie…

Lors des régionales de 2010, J. F. Copé (encore lui) déclare “Dans la majorité, on peut être un petit peu déçu”. La gauche détenait 21 des 25 conseils régionaux avant l’élection, elle en grappillera un supplémentaire. Si le soir même certains évoquent une défaite, dès le lendemain, on réenclenche la pédagogie des réformes, ce que le maire de Meaux définira ainsi “Il va nous falloir au plus tôt proposer aux Français un nouveau pacte majoritaire avec des piliers clairs : faire des réformes vitales pour le pays, les retraites, la baisse des déficits ; l’emploi, la justice sociale, la compétitivité puisqu’on est à 10 % de chômage”. En substance le même menu que les trois précédentes années.

Les cantonales de mars 2011 donnent lieu à une nouvelle chorégraphie, l’argumentaire de la réforme éculé ne semble plus opérant. Le FN servira de point focal pour invalider (ou minimiser) une autre victoire de la gauche. J. F. Copé (toujours lui) déclarera “Ce n’est pas l’UMP qui fait monter le FN, beaucoup d’électeurs de gauche ont voté FN”. Au terme d’une séquence marquée par le débat sur l’identité nationale, et les références appuyées aux périls étrangers. L’UMP se réveille avec un cadavre dans le placard. Un corps putride qu’il a lui-même déposé.

Le point d’orgue restera le basculement de la majorité (à gauche) au Sénat. Le 25 septembre 2011, pour la première fois depuis le début de la Ve République, la chambre haute conservatrice tombe aux mains des progressistes. J. F. Copé explique que “les électeurs ayant voté pour les sénateurs (sic) cela ne constitue en rien l’interprétation d’un désaveu de la politique gouvernemental, les vrais rendez-vous c’est ceux de l’année prochaine.” Comprendre en creux que voter pour un sénateur ou une liste de gauche n’a rien de démocratique. Les sénateurs, et grands électeurs apprécieront. La seule démocratie qui compte c’est celle de l’élection présidentielle.

Chercher des explications dans un scrutin relève souvent de la divination dans les entrailles de poulets. Mais à vouloir délégitimer systématiquement les scrutins dits intermédiaires (avec divers prétextes), on porte une atteinte directe à ce qu’il reste de l’instrument démocratique (le vote). Étant aussi entendu que les manifestations de rue (ou les grèves), tels les cortèges (ou les occupations) de novembre 2010 n’ont aucune signification pour le pouvoir Sarkozyste. La volonté patente de surinterpréter l’élection présidentielle de 2007, suivie de l’élection législative révèle l’attachement à la France de 2007. Comme s’il fallait mettre le pays en stase politique, pour pouvoir aller au bout d’un programme. Un programme qui se sera fracassé sur les contraintes du réel. Et c’est bien avec le réel que l’UMP a maille à partir. Un réel rétif aux incuries des politiques du gouvernement, qu’il faut contrefaire, si ce n’est par des actes, au moins par des mots.

Vogelsong – 26 septembre 2011 – Paris


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