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Voltige muséale

Publié le 28 octobre 2011 par Toulouseweb
Voltige muséaleCatherine Maunoury redynamise le musée du Bourget.
Il fallait bien une double championne du monde de voltige aérienne, Catherine Maunoury, pour donner un souffle nouveau au musée de l’air et de l’espace du Bourget. Non pas que ses illustres prédécesseurs aient démérité mais parce que les bâtiments qui abritent les plus belles collections aéronautiques du monde souffrent dangereusement de l’outrage des ans. D’où un extraordinaire numéro de voltige budgétaire pour prendre de vitesse des façades qui se lézardent, des toits qui ne sont plus imperméables, des salles vétustes qui aspirent à une rénovation. Mieux vaut éviter d’établir un devis d’ensemble, pour ne pas faire peur : il y en a largement pour plus de 100 millions d’euros.
«Il y a là de nombreux défis, on vit très inquiets», dit la directrice, témoignant d’un art raffiné de la modération. Mais la situation, certes préoccupante, est loin d’être figée, bien au contraire. Déjà, championne toutes catégories de la persuasion, forte d’un optimisme communicatif, Catherine Maunoury a réussi un premier exploit, obtenir du ministère de la Défense, tutelle du musée, une dotation exceptionnelle de 21 millions d’euros pour parer au plus pressé, notamment la rénovation de l’ancienne aérogare et celle de la tour de contrôle.
Parallèlement, l’industrie a commencé à s’investir, ce qui n’est pas rien, la France étant à la traîne en matière de mécénat. Le Gifas, sollicité avec fermeté (mais la cause est sympathique)a récemment remis au musée un chèque de 5 millions d’euros, un début encourageant. La directrice, qui dit les choses comme elle les pense, en est évidemment heureuse mais ne peut d’empêcher d’ajouter que cette somme «ne doit pas être un solde de tout compte»... Sans doute pas : le rapprochement avec les industriels est bien en train de devenir réalité. Ce qui ne signifie pas pour autant que sortiront un jour de l’ombre de grands mécènes, émules de ceux qui, par exemple, épaulent généreusement l’Air & Space Museum de Washington, l’un des points forts de la Smithsonian Institution. Mais, après tout, pourquoi pas ?
Peu connues, les données de base donnent le vertige. Le musée du Bourget occupe très exactement 106 personnes, il lui faut au minimum 9 millions d’euros par an pour fonctionner correctement (le ministère de la Défense lui alloue la moitié de cette somme), reçoit entre 250.000 et 300.000 visiteurs par an, est gratuit, certaines animations mises à part, et va bénéficier de la mise en place du Grand Paris, notamment la prolongation d’une ligne de métro qui effacera les inconvénients d’un relatif éloignement de la capitale. Encore que 50% seulement des visiteurs soient originaires d’Ile-de-France.
Les collections manquent d’espace vital, il leur faudrait davantage de surfaces. Il est vrai qu’elles comptent 393 avions (dont 201 dans les réserves), un millier de moteurs, 100.000 livres, 10.000 plans et manuels de vol, des centaines de milliers de films et de photographies, un million de revues, des milliers d’oeuvres d’art.
Par où commencer, comment procéder ? Catherine Maunoury, au-delà des urgences déjà citées, évoque la réorganisation des bâtiments pour établir un vrai parcours muséal, une présentation plus cohérente des collections, la mise au point d’une politique de médiation culturelle moderne, créative, interactive et, de manière plus générale, l’ouverture au monde et à la société d’aujourd’hui.
Ainsi s’annonce un nouveau chapitre. L’origine du musée remonte à 1918 (il s’appelait alors le conservatoire de l’aéronautique), une initiative d’Albert Caquot, qui fut notamment le premier directeur général technique de l’aéronautique et des transports aérien à la création du ministère de l’Air par André Laurent-Eynac. Le musée fut ensuite transféré à Issy-les-Moulineaux, puis à Chalais-Meudon avant d’enfin se poser au Bourget dans les années soixante-dix. A la souriante championne la lourde tâche de renouveler le bail.
Pierre Sparaco - AeroMorning
Notre illustration : Le Vieux Charles, Spad VII de Georges Guynemer, photo Alexandre Fernandès/MAE.

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